Un vaccin contre le zona réduirait de 20 % le risque de démence, selon une étude américaine

Un vaccin contre le zona réduirait de 20 % le risque de démence, selon
une étude américaine
Alors que des travaux ont montré le lien probable entre ce virus de la
famille de l’herpès et la survenue de la démence, en France, le
nouveau vaccin Shingrix est recommandé par la Haute Autorité de santé
depuis mars 2024, notamment pour les personnes de plus de 65 ans.

Par Pascale Santi
Publié le 08 avril 2025 à 05h30

Préparation en pharmacie d’une dose de vaccin Shingrix contre le zona,
à Carol Stream (Illinois), en 2020. ALAMY STOCK PHOTO/HEMIS.FR
C’est une bonne nouvelle. Une étude publiée dans Nature le mercredi 2
avril, conduite par une équipe de Stanford Medicine (Californie), a
montré que les sujets vaccinés contre le zona avaient un risque réduit
de 20 % de développer une démence au cours des sept années suivant
l’injection, par rapport à ceux qui n’avaient pas été vaccinés.

Le zona, une infection virale provoquant une éruption cutanée
douloureuse, est dû, chez des personnes ayant eu la varicelle, à une
réactivation du virus varicelle-zona (VZV). Le virus resté « en
sommeil » dans les cellules nerveuses peut en effet se réactiver sous
la forme d’un zona quand le système immunitaire est affaibli. Et, plus
l’âge avance, plus le zona est fréquent et sévère, le risque de
contracter la maladie étant de 30 % au-delà de 65 ans et de 50 %
au-delà de 80 ans.

Plusieurs travaux ont déjà montré que ce virus, de la famille de
l’herpès, pourrait influencer la survenue de la démence. D’autres
recherches fondées sur les dossiers médicaux avaient mis en évidence
le lien avec le vaccin, mais « toutes ces études associatives
souffrent du fait que les personnes vaccinées ont des comportements de
santé différents de ceux qui ne le sont pas », explique Pascal
Geldsetzer, docteur en médecine à Stanford et auteur principal de
l’étude, dans le communiqué de l’université.

Les chercheurs ont « profité » d’une campagne de vaccination menée au
Pays de Galles il y a plus de dix ans pour étudier une cohorte. Ce
programme, qui a démarré le 1er septembre 2013, stipulait que toute
personne âgée de 79 ans à cette date était éligible au vaccin Zostavax
– qui n’est plus commercialisé depuis – pendant un an. Tandis que
celles qui venaient de fêter leurs 80 ans ou étaient plus âgées ne
pouvaient pas en bénéficier. Les personnes âgées de 78 ans devenaient
admissibles l’année suivante et ainsi de suite. Une décision liée à
l’approvisionnement alors limité du vaccin.

Les chercheurs ont utilisé les dossiers médicaux de 280 000 adultes
non atteints de démence au début du programme de vaccination. Ils se
sont concentrés sur les sujets les plus proches du seuil
d’éligibilité. La moitié de la population éligible a reçu le vaccin
contre le zona. « Nous avons pu comparer les adultes qui n’étaient pas
éligibles au vaccin parce qu’ils étaient nés immédiatement avant la
date limite d’éligibilité avec ceux nés immédiatement après (…). Les
individus qui n’ont que quelques semaines d’écart d’âge ne devraient
pas différer systématiquement les uns des autres », relèvent les
auteurs, éliminant ainsi les biais de confusion.

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nouveaux facteurs de risque identifiés

Une étude « puissante »
Au cours de la période de suivi de sept ans, une personne sur huit a
été nouvellement diagnostiquée comme atteinte de démence. Mais celles
ayant reçu le vaccin avaient un risque réduit de 20 %. Sans surprise,
« le vaccin a réduit l’incidence du zona d’environ 37 % sur cette
période de sept ans chez les personnes vaccinées », indique le
communiqué de Stanford. De même, une étude avait mis en évidence en
2024 que le nouveau vaccin, le Shingrix, commercialisé par
GlaxoSmithKline (GSK), réduirait le risque de démence.

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« Ce qui rend l’étude si puissante, c’est qu’elle ressemble à un essai
randomisé avec un groupe témoin – ceux qui sont un peu trop vieux pour
être éligibles au vaccin – et un groupe d’intervention – ceux qui sont
juste assez jeunes pour être éligibles », précise Pascal Geldsetzer.
Les scientifiques ont recherché d’autres éléments susceptibles
d’influencer le risque de démence, mais ont constaté que les deux
groupes étaient très semblables en termes de niveau d’éducation, de
chance de bénéficier d’autres vaccins ou traitements préventifs,
d’avoir d’autres maladies courantes, comme le diabète, les maladies
cardiaques et le cancer, etc.

Comment expliquer ce résultat ? L’incertitude demeure sur les
mécanismes en cause. « On ne sait pas encore si le vaccin protège
contre la démence en stimulant le système immunitaire dans son
ensemble, en réduisant spécifiquement les réactivations du virus ou
par un autre mécanisme », indique le communiqué de Stanford Medicine.

« C’est une excellente étude », s’enthousiasme le professeur Pierre
Tattevin, chef du service des maladies infectieuses au CHU de Rennes.
« On sait que le virus qui donne le zona attaque les tissus
neurologiques et augmente le risque de développer une démence.
Protéger contre le virus protège donc contre les dégâts du VZV,
notamment neurologiques », poursuit Pierre Tattevin, qui recommande la
vaccination contre le zona à partir de 65 ans.

En France, le nouveau vaccin Shingrix, remboursable depuis la fin de
2024, est recommandé par la Haute Autorité de santé depuis mars 2024
pour les personnes de plus de 65 ans et celles de 18 ans ayant un
risque accru de zona. Et ce, malgré de possibles effets indésirables
(fièvres, rougeurs, etc.).

Au regard de la charge forte de la démence dans le monde, notamment la
maladie d’Alzheimer, « les décideurs politiques et les prestataires de
soins de santé pourraient être amenés à réévaluer l’intérêt d’une
vaccination généralisée contre le zona, en particulier chez les
personnes âgées », écrit Anupam B. Jena, professeur de politique de
santé à la Harvard Medical School dans le commentaire accompagnant la
publication de Nature.

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immunodéprimées et les adultes de 65 ans et plus

Pascale Santi