Point de vue
Le challenge du G20 : sauver des vies !
LEMONDE.FR | 09.11.10 | 09h50 . Mis à jour le 09.11.10 | 14h41
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Aaron Motsoaledi, ministre de la santé sud-africain
Au sommet du G20 qui aura lieu cette semaine à Busan, en Corée du Sud,
l'Afrique du Sud se joindra aux plus grandes puissances mondiales engagées à
s'attaquer aux défis de développement les plus ardus : du SIDA au changement
climatique, en passant par la lutte contre la pauvreté.
Dans le monde entier, la crise économique menace de saper les progrès
fragiles entrepris afin d'atteindre les Objectifs du Millénaire pour le
Développement (OMD). Le mois dernier, les représentants des pays les plus
riches et le secteur privé se sont rassemblés à New York pour garantir le
financement du Fonds Mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le
paludisme pour poursuivre et accroître son financement de programmes pour
sauver des vies. Malgré tout, cette réunion pour reconstituer les ressources
du Fonds mondial n'a même pas été en mesure de mobiliser le minimum de fonds
nécessaires. En seulement huit ans, le Fonds mondial a sauvé environ 6
millions de vies dans les pays récipiendaires de fonds et s'est affirmé
comme l'exemple éminent du partenariat du XXIème siècle dans la lutte contre
trois maladies que l'on peut prévenir et traiter et qui sont responsables à
elles seules de plus de 15 000 morts chaque jour.
L'Afrique du Sud est l'un des pays qui a considérablement bénéficié du Fonds
mondial, fonds qui a financé des programmes de lutte contre le SIDA et la
tuberculose totalisant 2,3 milliards de rands. Par conséquent, nous, comme
les 144 pays qui ont bénéficié de financements du Fonds mondial, sommes
alarmés du fait qu'il ne possède pas les 20 milliards qui ont été estimés
comme étant nécessaires pour ces pays afin d'atteindre les objectifs sur la
santé que nous avons fixés comme étant impératifs en 2000 (ces derniers
devant renverser la tendance dans la lutte contre le SIDA, la tuberculose et
le paludisme, permettre un accès universel au traitement contre le VIH et
réduire radicalement la mortalité maternelle et infantile).
Bien sûr, le Fonds mondial n'est pas l'unique solution au problème de la
mauvaise santé dans les pays pauvres. Tous les pays ont leur rôle à jouer en
s'investissant dans la santé de leur peuple. Pour cette raison, je suis fier
que le gouvernement sud-africain ait contribué à hauteur de plus de 70
millions de rands au Fonds mondial et ait fait une nouvelle contribution de
15 millions de rands le mois dernier. Nous avons également augmenté
radicalement le financement contre le SIDA pour nos programmes nationaux et
dépensé plusieurs millions de rands chaque année.
En plus de trouver les ressources dans le budget national, nous qui devons
faire face à de grands défis en terme de santé avons le devoir de nous
assurer que l'assistance que nous recevons est dépensée pour des programmes
efficaces et fondés sur des données probantes et non gaspillée pour des
priorités de moindre importance, perdue pour cause de corruption ou réduite
à cause de lois discriminantes qui empêchent les programmes de santé
d'atteindre leurs buts. Mais même avec ces actions, la plupart des pays en
voie de développement qui font face à des défis d'envergure ne peuvent tout
simplement pas les relever seuls. En Afrique du Sud par exemple, le VIH est
un défi énorme - mais ce n'est pas le seul. Nous devons également
reconstruire notre système de santé pour qu'il puisse servir tout le monde
de manière équitable, particulièrement les pauvres. Et c'est la raison pour
laquelle le Fonds mondial est important. C'est une institution indépendante
qui accorde de l'argent pour des programmes efficaces et conduits à
l'échelon national. Jusqu'ici, dans le monde entier, ces programmes ont
fourni des thérapies anti-rétrovirales (TAR) pour 2 millions 700 000
personnes, détecté et traité 7 millions de personnes soufrant de tuberculose
active, distribué 122 millions de moustiquaires imprégnées, traité 108
millions de cas de paludisme et 930 000 femmes enceintes reçoivent des
traitements pour prévenir la transmission du VIH de la mère à l'enfant
(PTME).
Sauver des vies n'est pas une mince affaire ! Le Fonds mondial à démontré
son succès car ils ont prouvé qu'ils étaient des gardiens responsables des
donations mais possédaient aussi des mécanismes de financement innovants,
comme l'initiative Debt4health. La semaine dernière, au sommet des Objectifs
du millénaire pour le développement (OMD), il y avait de vives réclamations
pour une nouvelle approche du financement - réclamations que l'Afrique du
Sud soutient de tout son cour. L'une des propositions est d'instaurer une
minuscule taxe sur les transactions dans le secteur financier, engorgé et
surchauffé. Cela aurait le double bénéfice de réduire les comportements
irresponsables qui ont contribué à la crise économique, tout en levant des
milliards de dollars en nouvelles ressources pour investir dans des
priorités clés, au niveau national et international, dont la lutte contre la
maladie.
Cette idée, appelée Taxe sur les transactions financières, a été développée
par des experts du Groupe pilote sur les Financements innovants pour le
développement, un groupe de 60 pays dont l'Afrique du Sud. Ils estiment
qu'une taxe de 0,05% sur toutes les transactions financières pourrait
rapporter environ 700 milliards de dollars par an.
Et une taxe moins importante, juste sur les transactions de change en gros
sur quatre devises majeures permettrait de lever environ 33 milliards de
dollars par an, si elle est appliquée au taux minuscule de 0,005%. Le monde
des devises étrangères est le plus gros marché du monde - d'une valeur de
800 milliards par an - et c'est le seul des secteurs financiers qui n'est
pas du tout taxé. Il a augmenté de 20% en trois ans, et il pèse maintenant 4
milliards de dollars par jour.
Alors que cette idée a été évoquée depuis de nombreuses années, elle est
maintenant l'objet d'une réelle considération de part le monde. Et ce n'est
pas trop tôt. Au sommet des OMD, le président français Nicolas Sarkozy a
lancé un appel pour cette nouvelle approche du financement en déclarant : "
Est ce que nous allons prendre prétexte de la crise pour faire moins ? "
En tant que membres du G20, l'Afrique du Sud s'associe à la France pour
garantir des approches innovantes afin de faire face à nos défis mondiaux en
termes de santé et de développement. Les vies de millions de sud africains
et de tous les pauvres du monde, dépendent de nos actions collectives pour
lever les fonds nécessaires à la lutte contre la maladie et la fin de la
pauvreté. C'est pourquoi, nous espérons que dans les prochains jours le
Fonds mondial recevra le soutien nécessaire pour les trois prochaines
années. Beaucoup de gens en Afrique du Sud y seront attentifs et espéreront
que cela se produise.
Traduit de l'anglais par Delphine Colin
Aaron Motsoaledi, ministre de la santé sud-africain