[e-med] Un mécanisme de multirésistance aux antibiotiques se répand à partir de l'Asie

Un mécanisme de multirésistance aux antibiotiques se répand à partir de l'Asie
Publié le 13/08/2010

http://www.jim.fr/medecin/11_med_gen/e-docs/00/01/CE/3A/document_actu_med.phtml

Le CDC vient de rapporter l'apparition aux Etats Unis du nouveau mécanisme
de résistance NDM-1 (New Delhi Metallo-bêta-lactamase) chez 3 souches d'entérobatéries
isolées de patients ayant récemment reçu des soins médicaux en Inde (1). Ce
mécanisme, décrit pour la première fois en 2009, confère une multirésistance
à toutes les bêta-lactamines, excepté l'aztréonam, ainsi qu'aux aminosides
et fluoroquinolones. Pour faire suite à cette alerte, un article inquiétant
vient d'être publié dans le Lancet Infectious Disease, dont la presse
généraliste s'est même largement fait l'écho (2). Il fait le point sur le
mécanisme NDM-1 identifié dans 44 isolats à Chennai et Haryana au sud et au
Nord de l'Inde, ainsi que dans 73 autres isolats en Inde et au Pakistan et
37 isolats au Royaume Uni. Dix-sept des 29 patients britanniques avait
voyagé en Inde ou au Pakistan durant l'année précédente, et 14 y avaient été
hospitalisés.

Les isolats étaient résistants à l'imipénème et à l'ertapénème, également à
l'aztrénam (sauf 4) par un mécanisme additionnel de bêta-lactamase, et aux
aminosides et fluoroquinolones à de rares exceptions près. La colistine et
la tigécycline restaient actives. L'analyse moléculaire n'a montré aucune
communauté entre les souches indiennes et britanniques, ni entre celles du
nord et du sud de l'Inde. En revanche, les souches d'Haryanna, toutes de l'espèce
Klebsiella pneumoniae, étaient clonales, ce qui suggère une possibilité de
diffusion épidémique.
Le gène blaNDM-1 était porté par des plasmides de différentes tailles, mais
4 souches britanniques l'avaient intégré dans leur chromosome. De plus, les
plasmides sont transférables comme l'ont montré les expériences de
transconjugaison. Cette transmissibilité est un facteur supplémentaire d'inquiétude
concernant la diffusion potentielle de ce mécanisme.
La plupart des isolats indiens étaient issus d'infections communautaires, ce
qui suggère qu'il est déjà répandu dans l'environnement. Le mésusage très
large des antibiotiques en Inde conduit à une pression de sélection
importante et peut expliquer cette émergence. Les relations privilégiées du
Royaume-Uni avec le sous-continent indien ont certainement favorisé l'arrivée
de cette résistance en Europe, notamment via le tourisme médical, mais d'autres
pays ont déjà été touchés (Suède, Australie, Canada). Actuellement, peu de
nouvelles molécules actives contre les bactéries gram-négatives sont en
développement. Cette émergence pourrait donc devenir rapidement un grave
problème de santé publique. Une surveillance mondiale est recommandée et le
tourisme médical en Inde est déconseillé.

Dr Muriel Macé

(1)Detection of Enterobacteriacae isolates carrying metallo-betalactamase-
United States, 2010.
Morbidity and Mortality Weekly Report (MMWR) 25 Juin 2010 ; 59 (24) : 750.
(2)Kumasaramy KK et coll. : Emergence of a new antibiotic resistance
mechanism in India, Pakistan, and the UK : a molecular, biological and
epidemiology study. The Lancet Infectious Diseases : Publication avancée en
ligne le 11 Août 2010.
doi:10.1016/S1473-3099(10)70143-2.