Le 9 février 2019, Dr AKA Aouele, au terme d’un séminaire régional, présidé par le DG de l’OOAS, à l’initiative du Ministère ivoirien chargé de la Santé, en présence de 6 délégations pays, des partenaires parmi lesquels l’OMS, la BAD, l’UNAIDS, proclamait la Déclaration d’Abidjan, en marge du 1er symposium sur l’industrialisation pharmaceutique de l’Afrique (ASE2019).
Quel est le contenu de cette Déclaration d’Abidjan ?
En résumé :
1. La mise en place d’un Conseil Stratégique Régional doté d’un Secrétariat exécutif qui sera chargé notamment, de donner les impulsions politiques pratiques pour la mise en œuvre du plan régional d’industrialisation pharmaceutique, et de réaliser une étude du marché pharmaceutique régional, dans un contexte de mise en place des Couvertures Sanitaires Universelles et de développement des médicaments essentiels génériques, pour avoir une vision réaliste du potentiel de marché, de l’environnement concurrentiel et de capacités de prise de parts de marché…
2. La création d’une plateforme collaborative à vocation régionale réunissant les industriels pharmaceutiques, les professionnels et les experts en réglementation, les universitaires, les investisseurs, les organes chargés de l’assurance maladie et les partenaires au développement, notamment, afin de renforcer la synergie et la complémentarité des financements et de mettre à disposition un cadre de dialogue.
3. Le développement d’une stratégie orientée vers entre autres, la création de pôles d’excellence dans la région ouest africaine, la création d’entreprises pharmaceutiques régionales championnes, la promotion dans le domaine de l’industrie pharmaceutique, de partenariats public-public, public-privé, privé-privé, facilités par les états, la promotion des nouvelles technologies, le renforcement, le développement et la sécurisation de la pérennité financière des Centrales d’Achats Nationales des Etats membres, en vue de garantir la distribution de la production locale et la distribution efficiente des produits de santé pour assurer leur disponibilité locale et régionale,(vi) l’amélioration de la chaîne des valeurs dans la distribution des produits pharmaceutiques.
4. La mise en place d’un fonds régional d’investissement et d’un plan d’investissement et de développement industriel pharmaceutique pour des projets non concurrentiels dans les pays de la CEDEAO.
5. La création d’un climat des affaires propice au développement industriel, notamment par une meilleure Gouvernance, une régulation du secteur pharmaceutique plus performante basée sur l’autonomie et l’efficacité des Autorités Nationales de Réglementation Pharmaceutique, des codes d’investissements plus adaptés et plus incitatifs, des réformes appropriées qui attireront les investissements privés, en préservant les cultures et traditions africaines qui forment le nexus économie, culture et écologie.
Qu’a t il été fait depuis cette Déclaration du 9 février 2019 ?
- Une Communication en Conseil des Ministres a été faite début mars 2019 pour confirmer l’engagement du Gvt de RCI
- La transmission et la diffusion de la Déclaration d’Abidjan auprès des partenaires, notamment au Président de la Commission de la CEDEAO, Monsieur JC Brou
- Une réflexion autour de contributions à une Politique Nationale d’Industrialisation Pharmaceutique Attractive (PNIPA), qui seront consolidées et finalisées lors d’un prochain atelier, début décembre
- A l’initiative de l’OOAS/CEDEAO avec l’appui de l’ONUDI, des audits diagnostics des sites de production en Afrique de l’Ouest ont été réalisés. Cela a permis l’élaboration d’une feuille de route BPF qui identifie déjà les besoins en investissements pour répondre aux CAPAS (écarts constatés par rapport au référentiel BPF).
Est ce suffisant ?
Bien sûr que non… certains sont encore à se poser la question à savoir : l’Afrique subsaharienne est elle en mesure de remédier à sa dépendance aux importations pharmaceutiques (Chine, Inde, Europe, Etats Unis, Afrique du Nord…) ?
Cette question ne se pose plus en ces termes, mais plutôt quelles échéances donne t on à ce défi ??
Il est temps d’accélérer le pas et de confirmer l’harmonisation et la convergence des stratégies et des orientations stratégiques relatives à l’industrialisation pharmaceutique de l’Afrique de l’Ouest, dans un contexte de mise en place des CSU et de protection de l'environnement…
Alors que l’Afrique de l’Est prouve que l’industrialisation pharmaceutique est possible et n’est pas une utopie (plusieurs unités de production sont préqualifiées OMS et accréditées aux normes BPF), l’Afrique de l’Ouest se débat avec ses anciens démons, qui font de ses Etats membres des concurrents sur un marché pharmaceutique non encore unifié. Comment peut on imaginer que certaines unités de production ayant bénéficié récemment d’investissements pour une mise à niveau des équipements et de leurs capacités, rencontrent déjà des difficultés jetant à ce jour un doute sur leur rentabilité, leur compétitivité et donc leur viabilité économique. Ouvrons les yeux…
Que devrait il être fait à court terme ?
1. La mise en place d’un conseil stratégique régional, de haut niveau, piloté par la CEDEAO, sous le lead de 3 ou 4 Etats volontaristes sur le sujet, et la mise en place d’une plateforme collaborative régionale qui facilitera les échanges entre les institutionnels, les industriels et le secteur privé.
2. La réalisation d’une étude de marché pour le secteur pharmaceutique régional : Cette étude aura pour objectif général de proposer une feuille de route pour le développement de l’industrie pharmaceutique de l’Afrique de l’Ouest. Les objectifs spécifiques seront de (1) faire un diagnostic complet de l’industrie pharmaceutique actuelle dans les 15 pays membres de la CEDEAO ; (2) évaluer le potentiel et la faisabilité du développement d’une industrialisation pharmaceutique ; (3) développer une stratégie intégrée couvrant les aspects industriels, réglementaires, financiers et ceux liés aux ressources humaines.
A terme, il s’agira de doter la CEDEAO de capacités de « TRACKING / MARKET INTELLIGENCE », par la création de bases de données et d’outil d'information sur le marché, qui permettront au secteur privé et aux industriels de dimensionner leurs investissements.
3. L’identification de pôles d’excellence, tant dans le domaine industriel (création de sites de productions champions au niveau régional), que dans le domaine de la distribution (création d’un hub régional logistique), ainsi que pour la formation des RH nécessaires à cette industrialisation.
4. La mobilisation des investissements pour une mise à niveau BPF des industries championnes qui auront été retenues dans le cadre de la stratégie de pôles d’excellence.
Déjà, certains gouvernements ont pris les dispositions pour garantir un climat des affaires propice aux investissements industriels (la progression de certains pays dans le classement Doing Business en est la preuve),
Déjà, certains partenaires se sont engagés formellement dans une stratégie de repositionnement de la production pharmaceutique au niveau du continent africain : la déclaration faite le 29 mai 2019 par le Fonds Mondial, l’OMS, l’UNICEF, l’UNAIDS et l’ONUDI, en marge de l’AMS19 à Genève, en est la preuve,
Déjà, un vent de réforme de la régulation du secteur pharmaceutique souffle sur les pays francophones de l’Afrique de l’Ouest, pour créer des ARP autonomes et donc plus performantes que les DPM existantes actuellement… afin de réduire les écarts de performances avec les pays anglophones.
ALORS, continuons à faire bouger les lignes et soutenons la DECLARATION D’ABIDJAN…
Si certains partenaires sont intéressés par cette thématique, la Déclaration d’Abidjan et un projet de Termes de Référence pour l’étude de marché pour le secteur pharmaceutique régional, pourront leur être adressés.
Très confraternellement
Christophe ROCHIGNEUX
Expertise France, Côte d’Ivoire, Abidjan.