# \[e-med\] Retenir les leçons d'Ebola, Analuse de  JOSEPH STIGLITZ

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**Category:** e-med
**Created:** [November 20, 2014, 10:29am UTC](https://talk.edrugplus.org/t/e-med-retenir-les-lecons-debola-analuse-de-joseph-stiglitz/41156 "2014-11-20T10:29:03Z")
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#### Post date: [November 20, 2014, 10:29am UTC](https://talk.edrugplus.org/t/e-med-retenir-les-lecons-debola-analuse-de-joseph-stiglitz/41156/1 "2014-11-20T10:29:03Z")

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Retenir les leçons d’Ebola  
JOSEPH STIGLITZ / CHRONIQUEUR - PRIX NOBEL  
D'ÉCONOMIE 2001, EST PROFESSEUR À L'UNIVERSITÉ COLUMBIA (NEW YORK) | LE  
19/11 À 11:58  
[http://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/0203945684034-retenir-les-lecons-debola-1066235.php](http://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/0203945684034-retenir-les-lecons-debola-1066235.php)

La propagation d’un virus comme Ebola remet en perspective l’importance des  
institutions publiques pour tenter d’enrayer l’épidémie. Même les tenants  
habituels de la privatisation de la santé se tournent vers elles.

La crise Ebola nous rappelle une fois de plus cette nature à double  
tranchant que revêt la mondialisation. Les aspects positifs – tels que les  
principes de justice sociale et d’égalité des sexes – ne sont pas les seuls  
à traverser les frontières plus facilement que jamais auparavant ; c’est  
également le cas d’événements défavorables, telles que l’évolution  
environnementale ou encore la maladie.

Cette crise nous rappelle également l’importance de la gouvernance et de la  
société civile. Nous ne faisons pas appel au secteur privé lorsqu’il s’agit  
d’endiguer la propagation d’une maladie telle qu’Ebola. Nous nous tournons  
davantage vers des institutions – CDC américains (Centers for Disease  
Control and Prevention), Organisation mondiale de la santé (OMS), ainsi que  
Médecins Sans Frontières, association remarquable de médecins et infirmiers  
risquant leur vie pour sauver celle des populations les plus défavorisées  
de la planète.

Même les plus fervents partisans de la droite, souvent désireux de  
démanteler un certain nombre d’institutions publiques, se tournent vers de  
telles institutions lorsqu’il s’agit de faire face à une crise comme Ebola.  
Si les gouvernements ne se montrent pas toujours à la hauteur dans  
l’appréhension de telles crises, l’une des raisons pour lesquelles ils  
trahissent parfois nos espoirs réside précisément en ce que nous  
sous-finançons les agences concernées, aux niveaux national et global.

Un certain nombre d’autres enseignements peuvent être tirés de l’épisode  
d’Ebola. L’une des raisons pour lesquelles la maladie s’est propagée aussi  
rapidement au Libéria et en Sierra Leone est liée au fait qu’il s’agit dans  
les deux cas d’États ravagés par la guerre, au sein desquels une grande  
partie de la population souffre de malnutrition, et ne bénéficie que d’un  
système de santé dévasté.

Par ailleurs, bien que le secteur privé joue effectivement ici un rôle  
essentiel – dans l’élaboration de vaccins – il est peu incité à déployer  
des ressources dans la lutte contre des maladies affectant les individus  
défavorisés ou les États les plus pauvres. C’est seulement lorsque les pays  
développés se trouvent menacés qu’apparaît la motivation nécessaire pour  
investir dans des vaccins contre des maladies telles qu’Ebola.

Il ne s’agit pas ici de formuler une critique à l’encontre du secteur privé  
; après tout, les sociétés pharmaceutiques ne sont pas dans les affaires de  
bonté de cœur, et les rendements sont faibles lorsqu’il est question de  
prévenir ou de guérir les maladies des populations pauvres. La crise  
d’Ebola soulève davantage la question de notre tendance à compter sur le  
secteur privé pour accomplir des tâches pour lesquelles les gouvernements  
se révèlent pourtant plus efficaces. En effet, il apparaît aujourd’hui qu’à  
condition de financements publics plus élevés, un vaccin contre Ebola  
aurait pu être élaboré il y a déjà plusieurs années.

Les échecs de l’Amérique à cet égard suscitent une attention  
particulière.Du côté de ses atouts, l’Amérique abrite certes quelques-uns  
des plus grands hôpitaux, des meilleures universités de recherche, et des  
centres médicaux les plus avancés de la planète. En revanche, lorsque l’on  
sait que les États-Unis dépensent davantage par habitant et en pourcentage  
de leur PIB en direction de la santé que n’importe quel autre pays au  
monde, leurs résultats en la matière apparaissent véritablement décevants.  
Au jour de leur naissance, l’espérance de vie des Américains de sexe  
masculin se place en-dessous de 17 autres pays à revenu élevé

Ce retard de la santé en Amérique s’explique par de nombreux facteurs, dans  
le cadre de leçons susceptibles d’éclairer également d’autres pays. Pour  
commencer, l’accès à la médecine revêt une importance essentielle. Les  
États-Unis comptant parmi les rares pays développés à ne pas reconnaître  
cet accès comme un droit fondamental de l’homme, et dépendant beaucoup plus  
que les autres du secteur privé, rien de surprenant à ce que beaucoup  
d’Américains ne bénéficient pas des soins dont ils auraient besoin. Bien  
que la loi sur la protection du patient et les soins abordables (Obamacare)  
ait amélioré la situation, l’assurance maladie a encore beaucoup de chemin  
à accomplir, la quasi-moitié des 50 États américains refusant d’étendre le  
Medicaid, programme de financement de la santé destiné aux Américains les  
plus pauvres.

Par ailleurs, l’Amérique enregistre l’un des taux de pauvreté de l’enfance  
parmi les plus élevés des pays développés sachant que le manque de  
nutrition adaptée et de soins de santé pendant l’enfance a des incidences  
tout au long de la vie de l’individu. Pendant ce temps, la législation  
américaine sur les armes contribue au taux de décès violents le plus élevé  
des pays développés, tandis que la dépendance du pays à l’égard de  
l’automobile alimente un nombre important de morts sur les routes.  
Les inégalités considérables que présente l’Amérique constituent également  
un facteur essentiel dans le retard du pays en matière de santé, et  
d’autant plus en combinaison avec les aspects précédemment mentionnés.

Étant donné toujours plus de pauvreté, de précarité dès l’enfance,  
d’individus privés d’accès à la santé, à un logement décent et à  
l’éducation, et compte tenu d’un nombre croissant d’individus confrontés à  
une insécurité alimentaire (consommant bien souvent des aliments peu  
coûteux, qui contribuent à l’obésité), il n’est pas surprenant que les  
résultats de l’Amérique en matière de santé soient aussi mauvais.

Joseph E. Stiglitz,

Cet article est publié en collaboration avec Project Syndicate 2014.

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#### Post date: [November 20, 2014, 1:59pm UTC](https://talk.edrugplus.org/t/e-med-retenir-les-lecons-debola-analuse-de-joseph-stiglitz/41156/2 "2014-11-20T13:59:05Z")

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Bonjour et merci Simon pour cet article.

L'analyse de Stiglitz est intÃ©ressante mais trÃ¨s classique.  
Si on reprend le dossier de Solthis sur la gestion des risques du fonds mondial, nous pourrions synthÃ©tiser le texte de Stiglitz en identifiant les risques suivants :

Objectif :Â  
- protÃ©ger les populations des maladiesÂ

Risques :  
- Ne pas considÃ©rer l'accÃ¨s Ã la santÃ© comme un droit fondamental- Ne pas disposer de structures publiques fortesÂ  
- Avoir des inÃ©galitÃ©s de revenus Ã©levÃ©es  
- Ne pas disposer d'une nourriture Ã©quilibrÃ©e pour les populations (cf systÃ¨me immunitaire)- Ne pas disposer de systÃ¨mes de soins primaires de qualité©  
- Avoir trop de dÃ©penses par rapport aux rÃ©sultats (Cf exemple de la santÃ© aux USA)  
- Compter sur le secteur privÃ© pour rÃ©pondre aux besoins des plus pauvres (Quid des PPP justement ?)

Et bien en fait c'est aussi la situation en Afrique. Le systÃ¨me est fait pour que les africains dÃ©pensent de plus en plus dans la santÃ© mais mal, ceci au profit d'un secteur privÃ© qui ne tendra pas vers la meilleure efficacitÃ© possible.

Et bien je considÃ¨re que les systÃ¨mes actuels (verticaux, fragmentation, etc...) et les mentalitÃ©s (la santÃ© n'est pas encore un droit fondamental, les inÃ©galitÃ©s sont exagÃ©rÃ©es) ne sont pas adaptÃ©es pour couvrir les risques qui menacent la santÃ© des populations africaines.

C'est aussi ce genre de cartographie des risques qu'on aimerait voir au sein des grandes institutions impliquÃ©es dans la santÃ©, si jamais elles Ã©taient prÃªtes Ã tout mettre sur la table sans tabou.  
J'avais modestement Ã©crit cet Ã©dito en avril sur le lien InÃ©galitÃ©s-VIH puisque je n'avais pas de rÃ©ponse des acteurs VIH Ã mes questions :Editorial â€“ VIH en Afrique : Nâ€™est-il pas nÃ©cessaire de rÃ©duire les inÃ©galitÃ©s ?

Editorial â€“ VIH en Afrique : Nâ€™est-il pas nÃ©cessaire de rÃ©duire les inÃ©galitÃ©s ? Par The Editorial Team Â· Le 3 avril 2014 Â· Par Bertrand LivinecÂ Initiative Panafricaine de Lutte contre les Hepatites  
[http://www.santemondiale.org/ihpfr/2014/04/03/editorial-vih-en-afrique-nest-il-pas-nacessaire-de-raduire-les-inagalitas/](http://www.santemondiale.org/ihpfr/2014/04/03/editorial-vih-en-afrique-nest-il-pas-nacessaire-de-raduire-les-inagalitas/)

En mai la banque mondiale Ã©crit ceci :Selon le Groupe de la Banque mondiale, la croissance seule ne suffira pas pour Ã©radiquer l'extrÃªme pauvretÃ© | ONUSIDA

> Selon le Groupe de la Banque mondiale, la croissance seu...Si le monde veut rÃ©duire efficacement la pauvretÃ© et atteindre les objectifs clÃ©s de dÃ©veloppement dans des domaines critiques tels que la santÃ© et l'Ã©ducation, les... |

Afficher sur www.unaids.org | AperÃ§u par Yahoo |

"Le Groupe de la Banque mondiale a reconnu que VIH, inÃ©galitÃ©s et extrÃªme pauvretÃ© sont inextricablement liÃ©s et doivent Ãªtre traitÃ©s conjointement."

Mais qu'est ce qu'attendent les acteurs VIH pour inclure dans leur cartographie des risques les inÃ©galitÃ©s de revenus et demander une diminution drastique des coefficients de Gini en Afrique ? Cela fait de trÃ¨s nombreuses annÃ©es qu'on connait la corrÃ©lation, oÃ¹ se situe le problÃ¨me ?  
Nb : Le Fonds Mondial serait confrontÃ© Ã moins de risques de corruption et de dÃ©tournement sur leurs programmes si les coefficients de Gini Ã©taient bien plus bas. Ce n'est pas en augmentant d'une maniÃ¨re disproportionnÃ© les contrÃ´les dans des environnements hyper inÃ©galitaires que cela va s'arranger. C'est comme faire de la bureaucratie soviÃ©tique dans un environnement Ã©conomico-social nÃ©o-libÃ©ral.

Bonne journÃ©e,Bertrand

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### Author: ![livinec\_Bertrand](https://avatars.discourse-cdn.com/v4/letter/l/7993a0/32.png) [@livinec\_Bertrand](https://talk.edrugplus.org/u/livinec_Bertrand)
#### Post date: [November 25, 2014, 10:12pm UTC](https://talk.edrugplus.org/t/e-med-retenir-les-lecons-debola-analuse-de-joseph-stiglitz/41156/3 "2014-11-25T22:12:15Z")

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Bonjour,

Une autre leçon sur Ebola est aussi de se demander si les acteurs de santé sont capables de retenir les leçons du passé.

Voici un document élaboré en 1998 (il y a donc 16 ans) sur les fièvres hémorragiques (dont Ebola) :  
[http://www.cdc.gov/vhf/abroad/pdf/african-healthcare-setting-vhf-fr.pdf](http://www.cdc.gov/vhf/abroad/pdf/african-healthcare-setting-vhf-fr.pdf)

Un grand nombre d'institutions y ont collaboré.

Est ce que ce type de manuel a été largement diffusé auprès des acteurs de santé de terrain en 2014 (le cas échéant mis à jour) ?

Depuis que la crise Ebola s'est déclenchée en Afrique de l'Ouest, quelles sont les informations qui ont été diffusées aux acteurs de santé ?

On a beaucoup parlé de la problématique des Pratiques et rituels d’inhumation, est ce vraiment un problème nouveau et inconnu en 1998 ?  
Idem pour Mobilisation des ressources de la communauté et campagned’éducation.  
J  
e crois surtout qu'on est très peu capable en 2014 de s'appuyer sur les acquis de connaissance passées.

Bien cordialement,

Bertrand Livinec
