E-MED: Le lait artificiel contamin� par l�Enterobacter
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[Message en provenance d'Health Action International.CB]
INTERNATIONAL BABY FOOD ACTION NETWORK
Allaitement Actualit�s
Traduction de Breastfeeding Briefs juin 2003
No. 36, Edit� janvier 2004
EDITORIAL
Le lait artificiel contamin� par l�Enterobacter
Si on le leur demandait, la plupart des m�res, et tr�s probablement la
majorit� des professionnels de la sant�, diraient que le lait artificiel en
poudre est un produit st�rile. Les fabricants et les distributeurs ne
d�mentent pas cette id�e spontan�ment. Et pourtant, lors d�un test fait en
laboratoire, 52,5% des 141 �chantillons de lait en poudre provenant de 35
pays, se sont av�r�s contamin�s par l�Enterobacter. Cela se passait en 1988.
Le rapport qui a suivi ne suscita pas d�inqui�tude car le taux de
contamination bact�rienne �tait en-de�� des normes fix�es par la
r�glementation internationale.
Depuis lors � et m�me avant la publication de ces r�sultats � on a rapport�
un certain nombre de cas isol�s et aussi d��pid�mies d�infections et de
maladies (septic�mie, m�ningite, diarrh�e, ent�rocolite n�crosante,
infection des voies urinaires) dues � la contamination bact�rienne du lait
en poudre. Il a �t� d�montr� que cette contamination �tait intrins�que, c�
est-�-dire due � la pr�sence de l�Enterobacter avant l�ouverture du
r�cipient � contrairement � la contamination plus connue qui se d�veloppe
apr�s son ouverture (jusqu�� 92% des cas) .
Que ce soient des cas isol�s ou des cas group�s (en �pid�mie), la
Salmonelle, et plus souvent encore l�Enterobacter sakazakii � connu
pr�c�demment sous le nom d�Enterobacter cloacae � pigment jaune �, sont � l�
origine des cas rapport�s. Par ailleurs, ces cas ont presque toujours �t�
recens�s dans les unit�s de soins intensifs de n�onatologie, c�est-�-dire
chez des nourrissons malades et/ou pr�matur�s. C�est le cas par exemple de l
��pid�mie au Tennessee (Etats-Unis) o�, sur 46 nourrissons en soins
intensifs , un b�b� est mort de m�ningite, deux ont souffert d�infection ou
de maladie, et sept autres ont �t� contamin�s par l�Enterobacter sakazakii.
On a rapport� d�autres cas aussi, en Belgique, en Espagne et en Isra�l par
exemple. Et en 2002, l�alerte a de nouveau �t� donn�e en Belgique lors du
d�c�s, suite � une m�ningite, d�un nourrisson de cinq jours, n� � terme et
en bonne sant�, qui pr�sentait des signes infectieux et pathologiques
similaires . En 1987, on avait d�j� rapport� le cas en Islande d�une
m�ningite par E. sakazakii chez un nouveau-n� en bonne sant� nourri au lait
artificiel . Il est impossible de savoir si les cas de contamination sont
tous signal�s, notamment dans les pays o� la mortalit� infantile est
importante. E. sakazakii y est rarement, voire jamais, diagnostiqu�, et le
syst�me de signalisation aux autorit�s fonctionne souvent mal.
L�inqui�tude suscit�e par la contamination du lait en poudre et par le fort
taux de mortalit� qu�elle entra�ne (de 33 � 75%) a amen� les fabricants �
rappeler des lots de lait artificiel suspects : c�est le cas notamment de
Nestl� en Belgique et de Mead Johnson aux Etats-Unis. En novembre 2002,
Wyeth a rappel� tout un lot de produits (11 marques diff�rentes) fabriqu�s
dans l�une de ses usines aux Etats-Unis parce qu�ils s��taient av�r�s
contamin�s. L�alerte entra�na �galement la publication de mesures de
s�curit� par les autorit�s sanitaires belges et am�ricaines � l�intention
des professionnels de la sant�, concernant essentiellement la pr�paration,
la manipulation, le stockage et l�administration du lait en poudre dans les
unit�s de soins intensifs de n�onatalogie et dans les cr�ches. Dans d�autres
pays, les professionnels de la sant� ont �galement �t� avertis,
essentiellement par le biais de bulletins ou de revues d�associations
professionnelles.
Mais pour plusieurs raisons, il se peut que tout cela ne suffise pas. Tout d
�abord, la proportion des professionnels de la sant� inform�e est
probablement encore infime, notamment dans les pays � bas revenus. Ensuite,
il se peut que les avertissements am�liorent la mani�re de pr�parer et de
manipuler les biberons de lait artificiel, mais ils ne feront certainement
pas diminuer l�utilisation quasi g�n�ralis�e et souvent inutile du lait en
poudre. Troisi�mement, les avertissements pourraient entra�ner, pour le plus
grand profit des fabricants, la substitution des laits en poudre par des
laits liquides, qui, eux, sont st�riles. Cela entra�nerait un surco�t pour
les familles et pour les services de sant�, et possiblement une nutrition
appauvrie chez les pr�matur�s (certaines recherches semblent indiquer que
pour ce groupe de nourrissons, le lait artificiel liquide serait moins
nutritif que le lait en poudre). Cette substitution risque �galement de
faire oublier aux professionnels de la sant� et aux m�res les r�gles de
s�curit� relatives � l�utilisation du lait en poudre, et pourrait donc
entra�ner un risque accru au cas o� il leur faudrait en utiliser.
Mais surtout, les consommateurs n�ont re�u aucun avertissement � ce propos.
Ils ont le droit de savoir que les produits qu�ils re�oivent dans les
h�pitaux et les services de sant�, ou qu�ils ach�tent dans les pharmacies et
les magasins, ne sont pas st�riles et comportent donc un risque � faible,
mais tout de m�me existant. Ces avertissements devraient �tre en �vidence
sur les �tiquettes et sur tous les supports promotionnels d�velopp�s pour la
mise en vente du produit. Les consommateurs et les associations de
protection de l�allaitement devraient faire pression sur les fabricants et
les gouvernements pour que les r�gles du Codex Alimentarius soient modifi�es
et qu�elles incluent cette obligation. En outre, les normes du Codex
devraient r�duire le niveau de contamination bact�rienne acceptable des
laits en poudre afin de stimuler des modes de fabrication plus strictes et
plus s�rs.
Enfin, comme l�ont dit clairement les autorit�s belges , les h�pitaux ne
devraient pas accepter les dons de lait artificiel, ni distribuer d�
�chantillons gratuits aux m�res. L�utilisation du lait artificiel devrait
�tre limit�e aux quelques b�b�s qui pourraient en avoir vraiment besoin
(chez la m�re, en cas de maladie tr�s grave, ou de traitements incompatibles
avec l�allaitement ; chez le nouveau-n�, dans les cas rares de maladie
cong�nitale du m�tabolisme, ou d�un tr�s faible poids � la naissance, ou d�
une grande pr�maturit�). Tous les autres b�b�s peuvent �tre nourris
exclusivement au sein. Et de fait, ces mesures seraient appliqu�es si tous
les h�pitaux dot�s d�un service de maternit� r�pondaient � la norme � Ami
des b�b�s �, conform�ment aux crit�res mondiaux de l�UNICEF et de l�OMS.