# \[e-med\] Les droits de propriété intellectuelle sont en danger ?

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**Category:** e-med
**Created:** [May 10, 2005, 12:38pm UTC](https://talk.edrugplus.org/t/e-med-les-droits-de-propriete-intellectuelle-sont-en-danger/22430 "2005-05-10T12:38:21Z")
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[Sur la propriété intellectuelle, vous pouvez également consulter sur le site de l'OMS les études reçues par la Commission sur les droits de propriété intellectuelle, l'innovation et la santé publique \<[http://www.who.int/intellectualproperty/fr/index.html&gt](http://www.who.int/intellectualproperty/fr/index.html&gt); à l'adresse suivante : \<[http://www.who.int/intellectualproperty/studies/en/&gt](http://www.who.int/intellectualproperty/studies/en/&gt); ]

Les droits de propriété intellectuelle sont en danger  
[http://www.framasoft.net/article3860.html](http://www.framasoft.net/article3860.html)  
Hervé Le Crosnier, 9 mai 2005

Le texte suivant est la transcription d’un audition publique organisée  
par l’ADBS - Association des Documentalistes et Bibliothécaires  
Spécialisés - le 15 mars 2005.

Par une série d’auditions, cette association cherche à mieux définir sa  
position dans le cadre du mouvement mondial sur la propriété  
intellectuelle initié par la "Déclaration de Genève". Je remercie  
l’ADBS de m’avoir invité à exprimer ma position. Hervé Le Crosnier

La situation actuelle voit poindre des menaces de plus en plus  
importantes contre les droits de propriété intellectuelle (DPI) dans le  
monde entier. A l’origine de ces menaces un groupe de juriste et les  
grandes entreprises de communication et de la pharmacie. On peut  
appeler ce groupe "les intégristes de la propriété intellectuelle" ou  
encore "copyright extremists" (Free Culture, Larry Lessig, Penguin  
Book, 2004).

1 - L’équilibre juridique de la propriété intellectuelle

Depuis le premier "Statut d’Anne", en 1710  
([http://www.copyrighthistory.com/ann](http://www.copyrighthistory.com/ann)…), le droit d’auteur est conçu  
comme un droit d’équilibre entre les intérêts de la société  
("encourager les hommes éclairés à composer et écrire des livres  
utiles" disait le Statut d’Anne) et ceux des auteurs. Ces derniers  
disposent du monopole d’exploitation de leurs oeuvres, qui ne peuvent  
être éditées ou représentées sans leur consentement. Un consentement en  
général échangé contre rémunération, mais ce n’est pas toujours le cas  
comme le montrent certains mouvements comme celui actuel des "logiciels  
libres". Cette logique de l’équilibre se traduit dans toute une série  
de mesures permettant d’assurer la lecture socialisée : existence d’un  
"domaine public" dans lequel les oeuvres sont placées quelques dizaines  
d’années après le décès de l’auteur pour garantir leur libre  
reproduction, constituant ainsi un patrimoine global ; existence d’un  
droit lié au premier achat, qui permet le prêt ou le don de livres et  
l’existence des bibliothèques ; droit de citation, de caricature ; et  
enfin droit de la copie privée.

De même, en ce qui concerne les brevets et les inventions, le droit de  
propriété industrielle vise aussi à l’instauration d’un équilibre pour  
la société : échanger la publication de l’innovation (et donc la  
capacité à échanger le savoir-faire) contre un monopole limité. De  
surcroît, la propriété industrielle concerne les processus et non les  
produits, et reste, jusqu’à aujourd’hui, limitée en ce qui concerne le  
vivant et les logiciels. Enfin le brevet est délivré suivant trois  
critères d’équilibre : la nouveauté, l’inventivité, le caractère  
industrialisable.

Dans les deux cas, auteurs et inventeurs, ce qui est couvert par le  
droit de propriété intellectuelle est distinct des idées qui sont  
intégrées dans l’oeuvre ou l’invention. Le Droit d’Auteur concerne la  
"forme" (littéraire et artistique) qui est donnée à l’idée, et non les  
concepts eux-mêmes. Et dans la propriété industrielle, ce sont les  
"revendications", qui doivent ête proportionnées à la description  
nouvelle et inventive et se rapporter aux méthodes d’industrialisation  
qui peuvent être revendiquées, et non les idées ou les connaissances.

Toutes ces conditions, et notamment l’existence d’un domaine public  
fort auquel les oeuvres et les inventions accèdent dans des délais  
raisonnables, définissent un droit d’équilibre entre la nécessaire  
rémunération de l’invention et de la création (pour les auteurs, les  
inventeurs, mais aussi pour les intermédiaires qui ont participé à la  
réalisation) et les intérêts globaux de la société.

Les Etats ne s’y sont pas trompés, qui permettent la pré-emption sur  
des travaux innovants ayant un impact sur les activités de défense.  
L’Union européenne non plus, qui admet de nombreuses exceptions  
possibles dans sa Directive sur les droits d’auteurs de 2001 (Directive  
EUCD du 22 mai 2001 [http://eucd.info/directive-2001-29-](http://eucd.info/directive-2001-29-)…).

Ajoutons que cet équilibre est nécessaire parce que les biens  
immatériels ont pour caractéristique particulière d’avoir des coût  
marginaux de reproduction bien inférieurs aux coûts de création et de  
réalisation. C’est la raison du "monopole" de l’inventeur ou du  
créateur, et de la capacité pour celui-ci de "licencier" ses oeuvres  
auprès d’un industriel (fabricant ou éditeur) qui va se charger de  
recouvrer les coûts de mise en oeuvre et de verser sa cote-part au  
bénéfice de l’auteur ou de l’inventeur. Et d’y ajouter, par droit de  
monopole, une marge complémentaire pour inciter les auteurs et  
inventeurs à “prendre part librement à la vie culturelle de la  
communauté, de jouir des arts et de participer au progrès scientifique  
et aux bienfaits qui en résultent” (Déclaration Universelle des Droits  
de l’Homme, article 27 - [http://www.un.org/french/aboutun/du](http://www.un.org/french/aboutun/du)…)

2 - Un exemple de cet équilibre dans l’architecture de la Déclaration  
Universelle des Droits de l’Homme

Article 27

1. Toute personne a le droit de prendre part librement à la vie  
culturelle de la communauté, de jouir des arts et de participer au  
progrès scientifique et aux bienfaits qui en résultent.  
2. Chacun a droit à la protection des intérêts moraux et matériels  
découlant de toute production scientifique, littéraire ou artistique  
dont il est l’auteur.

Article 29

1. L’individu a des devoirs envers la communauté dans laquelle seul le  
libre et plein développement de sa personnalité est possible.  
2. Dans l’exercice de ses droits et dans la jouissance de ses libertés,  
chacun n’est soumis qu’aux limitations établies par la loi  
exclusivement en vue d’assurer la reconnaissance et le respect des  
droits et libertés d’autrui et afin de satisfaire aux justes exigences  
de la morale, de l’ordre public et du bien-être général dans une  
société démocratique.  
3. Ces droits et libertés ne pourront, en aucun cas, s’exercer  
contrairement aux buts et aux principes des Nations Unies.

Dans cette architecture juridique, les droits de propriété  
intellectuelle qui sont accordés aux auteurs et inventeurs sont une  
composante spécifique d’un accord global sur les droits humains, et non  
d’un "droit naturel". Ils sont un moyen de la liberté, et doivent en  
permanence être rapportés aux "devoirs" afin d’atteindre globalement  
les buts et principes des Nations-Unies.

Remarquons que les buts et principes des Nations-Unies pour lesquels  
nous devons nous référer concernant l’analyse des menaces qui sont  
actuellement portées sur les droits de propriété intellectuelle sont  
complétées depuis l’an 2000 par la Déclaration du Millénaire, et ses  
objectifs : Réduire l’extrême pauvreté et la faim, assurer l’éducation  
primaire pour tous, promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation  
des femmes, réduire la mortalité infantile, améliorer la santé  
maternelle, combattre le VIH/SIDA, le paludisme et d’autres maladies,  
assurer un environnement durable, mettre en place un partenariat  
mondial pour le développement... Ce dernier point comprend : "En  
coopération avec l’industrie pharmaceutique, rendre les médicaments  
essentiels disponibles et abordables dans les pays en développement" et  
"En coopération avec le secteur privé, mettre les avantages des  
nouvelles technologies, en particulier des technologies de  
l’information et de la communication, à la portée de tous".

Dès lors, nous devons évaluer les tentatives des intégristes du droit  
d’auteur à la lueur de ces textes internationaux. Est-ce que la  
transformation des droits de propriété intellectuelle qu’ils mettent en  
avant permet la réalisation de ces objectifs ? Est-ce que faire passser  
la propriété intellectuelle d’un droit d’équilibre librement consenti  
entre auteurs, inventeurs et la société vers un "droit naturel" de  
propriété uniquement au service de l’auteur ou de l’inventeur ne met  
pas en danger les Objectifs du Millénaire ?

Nous pouvons aussi les évaluer en regard de la morale publique, comme  
nous y incite Victor Hugo :

« Le livre, comme livre, appartient à l’auteur, mais comme pensée, il  
appartient - le mot n’est pas trop vaste - au genre humain. Toutes les  
intelligences y ont droit. Si l’un des deux droits, le droit de  
l’écrivain et le droit de l’esprit humain, devait être sacrifié, ce  
serait, certes, le droit de l’écrivain, car l’intérêt public est notre  
préoccupation unique, et tous, je le déclare, doivent passer avant  
nous. »

Victor Hugo, 1878 - Discours d’ouverture du congrès littéraire  
international. ([http://www.freescape.eu.org/biblio/](http://www.freescape.eu.org/biblio/)…)

3 - La rupture de l’équilibre organisée par les intégristes du droit  
d’auteur

Un courant issu des juristes des pays développés, souvent au service  
des grandes entreprises de la communicaiton ou de la pharmacie, a  
cherché à imposer depuis une petite vingtaine d’années, une nouvelle  
acception du droit de la propriété intellectuelle. Foin d’un droit  
d’équilibre, celui-ci deviendrait : "Toute harmonisation du droit  
d’auteur et des droits voisins doit se fonder sur un niveau de  
protection élevé, car ces droits sont essentiels à la création  
intellectuelle. Leur protection contribue au maintien et au  
développement de la créativité dans l’intérêt des auteurs, des  
interprètes ou exécutants, des producteurs, des consommateurs, de la  
culture, des entreprises et du public en général. La propriété  
intellectuelle a donc été reconnue comme faisant partie intégrante de  
la propriété" (considérants relatifs à la Directive EUCD du 22 mai 2001  
[http://eucd.info/directive-2001-29-](http://eucd.info/directive-2001-29-)…).

"Il s’agit d’un progrès décisif dans ce qui représente un dossier d’une  
importance vitale", s’est félicité en 2001 le Commissaire chargé du  
Marché intérieur, Frits Bolkestein.

Ces références européennes mettent en lumière l’évolution sensible de  
ces dernières années, durant lesquelles on passe d’un droit  
d’équilibre, soumis aux impératifs de développement et à l’intérêt  
général, vers un droit de propriété soumis aux impératifs du commerce.

En ce qui concerne les brevets, on pourrait repérer la même démarche,  
qui est au coeur de l’Accord sur les ADPIC (Aspects des Droits de  
Propriété intellectuelle touchant au Commerce) signés en 1994 au sein  
de l’OMC. ([http://www.wto.org/french/docs\_f/le](http://www.wto.org/french/docs_f/le)…)

Il s’agit, pour les intégristes de la propriété intellectuelle, de  
repenser le droit d’auteur et le droit des brevets uniquement en  
fonction de l’organisation commerciale du monde.

Ce que les pays en développement n’hésitent pas à considérer comme une  
reproduction de la domination à l’heure de la "société de  
l’information". 97% des brevets sont déposés par les pays développés,  
or l’Accord sur les ADPIC prévoit que tous les pays du monde doivent  
harmoniser dès 2005 leurs législations nationales concernant les  
brevets sur la base de celles des pays développés.

Considérer la propriété intellectuelle comme une loi naturelle, qui  
n’aurait comme seul objectif de promouvoir une économie de la vente de  
biens incorporant du travail intellectuel est une transformation  
récente. Elle est au coeur du travail de "public-relation" des  
intégristes. Suivant leur discours radical, chaque auteur ou inventeur  
disposant d’un droit de propriété intellectuelle pourrait à ce titre  
avoir la main sur les usages ultérieurs sur son travail. Un peu comme  
chacun a le droit d’utiliser les ressources de ses terres ou le  
bénéfice de ses usines. Or même dans ces droits de propriété  
matérielle, l’évolution sociale permet d’opposer d’autres droits  
garantissant l’intérêt général (par exemple le droit du travail ou le  
droit de l’environnement). On peut aussi s’interroger sur la façon dont  
les intégristes présentent la création ou l’invention. Dans leur  
discours, les oeuvres viendraient sur terre grâce au travail  
intellectuel de telle ou telle personne ou entité repérable. Or chaque  
création ou innovation puise avant tout dans le savoir commun, et  
ré-inscrit la connaissance dans une autre création ou invention.  
Comment avec une logique de propriété absolue permettre ce chaudron  
social, culturel et innovatif ? Est-ce que le semencier qui ajoute un  
gène à une plante peut se prévaloir d’un droit supérieur sur la plante  
en ignorant le travail multi-millénaire des paysans pour la  
sélectionner ? Est-ce que la nécessité de "négocier" en permanence des  
droits, souvent rencontrés par hasard dans un chemin créatif ou  
d’innovation, est un "encouragement à créer des oeuvres utiles" ? Ou  
bien une contrainte malthusienne qui, a terme, va limiter l’expansion  
de la connaissance et de la culture ?

C’est Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie qui affirme : "La  
propriété intellectuelle n’est pas une loi naturelle, c’est une loi  
faite par les hommes pour promouvoir des objectifs sociaux. J’ai  
toujours été en faveur d’un régime équilibré de propriété  
intellectuelle, or nous avons perdu cet équilibre" (cité par Florent  
Latrive, Du bon usage de la piraterie, Ed de l’Eclat, p.20).

En obtenant l’intégration de l’Accord sur les ADPIC au sein de l’OMC,  
les intégristes ont réussi un tour de passe-passe prodigieux : les  
règles de propriété intellectuelle, destinées à un équilibre pour  
l’utilisation des oeuvres de création ou d’innovation, deviennent de ce  
fait des éléments pour l’extension du commerce à toute la planète et  
sur tous les domaines. Dès lors, les pratiques qui peuvent y devenir  
afférentes ne sont plus directement soumises aux règles globales des  
Nations-Unies (sur la biodiversité, sur le droit à l’éducation, sur les  
objectifs du millénaire, ...) comme y incite la Déclaration Universelle  
des Droits de l’Homme, mais deviennent spécifiquement des règles  
commerciales. Considérer les droits de propriété intellectuelle comme  
des attributs du commerce les soustrait au débat éthique, humaniste et  
démocratique mondial.

C’est aussi une raison majeure pour laquelle le "Sommet mondial sur la  
Société de l’Information" a choisi de ne pas traiter de la propriété  
intellectuelle, laissant ce soin à l’OMC et à l’OMPI. Alors que les  
références aux Droits de l’Homme et aux Objectifs du Millénaire  
figurent en bonne place, en préambule de la Déclaration de Genève du  
SMSI, les questions de DPI sont écartées (de même que celles de la  
concentration des médias), renvoyées aux structures multilatérales de  
régulation du commerce.

Car dès que la question porte sur les échanges commerciaux, on fait  
disparaître les exemptions, exceptions et règles particulières qui sont  
le propre des droits de propriété intellectuelle, et qui truffent  
toutes les lois les concernant. Le délai de grâce accordé aux pays en  
développement pour l’application de l’Accord sur les ADPIC s’est ainsi  
clos le 1 janvier 2005. Ce qui soulève une nouvelle vague de  
protestation mondiale, notamment en regard de l’Objectif du Millénaire  
de l’éradication du virus du SIDA. Le mouvement insiste notamment sur  
les contradictions qui apparaissent entre la Déclaration de Doha (2001)  
et celle de Cancun (2003) au sein de l’OMC concernant les médicaments  
génériques et le droit des pays d’établir des "licences légales  
obligatoires" en raison de l’urgence sanitaire et de décider de leurs  
modalités d’application.

On trouve de nombreux points contraires aux objectifs du millénaire  
dans l’Accord sur les ADPIC

\* l’Accord sur les ADPIC, en étendant les régimes de brevets des pays  
développés, permettent de breveter des produits, alors que de nombreux  
pays, notamment l’Inde, en référence à l’histoire traditionnelle des  
brevets, n’autorisaient que des brevets de processus. Ainsi, on pouvait  
dans ce pays, obtenir une "molécule" décrite dans un document publié  
comme apport de connaissance partout dans le monde (une publication  
scientifique ou un brevet). La molécule n’était pas protégée, et il  
suffisait à une entreprise indienne d’inventer un processus de  
fabrication original. Cette approche a longtemps été celle des pays  
développés, et elle n’est tombée en désuétude que très récemment, dans  
les années 80, sous l’impulsion conjointe des trusts pharmaceutiques et  
agro-chimiques et de la fraction lobbyiste des spécialistes des brevets  
(conseils, avocats, gestionnaires de bases de données, membres des  
offices de brevets... et même fonctionnaires internationaux de l’OMPI,  
dont plus de 70% des revenus proviennent du dépôt des PCT - brevets  
mondiaux- ).

\* En autorisant le brevetage du vivant, l’Accord sur les ADPIC est  
contraire à l’objectif de développement durable, mais aussi de  
l’objectif de la Convention sur la Diversité Biologique signée à Rio en  
1992 ([http://www.un.org/french/ecosocdev/](http://www.un.org/french/ecosocdev/)…). De surcroît, les règles  
pour caractériser un élément vivant "d’invention" sont très largement  
mises en question (il faudrait prouver qu’un agencement spécifique de  
nucléotides n’existe pas dans le règne vivant, car dans un tel cas,  
nous serions en présence d’une "découverte").

\* L’extension permanente des droits sur les variétés végétales  
(notamment par l’extension des règles de l’UPOV) transforment le paysan  
en un intermédaire qui doit chaque année utiliser de nouvelles  
semences, pour lesquelles il doit se fournir auprès des grands trusts  
agro-chimiques. Ces règles enlèvent entre autres la capacité des femmes  
à assurer les cultures vivrières, avec des effets néfastes sur leur  
statut dans les sociétés paysannes, et à terme des conséquences  
catastrophiques sur les enfants.

En compléments des quelques points cités ici, on trouvera d’autres  
exemples dans le livre "Pouvoir Savoir : le développement face aux  
biens communs de l’information et à la propriété intellectuelle",  
(Ouvrage collectif, C&F éditions, 1 avril 2005 -  
[http://cfeditions.com/pidev](http://cfeditions.com/pidev)).

Dans le domaine de la culture, on retrouve une démarche similaire dans  
l’actuelle renégociation de la Convention sur la Diversité Culturelle  
(CDC) à l’UNESCO. Ainsi que le considère l’IFLA par la voix de Miriam  
Nisbet : "A major continuing concern, however, is the language in many  
places in the current draft that shifts the Convention’s focus away  
from nurturing cultural expression and towards an emphasis on stricter  
enforcement of intellectual property laws. We believe that this tilt is  
particularly misplaced in a treaty that derives from a Declaration  
calling out for balanced intellectual property laws"  
([http://www.mediatrademonitor.org/no](http://www.mediatrademonitor.org/no)…)

Le débat au sein de l’UNESCO porte par exemple sur la proposition B de  
l’article 19 : "Nothing in this Convention shall affect the rights and  
obligations of the States Parties under any other existing  
international instruments.", ce qui voudrait dire que les règles de  
protection de la diversité culturelle, qui pourraient être prises par  
les Etats ou intégrées dans le texte de la CDC devraient avant tout  
chose se conformer aux plus extrêmistes des règles du commerce de la  
propriété intellectuelle.

4 - L’Agenda pour le développement

C’est en étudiant les projets des intégristes de la propriété  
intellectuelle, qui se manifestent principalement dans des règles  
commerciales, à la lueur de la question du développement que nous  
obtenons une vision plus éclairante des dangers pour tous de la  
politique actuelle.

Leur discours proclamme qu’en acceptant des règles contraignantes dans  
leurs rapports aux créations et innovations des pays développés, les  
pays en dévelopement pourraient dans le même mouvement "protéger" leurs  
propres créations et s’intégrer dans le marché mondial des biens  
immatériels. Belles paroles, mais complètement contraires aux faits.  
C’est tout l’honneur de John Barton et de son équipe d’avoir été  
financés par le Gouvernement britannique pour rendre un rapport  
supportant une telle argumentation, et après avoir examiné avec  
indépendance la situation réelle, d’avoir conclu que ce n’était pas la  
réalité. Ce rapport est un merveilleux outil pour démasquer les  
discours faciles en les rapportant aux faits. Et comme dit un proverbe  
anglais : "les faits sont têtus". ([http://www.iprcommission.org](http://www.iprcommission.org))

Le Brésil et l’Argentine, soutenus par quinze pays en développement,  
ont obtenu de l’assemblée pleinière de l’OMPI d’octobre 2004 que soit  
ouvert un cycle de négociation portant sur l’impact de la propriété  
intellectuelle sur le développement (Proposition de l’Argentine et du  
Brésil en vue de l’établissement d’un plan d’action de l’OMPI pour le  
développement. 26 août 2004 - [http://www.wipo.int/documents/fr/do](http://www.wipo.int/documents/fr/do)…).  
Une première réunion dite Inter-Sessional Intergovernmental Meeting  
(IIM) on a Development Agenda for WIPO s’est tenue du 11 au 13 avril  
2005, avec une forte tension entre les divers pays. Pour les pays en  
développement, il n’est pas question de céder leur liberté à écrire  
leurs propres lois sur la propriété intellectuelle dans le seul but de  
satisfaire les intérêts des possédants des entreprises du Nord. Il  
s’agit au contraire d’élaborer des lois adaptées à leur situation de  
développement, notamment dans les biotechnologies, le logiciel, les  
programmes audiovisuels et cinématographiques, ou à la liberté de  
favoriser les langues locales dans la création et la diffusion.

Mais à peine cette volonté connue, les offices des brevets des pays les  
plus développés tenaient à Washington une conférence destinée à mettre  
en place la menace d’une sortie fracassante de l’OMPI.(Wealthy Nations  
Move Ahead With Patent Harmonisation, William New, 12 février 2005  
[http://www.ip-watch.org/weblog/inde](http://www.ip-watch.org/weblog/inde)…). Loin d’être une menace isolée,  
ces mêmes pays ont récidivé à Marrakech en février pour organiser leur  
réponse. Dans les deux cas, les revendications des pays en  
développement sont marginalisées et l’idéologie des intégristes de la  
Propriété intellectuelle reste aux postes de commande. Il n’est pas  
jusqu’à la proposition des Etats-Unis de ré-interpréter la demande des  
pays du Sud en parlant du développement de la propriété intellectuelle,  
et de proposer pour cela la constitution d’une banque de données des  
"meilleures pratiques" en la matière (Proposal by the United States of  
America for the establishment of a partnership program in WIPO,  
[http://www.wipo.int/edocs/mdocs/mdo](http://www.wipo.int/edocs/mdocs/mdo)…)

Or l’OMPI est un organisme dépendant des Nations-Unies depuis 1974. A  
ce titre, elle doit répondre de la réalisation de la Charte des  
Nations-Unies, et des Pactes associés, ainsi que des Objectifs du  
Millénaire.

Un large mouvement cherche aujourd’hui à rendre l’OMPI plus proche de  
ces objectifs. Ce mouvement est composite. Il comporte des ONG  
(notamment l’IFLA, International Federation of Library Associations,  
Fédération Internationale des Associations de Bibliothèques  
[http://www.ifla.org](http://www.ifla.org) ou CpTech : Consumer Project on Technology -  
[http://cptech.org](http://cptech.org)), des individus (notamment des universitaires comme  
James Boyle, des chercheurs comme Peter Suber, ou Tim Hubbard,  
responsable du projet de décryptage du génome humain) et des pays en  
développement (Brésil, Chili, Inde en tête). Bien qu’elle recoive la  
majeure partie de son financement par les dépôts de brevets, l’OMPI ne  
peut continuer à se comporter comme le bras diplomatique d’une seule  
partie minoritaire de l’humanité. La "Déclaration de Genève" adoptée  
par les acteurs de ce mouvement les 13-14 septembre 2004 rappelle  
(Geneva Declaration on the Future of WIPO -  
[http://www.cptech.org/ip/wipo/genevadeclaration.html](http://www.cptech.org/ip/wipo/genevadeclaration.html) ) :

« Une convention de 1967 a cherché à encourager l’activité créative en  
mettant en place l’OMPI pour promouvoir la protection de la propriété  
intellectuelle. Cette mission fut étendue en1974, quand l’OMPI fut  
rattachée aux Nations-Unies, à travers un accord qui demandait à l’OMPI  
"de prendre des mesures appropriées pour promouvoir l’activité  
créatrice intellectuelle et de faciliter le transfert aux pays en voie  
de développement" des techniques "en vue d’accélérer le développement  
économique, social et culturel". »

« En tant qu’organisation intergouvernementale, l’OMPI a cependant  
épousé une culture qui conduit à la mise en place et à l’expansion des  
privilèges de monopoles, souvent sans considération pour leurs  
conséquences. L’expansion continuelle de ces privilèges et de leurs  
mécanismes coercitifs a entraîné de graves coûts sociaux et  
économiques, et a entravé et menacé d’autres systèmes de créativité et  
d’innovation. L’OMPI doit permettre à ses membres de prendre la mesure  
des véritables conséquences économiques et sociales de l’expansion de  
la propriété intellectuelle, et de l’importance d’une approche  
rééquilibrée entre domaine public et propriété privée. »

5 - Droits de propriété intellectuelle et Droits de l’Homme.

Un récent texte émanant du WGIG (Working Group on Internet Governance,  
un groupe de travail dépendant directement du Secrétariat de l’ONU et  
invité à réfléchir en parallèle au SMSI sur la gouvernance de  
l’internet et d’élaborer des propositions) montre une nouvelle avancée  
des intégristes de la propriété intellectuelle. "The term intellectual  
property describes the set of different regulatory concepts that  
control the production and usage of intellectual objects."  
([http://wgig.org/docs/WP-IPR.pdf](http://wgig.org/docs/WP-IPR.pdf)) Ecrite d’un point de vue de  
techniciens des échanges sur le réseau, cette déclaration annonce avec  
naïveté l’objectif : contrôler les usages... ce qui évidemmment ne  
figure dans aucune loi sur la propriété intellectuelle.

Comment arriver à contrôler les usages : par le biais de MTP (mesures  
techniques de protection), véritables contrats privés insérés dans les  
documents numériques (notamment par le biais de DRM, Digital Rights  
Management systems) ou dans les produits biologiques “modifiés” (avec  
la mise au point de GURTs Genetic Use Restriction Technologies  
(Agricultural Biodiversity : Genetic Use Restriction Technologies  
(GURTs) 21 décembre 2004 [http://www.biodiv.org/programmes/ar](http://www.biodiv.org/programmes/ar)…).

Or ces contrats privés automatiques ne sont pas sans poser de graves  
problèmes pour l’application de la DUDH, et des autres conventions  
internationales :

\* les règles de la lecture socialisée (bibliothèques, écoles,...) sont  
outrepassées par l’application de contrats automatiques. Les  
institutions ne peuvent plus faire lire comme bon leur semble les  
documents qu’elle achètent. La conservation et la relecture ultérieure  
ne sont plus garantie... ;

\* des associations de consommateurs portent d’ailleurs aujourd’hui  
plainte pour “vente forcée” contre des entreprises qui utilisent de  
tels contrats dans le domaine de la musique en France (Musique en  
ligne : l’UFC poursuit Apple et Sony, Estelle Dumout, 14 février 2005,  
[http://www.zdnet.fr/actualites/inte](http://www.zdnet.fr/actualites/inte)…) ;

\* les droits des individus à ne pas rendre compte des usages privés  
qu’ils font des documents qu’il ont régulièrement acquis sont remis en  
cause par le développement des MTP ;

\* les capacités de tels contrats à outrepasser les règles d’anonymat,  
d’identification et de protection contre le traçage se posent  
également. Une récente publication du Groupe de Travail "article 29"  
sur la protection des données, groupe dépendant de la Commission  
européenne, intitulée "Document de travail sur les questions de  
protection des données liées aux droits de propriété intellectuelle"  
conclut ainsi : "Le groupe de travail est préoccupé par le fait que  
l’utilisation légitime de technologies en vue de protéger les oeuvres  
pourrait se faire au détriment de la protection des données à caractère  
personnel des individus. Pour ce qui est de l’application des principes  
de protection des données à la gestion des droits numériques, il a  
observé un écart croissant dans les mondes en-ligne et hors-ligne,  
surtout lorsqu’on considère le traçage et profilage généralisé des  
individus". ([http://europa.eu.int/comm/justice\_h](http://europa.eu.int/comm/justice_h)…)

On ne peut pas contrôler les usages sans finir par contrôler les  
utilisateurs !

6 - La naissance d’un nouveau mouvement mondial

La société civile en liaison avec certains pays en développement  
commence à construire un véritable mouvement mondial sur les questions  
de propriété intellectuelle. Ce débat sort maintenant des cercles  
spécialisés, souvent monopolisés par les juristes, afin de devenir un  
réel débat politique de société dans lequel les citoyens peuvent  
apporter leur point de vue. "Les traités et conventions, flanqués de  
leurs sigles, se multiplient - ADPIC, IT, CDB... - laissant le citoyen  
face à un mur d’opacité. Il y a 6 ans, des associations militantes,  
dénonçant les ravages dont le projet d’Accord multilatéral sur  
l’Investissement (AMI) était porteur, réussissaient à faire sortir la  
finance et l’économie internationale de leur confidentialité et de leur  
soi-disant difficulté technique pour les restituer aux citoyens non  
experts. Aujourd’hui c’est un travail équivalent qui est devant nous :  
les droits de propriété intellectuelle, comme tout appareil juridique,  
ne sont que la traduction d’une certaine vision du « vivre ensemble »  
et des règles nécessaires au bon fonctionnement de ce dernier. Il ne  
s’agit pas de transformer chaque citoyen en juriste spécialisé en  
propriété intellectuelle, mais de donner les éléments de compréhension  
essentiels du projet politique qui se construit derrière l’appareil  
juridique." (Valérie Peugeot -Information, connaissance et pouvoir -  
[http://www.vecam.org/article.php3](http://www.vecam.org/article.php3) ?...)

Ce mouvement mondial qui se développe porte son drapeau bien haut dans  
l’intitulé même du projet qui réunit de nombreuses associations :  
"a2k : access to knowledge - Le libre-accès à la connaissance".

Il s’agit pour ce mouvement, qui est déjà à l’origine de la Déclaration  
de Genève de septembre 2004, de ré-introduire l’équilibre dans les  
droits de propriété intellectuelle, et de promouvoir les intérêts de la  
société humaine mondiale pour l’accès à la connaissance.

Ce mouvement est vivant de son large spectre, de ses moyens divers, de  
ses partenariats souples. Au coeur des rencontres on trouve à la fois  
des associations de consommateurs (CPTech, Consumer Project on  
Technology), des bibliothécaires (IFLA - International Federation of  
Library Associations) ou des mouvements de réflexion émanant du Sud  
(Thirld World Network ou South Center). Autour d’elles, ces trois  
froces motrices ont su regrouper de nombreuses associations, ONG et  
personnalités.

\* Les bibliothèques, au travers de l’IFLA, y jouent un rôle  
prépondérant. Elles demandent l’élargissement du domaine public, et la  
capacité des bibliothèques à réaliser dans le nouvel environnement  
numérique leur mission d’offrir le libre accès au savoir en dehors des  
règles du marché et de l’emprise idéologique (religieuse, politique) en  
respectant toutes les populations (notamment les femmes et les enfants  
et les groupes marginalisés ou handicapés) ;

\* Les associations de consommateurs, qui s’inquiètent de la main-mise  
sur les usages privés (autour de CpTech, on trouve aussi le TACD  
TransAtlantic Consumer Dialogue) ;

\* Les chercheurs défendant le libre-accès tant aux publications  
(Déclarations de Budapest et de Berlin) qu’aux données scientifiques  
elles-mêmes (décryptage génétique, données expérimentales, transparence  
des essais médicaux,...) en sont largement partie prenante ;

\* Les auteurs qui veulent promouvoir du "domaine public consenti" au  
travers des licences de type Creative commons ou Art Libre ;

\* Les défenseurs de la vie privée, qui veulent éviter le traçage des  
lectures des individus, par les DRM ou le "Broadcast flag" ;

\* Les pays en développement qui souhaitent disposer d’une marge de  
manoeuvre pour réaliser un décollage industriel en s’appuyant sur la  
connaissance et le savoir-faire déjà inscrit dans les modes industriels  
et universitaires des pays développés ;

\* Les mouvements paysans contre le brevetage du vivant, qui dénoncent  
notamment la main-mise économique sur leurs activités que représente  
l’agro-industrie et les OGM. Un point très sensible dans les pays où  
les surfaces réduites, la production familiale et vivrière sont la  
règle, comme en Inde ;

\* Les artisans du logiciel libre, de plus en plus rejoins par les pays  
en développement. Le Brésil est aujourd’hui un acteur majeur de la  
promotion des logiciels libres et de leur usage pour l’éducation et  
l’extension des accès numériques pour les plus démunis.

Ce mouvement, fort de sa diversité et de sa capacité à couvrir  
l’ensemble des domaines liés à la propriété intellectuelle, cherche  
actuellement à écrire collectivement un "Traité pour le libre-accès à  
la connaissance", afin de le soumettre à l’OMPI et à ses Etats membres.  
L’objectif de ce traité est indiqué dans son l’article 1 : "The  
Objectives of this treaty are to protect and enhance [expand] access to  
knowledge, and to facilitate the transfer of technology to developing  
countries" (formulation provisoire, une rencontre ayant lieu  
prochainement à Londres pour peaufiner la rédaction. On peut suivre les  
débats et participer à l’élaboration de cette proposition de Traité à :  
[http://lists.essential.org/mailman/](http://lists.essential.org/mailman/)…)

C’est à ce mouvement naissant que je vous invite à participer.

En plaçant "l’accès à la connaissance" en tête des préoccupations  
d’égalité dans le monde des biens immatériels, ce mouvement nous permet  
de disposer d’une grille d’analyse et de proposition qui devrait nous  
permettre de défendre la conception sociale d’origine des Droits de  
Propriété intellectuelle en recréant de l’équilibre et en  
ré-introduisant la dimension humainste et culturelle de cet appareil  
juridique.

C’est parce que nous visons à l’extension de la connaissance, de la  
culture, de l’échange et du respect mutuel, et dans ce cadre à  
l’extension de la citoyenneté et de la démocratie, que nous protégerons  
les auteurs, les inventeurs, et les professions qui font vivre la  
culture et la connaissance, en leur permettant d’utiliser l’ensemble  
des connaissances disponibles sur toute la planète, pour participer à  
leur tour à l’élaboration d’une culture de Paix et d’Egalité, et d’y  
trouver une juste récompense par un accord mutuel concernant l’ensemble  
de la société afin que soit encouragée "la création d’oeuvres utiles".

Hervé Le Crosnier

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Déclaration de Genève sur le futur de l'Organisation Mondiale de la  
Propriété Intellectuelle

Traduction française de l'original anglais

L'humanité fait face à une crise mondiale de la gouvernance du savoir,  
des technologies et de la culture. Cette crise se manifeste de  
plusieurs façons :

---

<div class="post-metadata">

### Author: ![Gabriel\_BUKASA1](https://avatars.discourse-cdn.com/v4/letter/g/a587f6/32.png) [@Gabriel\_BUKASA1](https://talk.edrugplus.org/u/Gabriel_BUKASA1)
#### Post date: [May 12, 2005, 12:11pm UTC](https://talk.edrugplus.org/t/e-med-les-droits-de-propriete-intellectuelle-sont-en-danger/22430/2 "2005-05-12T12:11:51Z")

</div>

[A la suite de ce message, vous trouverez l'appel d'offre en question diffisué sur e-med e 5 avril 2005.]

La coordination du projet ECC IMA /PMURR annonce par la présente que la date limite du dépôt des offres de l'avis d'appel que nous avons publier par le reseau présent est repoussée au 06 juin prochain. Les soumissions accompagnées des frais y afférents seront les seules à être prises en compte.

Gaby BUKASA KALEKA  
gabybukasakaleka@yahoo.com  
Pharmacist  
Master in Public Health  
S/C ECC - IMA/PMURR  
75, av. de la justice  
Knshasa/Gombe  
DRC  
tél. +243 97312502
