# \[e-med\] Le Monde ´ LEtat doit reprendre la main sur les politiques du médicament, nos vies en dépendent »

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**Created:** [September 5, 2022, 8:14pm UTC](https://talk.edrugplus.org/t/e-med-le-monde-l-etat-doit-reprendre-la-main-sur-les-politiques-du-medicament-nos-vies-en-dependent/46918 "2022-09-05T20:14:33Z")\
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**Post date:** [September 5, 2022, 8:14pm UTC](https://talk.edrugplus.org/t/e-med-le-monde-l-etat-doit-reprendre-la-main-sur-les-politiques-du-medicament-nos-vies-en-dependent/46918/1 "2022-09-05T20:14:33Z")

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Le Monde/ « L’Etat doit reprendre la main sur les politiques du médicament,  
nos vies en dépendent »

TRIBUNE  
\<[https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/09/05/l-etat-doit-reprendre-la-main-sur-les-politiques-du-medicament-nos-vies-en-dependent\_6140259\_3232.html&gt](https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/09/05/l-etat-doit-reprendre-la-main-sur-les-politiques-du-medicament-nos-vies-en-dependent_6140259_3232.html&gt);  
Pauline Londeix  
Cofondatrice de l’Observatoire de la transparence dans les politiques du  
médicament  
Jérôme Martin  
Cofondateur de l’Observatoire de la transparence dans les politiques du  
médicament

La marchandisation du secteur de la santé met en danger notre système qui  
repose sur la solidarité, dénoncent Pauline Londeix et Jérôme Martin,  
cofondateurs de l’Observatoire de la transparence dans les politiques du  
médicament, dans une tribune au « Monde ». Ils appellent à la mise en place  
d’un modèle collaboratif et non compétitif.

La mise en place fin juillet d’un comité de veille et d’anticipation des  
risques sanitaires permettra-t-elle une meilleure prise en compte des  
alertes scientifiques sur les menaces pour notre santé ? On peut l’espérer,  
mais les progrès que cette instance pourrait apporter resteront limités si  
ne sont pas repensées en profondeur les politiques économiques et  
industrielles qui garantissent des réponses efficaces aux défis sanitaires  
présents et à venir.

Deux ans et demi après le début de la pandémie de Covid-19, la variole du  
singe, connue depuis des décennies en Afrique, s’étend dans les pays  
riches. La réponse tardive des gouvernements à cette nouvelle menace est  
conduite avec des outils développés contre la variole humaine, faute de  
financements adaptés lorsqu’elle touchait principalement des pays pauvres.  
Des menaces importantes pèsent sur Taïwan, et l’escalade possible des  
tensions entre les Etats-Unis et la Chine pourrait avoir un impact direct  
sur la production de matière première pharmaceutique, particulièrement  
concentrée dans ce pays. La situation n’est pas sans rappeler celle que  
nous avons connue en France, au printemps 2020, où notre dépendance envers  
la production asiatique, alors arrêtée par les mesures de confinement,  
s’était traduite dramatiquement par des tensions sur des médicaments  
essentiels dans les hôpitaux.

Lire aussi la tribune : Article réservé à nos abonnés « La situation  
internationale nous impose de poser les bases d’une production française de  
médicaments »

La philosophe Cynthia Fleury avait qualifié en avril 2020 la pandémie de  
Covid-19 de « répétition générale ». Une étude récente de Santé publique  
France estime à 30 % le taux de personnes contaminées par le Sars-CoV-2 qui  
développe ensuite un Covid long, dont l’ensemble des conséquences sont  
encore mal connues, mais qui incluent une augmentation significative des  
risques cardio-vasculaires. A ce jour, la pandémie a fait au moins 6,5  
millions de morts. Aurions-nous pu y être mieux préparés ?

Notre modèle est mal armé

Ce qui est certain, c’est que des alertes – comme celles concernant les  
conséquences sur la santé des déforestations massives, des atteintes à la  
biodiversité ou de l’élevage intensif – ont été lancées depuis des  
décennies par de nombreux scientifiques, et que celles-ci ne se sont pas  
traduites dans les priorités de recherche. Par exemple, la Commission  
européenne a refusé en 2015 des financements à des équipes de recherche qui  
étudiaient les coronavirus.

Du fait des changements environnementaux, de nouvelles pandémies risquent  
d’apparaître, avec des agents pathogènes plus létaux et plus  
transmissibles. L’évolution des modes de vies, l’impact humain sur  
l’environnement ou encore le changement climatique favorisent par ailleurs  
l’explosion de certaines autres pathologies, comme les maladies  
cardio-vasculaires, le diabète, les cancers. La résistance aux  
antibiotiques, une des pires menaces pour l’humanité selon l’Organisation  
mondiale de la santé (OMS), peut compromettre quant à elle des décennies  
d’avancées biomédicales et causer un nombre croissant de décès – elle  
provoque déjà 35 000 morts par an aux Etats-Unis, 33 000 en Europe, dont 5  
000 en France. Des maladies millénaires comme la tuberculose sont par  
ailleurs en pleine résurgence. Enfin, le vieillissement de la population à  
l’échelle mondiale est également un facteur d’augmentation significatif des  
besoins en produits de santé.

Or notre modèle industriel est mal armé pour faire face à ces défis. Si  
l’adage selon lequel « la santé n’a pas de prix » revient souvent,  
celle-ci, inscrite dans l’économie de marché, en a forcément un. La  
disponibilité de produits essentiels et, ainsi, la possibilité pour le  
patient de bénéficier de son droit à la santé dépendent donc de choix  
économiques, sociaux et industriels, qui doivent être pensés et arbitrés  
sur la base de critères rationnels.

L’exemple de la « course aux vaccins » contre le Covid-19 a montré les  
limites du système de recherche et de développement – qui repose sur la  
compétition entre les développeurs – ainsi que l’opacité sur les contrats  
entre firmes et Etats. Malgré les milliards d’euros et de dollars versés  
par ces derniers, ceux-ci n’ont pas la main sur la production. Les vaccins  
commercialisés à ce jour ciblent la même protéine, l’adaptation aux  
nouveaux variants n’a pas suivi avec la rapidité escomptée, et des  
candidats prometteurs ont été abandonnés pour des raisons financières.  
Ainsi, les succès de ce modèle, en grande partie rendus possibles grâce à  
des aides publiques directes, ainsi que par l’utilisation par les firmes  
d’acquis issus de la recherche publique, notamment fondamentale, ne doivent  
masquer ni les problèmes qu’il pose ni la mobilisation de ressources  
considérables – en nombre de participants volontaires et en moyens  
financiers – pour le développement de produits similaires au lieu de  
développer des gammes différenciées.

Explosion du prix

Car le contrechamp de la recherche sur les vaccins contre le Covid-19 est  
bien l’absence de travaux sur des maladies ou épidémies ne touchant que des  
pays pauvres ou des populations ne constituant pas des marchés suffisamment  
intéressants pour les firmes pharmaceutiques. La variole du singe n’en est  
qu’un exemple aux côtés de la dengue, dont le nombre de cas notifiés à  
l’OMS a été multiplié par huit en deux décennies, de la maladie du sommeil  
et de tant d’autres. Un modèle collaboratif et non compétitif, financé  
publiquement, mais avec la mise en place de conditionnalités, permettrait  
une meilleure complémentarité des outils développés qui viseraient une  
réponse à l’ensemble des besoins des populations.

Le modèle industriel actuel génère par ailleurs des pénuries structurelles  
de médicaments, en hausse constante ces dix dernières années – en 2016, 405  
signalements ont été réalisés auprès de l’Agence nationale de sécurité du  
médicament et des produits de santé ; 1 504 en 2019 et 2 446 en 2021. Elles  
résultent notamment du choix des firmes de moins sécuriser les produits  
qu’elles jugent peu intéressants financièrement. Des phases essentielles de  
la chaîne de production sont externalisées à des sous-traitants en Asie,  
limitant souvent le rôle des fabricants européens à celui de façonniers.  
Cette fragilité de la chaîne de production occasionne des ruptures  
d’approvisionnement et limite l’accès à des médicaments vitaux, réduisant  
les chances de guérison des malades.

Ces défaillances structurelles sont fortement aggravées par des facteurs  
conjoncturels et par un modèle fonctionnant sur l’offre et la demande, où  
les produits disponibles sont très souvent vendus au plus offrant. Ainsi,  
en avril 2020, c’est l’interruption de la production en Chine, puis la  
fermeture des frontières aux exportations en Inde, qui avaient causé des  
tensions fortes sur des médicaments de réanimation en France. A cet égard,  
les conflits internationaux et les nouvelles alliances géostratégiques  
mettent nos Etats au pied du mur. La Chine et l’Inde produisent 80 % des  
principes actifs de médicaments utilisés en Europe. D’un jour à l’autre,  
les exportations peuvent être stoppées et l’acheminement de vrac  
pharmaceutique ralenti ou interrompu.

En parallèle de ces ruptures d’approvisionnement sur des traitements  
essentiels très anciens – pour certains synthétisés pour la première fois à  
la fin du XIXe siècle –, une dynamique d’explosion du prix des médicaments,  
que rien de concret ne justifie, met en danger notre système de santé basé  
sur la solidarité, comme l’indiquait le Comité consultatif national  
d’éthique en novembre 2020. Exemple saillant de ce phénomène, la mise sur  
le marché d’un médicament développé sur fonds caritatifs et publics,  
commercialisé par la firme Novartis, à 2 millions d’euros l’injection en  
2019. Cette inflation constante depuis plus de dix ans peut amener les  
autorités sanitaires à limiter le nombre de bénéficiaires d’un traitement  
pour des raisons autres que médicales.

Sans accès à la santé, rien n’est envisageable

En mai 2019, conscients que l’opacité sur la chaîne du médicament  
constituait une menace importante pour les systèmes de santé, en empêchant  
la mise en œuvre de politiques rationnelles, les Etats membres de l’OMS –  
dont la France – s’étaient engagés à mettre en œuvre la transparence sur  
les marchés pharmaceutiques et les produits de santé. Trois ans plus tard,  
seule une petite partie de cette résolution a été mise en œuvre dans  
l’Hexagone. Cette transparence est essentielle car elle permettrait au  
régulateur public de disposer d’informations décisives. L’Etat retrouverait  
un poids dans le rapport de force avec les industriels. Une production  
publique française ou européenne, notamment de matière première,  
permettrait également de renforcer les pouvoirs publics dans ces  
discussions, tout en contribuant à pallier les pénuries de médicaments  
essentiels et à rendre moins vulnérables nos pays aux tensions  
géopolitiques. Mieux se préparer aux pandémies impliquerait aussi un  
meilleur financement de la recherche fondamentale et clinique, qui tienne  
compte du temps long nécessaire à ces études, incompatible avec les  
perspectives à court terme qu’imposent les logiques marchandes.

Sans accès à la santé, rien n’est envisageable : ni avenir serein ni  
activité économique. Cela vaut à l’échelle de l’individu, mais aussi au  
niveau populationnel. L’économie de pays entiers peut être paralysée par  
des menaces sanitaires auxquelles nous sommes collectivement mal préparés.  
Comment les Etats peuvent-ils coordonner, superviser, orchestrer cette  
recherche et cette production ? En mobilisant quels acteurs ?

« Le jour d’après ne ressemblera pas aux jours d’avant », avait promis le  
président Emmanuel Macron le 30 mars 2020. Cela ne s’est pas traduit dans  
les politiques du médicament, où les logiques qui nous mènent à l’impasse  
ont été renforcées entre-temps. Aucun débat sur ces enjeux vitaux n’a  
émergé pendant les deux campagnes électorales, ni depuis. Quelles que  
soient les causes de ce silence, il est aujourd’hui urgent de penser et  
d’agir en termes d’intérêts publics. Il est donc indispensable que médias,  
société civile et responsables politiques s’emparent de ce sujet, et que le  
droit à la santé s’ancre enfin dans des politiques économiques et  
industrielles au service de tous. L’apparente complexité technique ne peut  
masquer l’évidence des principes éthiques en jeu, et le fait que tant de  
vies en dépendent.

Pauline Londeix et Jérôme Martin, cont cofondateurs de l’Observatoire de la  
transparence dans les politiques du médicament, coauteurs de « Combien  
coûtent nos vies ? » (10/18, 112 pages, 6 euros).

Pauline Londeix(Cofondatrice de l’Observatoire de la transparence dans les  
politiques du médicament) et Jérôme Martin(Cofondateur de l’Observatoire de  
la transparence dans les politiques du médicament)

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**Author:** ![Christophe](https://avatars.discourse-cdn.com/v4/letter/c/848f3c/32.png) [@Christophe](https://talk.edrugplus.org/u/Christophe)\
**Post date:** [September 7, 2022, 8:43am UTC](https://talk.edrugplus.org/t/e-med-le-monde-l-etat-doit-reprendre-la-main-sur-les-politiques-du-medicament-nos-vies-en-dependent/46918/2 "2022-09-07T08:43:45Z")

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Bjr aux e-mediens,  
Cet article de Mme Londeix et Mr Martin, devrait nous interpeller, car les enjeux et défis relevés en France comme dans tous les pays industrialisés en matière d’industrialisation pharmaceutique, doivent amener les Instances africaines à s’inspirer de ces leçons apprises.  
La question posée est totalement pertinente : Comment les Etats peuvent-ils coordonner, superviser, orchestrer cette  
recherche et cette production ? En mobilisant quels acteurs ?  
Les décisions prises par le NEPAD/UA et le CDC Africa sont à saluer concernant la production des vaccins, après avoir adopté une stratégie de Pôles d’excellence, reposant sur 4 ou 5 pays, et ainsi limiter les risques de compétition contre-productive entre les pays ; L’idée étant d’amener à la création de champions régionaux.  
Au-delà de la production des vaccins, cette stratégie devrait se décliner également pour la production des principes actifs et matières 1ères, pour la RetD et les capacités à mener des essais cliniques, pour la production des médicaments génériques et des capacités de contrôle de la qualité, sans omettre la bioéquivalence, pour la formation des RH aux métiers de l’industrie pharmaceutique, pour les performances de la régulation du secteur…  
Quelle est la Communauté Economique Régionale qui se serait dotée d’une Politique et d’une stratégie pour l’industrialisation pharmaceutique ? Le PMPA porté par l’UA et le plan régional pharmaceutique de la CEDEAO, ont ils été récemment évalués et actualisés pour s’inscrire dans la dynamique actuelle ?  
J’ai l’impression, mais j’espère me tromper, que nous assistons de nouveau à des projets industriels concurrents entre pays, sans un pilote qui devrait permettre l’émergence de champions régionaux, de façon à répondre au plus vite aux besoins des populations et à être pré-sélectionnés par des mécanismes d’achats groupés tels que le PPM du FM.  
Les Communautés Economiques Régionales devraient établir des stratégies d’industrialisation pharmaceutique basées sur la création de Pôles d’Excellence dans les domaines de la RetD/EC, Production, RH, Régulation, Achats groupés, notamment.  
Un tel sujet devrait susciter le débat…  
À vos plumes  
Très confraternellement  
Christophe Rochigneux  
Expert pharmacien, Expertise France / Groupe AFD, Côte d’Ivoire
