# \[e-med\] (3)Lettre ouverte au prochain directeur  rÃ©gional de l'OMS en Afrique

**URL:** <https://talk.edrugplus.org/t/e-med-3-lettre-ouverte-au-prochain-directeur-ra-gional-de-loms-en-afrique/41104>\
**Category:** e-med\
**Created:** [November 7, 2014, 12:51pm UTC](https://talk.edrugplus.org/t/e-med-3-lettre-ouverte-au-prochain-directeur-ra-gional-de-loms-en-afrique/41104 "2014-11-07T12:51:16Z")\
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**Author:** ![livinec\_Bertrand](https://avatars.discourse-cdn.com/v4/letter/l/7993a0/32.png) [@livinec\_Bertrand](https://talk.edrugplus.org/u/livinec_Bertrand)\
**Post date:** [November 7, 2014, 12:51pm UTC](https://talk.edrugplus.org/t/e-med-3-lettre-ouverte-au-prochain-directeur-ra-gional-de-loms-en-afrique/41104/1 "2014-11-07T12:51:16Z")

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Bonjour,

Merci pour votre message.

Cette lettre ouverte a  
pour objet de donner une opinion. Elle s'adresse au nouveau Directeur  
Régional de l'OMS AFRO, mais également comme vous l'indiquez aux  
pays.

L'OMS AFRO peut déjà  
insister sur des pans entiers d'études qui sont sous utilisés,  
notamment les déterminants de la santé. C'est le rôle de l'OMS  
AFRO d'insister sur ces aspects, pas forcément médico-médical, qui  
influent fortement sur l'état de santé des populations. Si vous  
regardez les plans nationaux, les déterminants sont quasiment  
absents.

Maintenant, comme vous le  
dites, la santé est une question de volonté politique. La faiblesse  
des statistiques de santé sur de nombreux pays sub-sahariens (le  
Maghreb a lui connu des performances assez spectaculaires sur les 20  
ou 40 dernières années grâce à des politiques longues et plus  
globales). Il s'agit aussi pour les dirigeants politiques de  
réinvestir le champs de leurs propres politiques de santé, et ne  
pas forcément laisser des organisations internationales les piloter.

Le changement doit  
effectivement venir des pays, je suis d'accord avec vous. La  
fragmentation des systèmes de santé en Afrique Sub-Saharienne, qui  
est aussi le reflet d'un trop grand nombre d'acteurs et souvent bien  
plus puissants que les Ministères de la Santé pose problème. C'est  
de la responsabilité des chefs d'états de mettre de l'ordre dans ce  
microcosme et de faire en sorte que des politiques nationales, de  
santé et autres politiques qui sont très inter-dépendantes, soient  
efficaces sur le long terme. Les pays africains ont des priorités de  
développement et doivent maintenir un cap, aligner leurs partenaires  
sur une vision de long terme et pas suivre chaque partenaire qui a  
bien souvent des vues spécifiques dans un domaine particulier.

A charge pour l'OMS AFRO  
de faire passer ce message que c'est effectivement aux pays de  
définir leur propre politique et d'utiliser tous les outils  
disponibles, comme les déterminants de santé.

Je considère que les pays  
sub-Sahariens devraient normalement avoir des taux de baisse annuels  
de la mortalité infanto-juvénile de 4% par an. Or, c'est une  
situation rarissime (contrairement aux pays du Maghreb), ce qui  
dénote des dysfonctionnements majeurs : sclérose de certains  
régimes ou corruption, clientélisme (notamment dans la santé ou de  
nombreux petits budgets sont affectés à une multitude d'acteurs de  
toutes tailles), sous-investissement dans la santé ou l'éducation,  
trop d'inégalités de revenus, trop d'acteurs ayant des visions  
divergentes, organisations internationales qui ne se remettent pas en  
question, etc...

Si l'OMS AFRO faisait le  
constat que les mécanismes en place sont sous-performants en Afrique  
Sub-Saharienne, on ferait un grand pas. Après si personne ne veut  
déranger la susceptibilité de dirigeants politiques, de lobbys, ou  
encore de bailleurs trop puissants, les performances risquent de  
continuer à être décevantes.

Je suis navré de le dire  
mais la lutte contre le VIH en Afrique Sub-Saharienne n'est pas du  
tout une réussite, vu les nouvelles infections chaque année. Je ne  
vois pas de capacité des acteurs VIH de remettre en cause la manière  
dont les choses sont structurées, le seul message étant « on  
manque de moyens ». Je trouve cela assez affligeant parce qu'il  
n'y a pas une vision globale des enjeux de santé.

Plutôt que de résoudre  
des problèmes structurels ou de modifier le fonctionnement de la  
société, on préfère botter en touche et créer à chaque fois de  
nouveaux fonds. Vous en avez évoqué un, à chaque pb ou crise, on  
créé de nouveaux fonds avec à chaque fois une équipe  
bureaucratique en charge. S'attaquer aux problèmes structurels est  
moins couteux et plus efficace.

Je vais prendre un  
exemple, Ban Ki Moon vient d'appeler de ses vux à mettre fin à  
l'excision :

[http://www.rfi.fr/afrique/20141030-kenya-onu-ban-ki-moon-appelle-mettre-fin-excision-ici-une-generation/](http://www.rfi.fr/afrique/20141030-kenya-onu-ban-ki-moon-appelle-mettre-fin-excision-ici-une-generation/)

C'est très gentil de sa  
part, mais il ne dit pas comment. La pratique de l'excision baisse de  
manière drastique en fonction du niveau éducatif des parents.  
Pourquoi Ban Ki Moon ne demande pas tout simplement à mettre fin à  
l'analphabétisme, au moins ce serait concret, plutôt qu'aller  
saupoudrer encore des aides sur un grand nombre de petits programmes  
qui satisferont tous les acteurs spécialisés parce qu'ils y seront  
directement impliqués.

Donc Ban Ki Moon fait de  
l'effet d'annonce sans donner les clefs pour répondre à la  
question. Il faut arrêter ce type de démarche qui est démagogique.

L'APD par habitant des  
pays sahéliens (très touchés par l'excision) est globalement  
faible, comparativement à d'autres pays africains. Pourquoi Ban Ki  
Moon ne demande pas une aide forte pour éradiquer l'analphabétisme.  
L'OMS AFRO (et l'UNICEF) peut très bien reprendre le discours de Ban  
Ki Moon en disant que ce sera possible, si et seulement si un effort  
massif est fait dans l'éducation.

A l'OMS AFRO d'émettre  
des recommandations indépendantes, uniquement basées sur  
l'efficacité des propositions. Il y a encore beaucoup de sujets  
qu'on ne veut pas aborder de manière directe, même si les évidences  
sont sur la table.

Enfin, comme vous le  
soulignez, il est important que les experts nationaux soient mis à  
contribution et soient capables de porter des critiques sur les  
dysfonctionnement et proposent des solutions adaptées à leur  
contexte. Cela nécessite de libérer la parole, il y a trop peu de  
gens à oser donner leur opinion.

Merci et bonne journée,  
Bertrand Livinec
