# \[e-med\] Après Mediator°, les propositions Prescrire pour redresser le cap de la politique du médicament en France

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**Created:** [March 10, 2011, 3:20pm UTC](https://talk.edrugplus.org/t/e-med-apres-mediator-les-propositions-prescrire-pour-redresser-le-cap-de-la-politique-du-medicament-en-france/35186 "2011-03-10T15:20:24Z")\
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**Post date:** [March 10, 2011, 3:20pm UTC](https://talk.edrugplus.org/t/e-med-apres-mediator-les-propositions-prescrire-pour-redresser-le-cap-de-la-politique-du-medicament-en-france/35186/1 "2011-03-10T15:20:24Z")

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Médicaments : priorité à l'intérêt des patients et à la santé publique  
Après Mediator°, les propositions Prescrire pour redresser le cap de la  
politique du médicament.  
[http://www.prescrire.org/fr/3/31/46836/0/NewsDetails.aspx](http://www.prescrire.org/fr/3/31/46836/0/NewsDetails.aspx)

Le désastre sanitaire du Mediator° (benfluorex) a montré l'ampleur de l'insuffisance  
de l'encadrement du marché du médicament, et la gravité de ses conséquences  
humaines.  
Voici un ensemble de mesures dont Prescrire demande la mise en oeuvre pour  
protéger la population de futurs Mediator°, et plus largement pour redresser  
le cap de la politique du médicament en priorité vers les besoins de santé  
des patients et la santé publique.  
Ces préconisations s'appuient sur l'expérience et l'analyse de l'équipe  
Prescrire au cours des 30 dernières années, exprimées dans de très nombreux  
textes publiés par Prescrire. Elles recoupent de nombreuses recommandations  
formulées en France par le rapport sénatorial de Mmes Hermange et Payet  
(2006) et le rapport de l'Assemblée nationale de Mme Lemorton (2008).

Des critères de mise sur le marché plus exigeants

1. Dans les dossiers de demande d'autorisation de mise sur le marché (AMM)  
constitués par les firmes pharmaceutiques, rendre obligatoire la mise à  
disposition de résultats complets d'essais cliniques comparant le nouveau  
médicament au(x) médicament(s) de référence, dans leurs conditions optimales  
d'emploi.  
2. Assurer au niveau européen une évolution de la législation exigeant que  
soit documentée avec un fort niveau de preuves dans les demandes d'AMM la  
valeur thérapeutique ajoutée du nouveau médicament et sa praticité dans ses  
conditions normales d'emploi.  
3. Financer publiquement des essais cliniques comparatifs permettant de  
situer de manière objective les médicaments dans les stratégies  
thérapeutiques, en termes de bénéfices et de risques.  
Un financement public des activités de formation et d'information sur les  
médicaments  
4. Financer publiquement des activités actuellement financées apparemment  
par les firmes, mais qui sont de facto financées par la solidarité nationale  
par l'intermédiaire de la prise en charge des dépenses pharmaceutiques en  
ville et à l'hôpital : activités de recherche dans les hôpitaux ; formations  
des professionnels de santé à l'université, à l'hôpital et en ville ;  
fonctionnement des associations de patients ; etc.

Une forte expertise des agences et autres institutions compétentes en  
matière de médicament

5. Renforcer le nombre et la compétence des experts indépendants des firmes,  
notamment en développant une recherche clinique financée sur fonds publics.  
6. Valoriser la participation en tant qu'expert externe des agences  
publiques dans la carrière des soignants notamment hospitaliers et  
hospitalo-universitaires, davantage que la participation aux travaux  
financés par les firmes.  
7. Renforcer considérablement l'expertise interne des agences.  
8. Favoriser le développement d'une expertise indépendante au niveau  
international, notamment européen.  
9. Diversifier et croiser les compétences des experts dans les commissions  
et groupes de travail (épidémiologistes, soignants de premier recours,  
patients, etc.).  
10. Renouveler régulièrement les responsables des groupes de travail et des  
commissions, les représentants d'institutions dans les commissions, etc.,  
pour augmenter le nombre des personnes expérimentées et enrichir les  
compétences.

Transparence générale des agences et autres institutions compétentes en  
matière de médicament

11. Étendre l'obligation de transparence à l'intégralité des travaux de  
toutes les agences et autres institutions compétentes (en incluant la mise à  
disposition des documents utilisés pour la prise de positions ou de  
décisions).  
12. Mettre en place un système indépendant de contrôle des déclarations des  
liens d'intérêts.  
13. Mettre en place un système de sanctions en cas de non-divulgation de  
lien d'intérêts.  
14. Lors des réunions des commissions, comités et autres groupes de travail,  
auditionner les personnes ayant au moins un lien d'intérêt avec une firme  
concernée (directement ou en tant que concurrente) ( par exemple médecin  
investigateur) ; puis rendre obligatoire la sortie de la salle des personnes  
(experts ou autres) ayant au moins un lien d'intérêt (qu'il soit majeur ou  
mineur) avec au moins une firme concernée, lors de la discussion de prise de  
position ou de décision.  
15. Mettre en place et appliquer des sanctions en cas de participation à une  
prise de position ou de décision en situation de lien d'intérêts avec une  
firme concernée par la position ou la décision.  
16. Développer la transparence des débats et des prises de positions ou de  
décisions : ordre du jour détaillé des réunions connu à l'avance ; documents  
sur lesquels se sont prononcé les experts (documents fournis par les firmes  
ou obtenus par ailleurs). Tout ce qui concerne les données cliniques ou  
autres données importantes pour fonder le jugement (présentations, etc.)  
doit être publié.  
17. Assurer l'expression des opinions minoritaires des experts en rendant  
obligatoires le relevé des votes dans les comptes rendus, le détail des  
opinions minoritaires avec leur motif, position par position ou décision par  
décision (l'enregistrement vidéo ou le verbatim des travaux permettent d'atteindre  
cet objectif).  
18. Mettre en ligne et de façon facilement accessible les comptes rendus des  
réunions dans les deux semaines qui suivent ces réunions.  
19. Assurer le suivi (la traçabilité) des recommandations formulées à chaque  
niveau des agences et autorités administratives et ministérielles  
compétentes en matière de médicament, avec publication le cas échéant des  
motivations de la nonprise en compte des recommandations.

Une pharmacovigilance soutenue et active

20. Autonomiser les responsabilités en matière de pharmacovigilance par  
rapport aux autorités et commissions compétentes en matière d'autorisation  
de mise sur le marché (AMM).  
21. Faciliter l'obligation de notification d'effets indésirables des  
professionnels de santé par des moyens simplifiés (en particulier  
télédéclaration).  
22. Valoriser, dans le cadre de la formation permanente des soignants, leurs  
notifications et leur participation à des études/enquêtes de  
pharmacovigilance avec leur centre régional de pharmacovigilance, davantage  
que pour la participation aux travaux menés par les firmes.  
23. Encourager la notification par les patients des effets indésirables des  
médicaments aux centres régionaux de pharmacovigilance.  
24. Encourager particulièrement la notification par les soignants et les  
patients des effets indésirables des médicaments sous surveillance  
particulière (anciens ou nouveaux), grâce à un pictogramme sur le  
conditionnement de ces médicaments et à une information sur la notice.  
25. Informer régulièrement les professionnels de santé de la suite donnée à  
leurs signalements, grâce notamment à un accès facilité aux travaux des  
centres de pharmacovigilance (de niveau régional ou national), notamment  
sous la forme d'un bulletin d'information.  
26. Développer la mise en route et le financement public d'études post-AMM,  
décidées sur avis de la commission d'AMM ou de pharmacovigilance.  
27. Appliquer des sanctions, notamment financières, en cas de  
non-réalisation dans les délais prévus d'études post-AMM demandées aux  
firmes par les commissions d'AMM ou de pharmacovigilance.  
28. Développer les capacités d'analyse des prescriptions et de réalisation d'études  
de pharmacoépidémiologie par les assureurs maladie et les établissements de  
soins.  
29. Donner les moyens humains et financiers suffisants aux centres régionaux  
de pharmacovigilance pour traiter les notifications des soignants et des  
patients, mener des études de pharmacovigilance indépendantes et assurer une  
activité de formation et d'information des soignants et du public.  
30. Rendre accessibles en ligne toutes les données et les notifications  
enregistrées dans les bases de données des centres de pharmacovigilance  
(régionaux, nationaux, internationaux) ; toutes les données recensées dans  
les rapports périodiques de type Periodic safety update reports (PSUR) ;  
toutes les mesures de suivi détailléees nationales et internationales  
("follow up measures").  
31. Publier rapidement les données de pharmacovigilance susceptibles d'inciter  
les soignants et les patients : à notifier des effets indésirables ressentis  
avec tel ou tel médicament ; à prendre des précautions particulières ; ou à  
reconsidérer un traitement en cours.  
32. Prendre sans retard les décisions de suspension ou de retrait d'AMM, sur  
la base d'une balance bénéfices-risques défavorable, notamment en cas d'alternative  
thérapeutique à meilleure balance bénéfices-risques ; le doute bénéficiant  
au patient et non au médicament.  
33. Faire précéder le retrait d'un médicament du marché par la mise en ligne  
sans délai du compte rendu de la commission de pharmacovigilance ayant  
préconisé le retrait, ainsi que des documents sous-tendant cette décision.

Une formation initiale des professionnels de santé libre de l'influence des  
firmes

34. Rendre obligatoire l'emploi de la dénomination commune internationale  
(DCI) dans l'enseignement initial des professionnels de santé sur les  
médicaments, et l'accompagner de l'enseignement de la signification des  
segments-clés des DCI.  
35. Développer considérablement l'enseignement de la pharmacologie et tout  
particulièrement de la pharmacologie clinique au cours des études médicales,  
pharmaceutiques et paramédicales.  
36. Développer, au cours des études médicales, pharmaceutiques et  
paramédicales, un enseignement spécifique de la pharmacovigilance :son  
intérêt, ses concepts, ses méthodes, ses grands dossiers exemplaires  
(thalidomide, diéthylstilbestrol (DES), rofécoxib, fenfluramines inclus  
benfluorex, etc.).  
37. Instaurer, au cours des études médicales, pharmaceutiques et  
paramédicales, un enseignement relatif à la sécurité des patients et à la  
gestion des risques d'erreurs liées aux soins et aux produits de santé.  
38. Développer l'indépendance et la transparence des liens d'intérêt des  
enseignants.  
39. Exiger des universités et des établissements hospitalo-universitaires la  
mise en place d'un fichier accessible au public des liens d'intérêt de leur  
personnel avec des firmes du domaine de la santé (produits de santé en  
général, matériel, etc.).  
40. Rendre les lieux de formation des professionnels de santé indépendants  
des firmes des produits de santé ("fac et hôpital sans promo ni cadeau") par  
un financement public suffisant des activités d'enseignement et de recherche  
: matériel, documentation, participation aux congrès, préparations aux  
examens, etc.

Une formation continue des professionnels de santé réellement au service de  
l'amélioration des pratiques

41. Mettre effectivement en place la formation permanente obligatoire des  
professionnels de santé, sur financement public.  
42. Développer un réseau de délégués indépendants des firmes, chargés  
notamment de la diffusion d'informations de référence auprès des soignants.  
43. Développer des formations pluriprofessionnelles associant médecins,  
pharmaciens, infirmiers, etc.  
44. Renforcer les conditions d'agrément des organismes de formation : cahier  
des charges plus précis, référentiel de qualité, indépendance à l'égard des  
firmes, contrôle, sanctions.  
45. Développer les outils permettant aux professionnels de santé d'évaluer  
leurs pratiques et de les faire évoluer dans l'intérêt des patients.

Une information du public de qualité pour des décisions partagées  
soignant-patient

46. Développer l'enseignement à l'école sur la santé, la maladie, la  
prévention, les moyens thérapeutiques médicamenteux ou non, de manière  
indépendante des firmes (pharmaceutiques, agro-alimentaires, etc.).  
47. Multiplier les campagnes publiques d'information de qualité à  
destination du grand public pour un bon usage des médicaments.  
48. Mettre en place une base publique, exhaustive et gratuite d'information  
sur les médicaments commercialisés (rapport d'évaluation, résumé des  
caractéristiques du produit, avis de la commission de transparence,  
bibliographie pertinente de qualité, etc.).  
49. Associer davantage les patients et les usagers à la définition des  
campagnes d'information sur les médicaments.  
50. Obliger les associations de patients ou d'usagers à rendre publiques  
leurs sources de financement.  
51. Favoriser l'adhésion à des associations de patients ou d'usagers.  
52. Financer l'éducation thérapeutique sur fonds publics.

Des pratiques professionnelles dans l'intérêt premier des patients

53. Publier en ligne le financement des soignants par les firmes (liste des  
contrats par soignant et par firme).  
54. Appliquer les règles de transparence et de gestion des liens d'intérêts  
des structures nationales aux structures régionales et locales compétentes  
en matière de médicament : Commission médicale d'établissement ; groupements  
d'achats ; Observatoire des médicaments, des dispositifs médicaux et des  
innovations thérapeutiques (Omédit) ; etc.  
55. Assurer l'indépendance des logiciels d'aide à la prescription, à la  
dispensation et à la gestion des officines par rapport aux firmes de  
produits de santé.  
56. Valoriser l'acte de soins des pharmaciens d'officine et d'hôpital pour  
optimiser les prescriptions et les suivis thérapeutiques : conseil,  
éducation thérapeutique, aide et accompagnement des patients.  
57. Faire évoluer en conséquence le mode de rémunération des pharmaciens d'officine  
pour concilier les missions présentées ci-dessus et l'équilibre financier  
des officines.  
. . .

Prescrire et les Assises du médicament

Prescrire a accepté l'invitation de participer aux Assises du médicament  
parce que l'affaire Mediator°, en révélant de nombreux dysfonctionnements  
dans la chaîne du médicament, ouvre une crise de confiance des patients et  
des soignants qui nécessite la mobilisation de toutes les énergies.  
Prescrire, forte de son analyse approfondie du marché du médicament depuis  
30 ans, fait partie des acteurs qui proposent des améliorations du système  
dans l'intérêt des patients.  
Prescrire participe en toute indépendance et en toute liberté de parole.  
Prescrire contribuera aux travaux des Assises tant que les conditions de sa  
participation lui permettront d'être utile pour l'accès de tous à des soins  
de qualité.  
Les représentants de Prescrire aux Assises du médicament défendent les  
propositions présentées ci-dessus.  
Prescrire a demandé que les Assises du médicament se déroulent en toute  
transparence devant l'ensemble de la société (par enregistrement vidéo).  
Demande restée vaine jusqu'à présent.  
En publiant ses propositions, Prescrire donne à tous l'occasion de s'approprier  
les termes du débat et de pouvoir juger les propositions à venir des Assises  
du médicament.  
©Prescrire 8 mars 2011
