[cet article confirme ce qui a été dit dans pendant l'atelier organisé par ReMeD dans le cadre de Pharmagora 2009 à Paris.CB]
02/12/2009 15:12:14 | La rédaction web de Jeune Afrique | Par : Habibou
Bangré
http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20091202151213/-France-Afrique-e
nfant-cosmetique-Depigmentation-les-enfants-aussi-.html
Dépigmentation : les enfants aussi
La dépigmentation des enfants est motivée par un souci esthétique
<http://www.jeuneafrique.com/photos/002122009152533000000produitsdepigmentan
t.png>
Certains parents africains utilisent des crèmes pour éclaircir la peau de
leurs enfants. La pratique est motivée par un souci esthétique. Une
coquetterie que lon tait jusquà ce que des complications surviennent.
« Enfant, jétais très noire, se souvient Nathalie*, une Gabonaise de 34 ans
installée depuis quelques années en France. Ma mère séclaircissait la peau
et je contrastais beaucoup avec elle. Dans la rue, on lui disait même : "On
dirait que ce nest pas toi sa mère." Alors quand jai eu environ 8 ans,
elle a commencé à verser un peu de crème éclaircissante dans mon lait
corporel. »
Même rituel pour sa cousine du même âge qui vivait avec elle. « Ma mère ne
supportait pas de voir quelquun trop noir, poursuit Nathalie, qui ne
séclaircit plus la peau depuis cinq ans. Elle ne pouvait pas dormir tant
quelle ne nous avait pas mis sur le corps le lait quelle avait coupé avec
Halog ! » Une crème à base de corticostéroïdes utilisée pour traiter les
inflammations et les prurits.
Lhistoire de Nathalie, Isabelle Mananga-Ossey la entendue maintes fois. «
Plusieurs jeunes filles mont dit que cest leur mère qui leur a donné la
première crème, indique la présidente-fondatrice de lassociation française
Label Beauté Noire. Mais ces mères ne veulent pas faire du mal : elles nont
pas conscience que les produits contiennent des choses qui peuvent rendre
malade. »
Pratique opaque
Combien denfants sont dépigmentés artificiellement ? Difficile dobtenir ne
serait-ce quune estimation. En France, la plupart des spécialistes
interrogés parlent dun phénomène « marginal », alors que dautres
confessent navoir jamais entendu parler de la pratique.
En Afrique de lOuest, en revanche, les cas sont à la hausse, affirme le Dr
Fatimata Ly, dermatologue et présidente de lAssociation internationale
dinformation sur la dépigmentation artificielle (Sénégal). Quant à Isabelle
Mananga-Ossey, elle se montre catégorique : « Le Gabon, les deux Congos, le
Cameroun et la Centrafrique sont gangrénés par ce fléau ! »
Principalement en Afrique centrale et en Afrique de lOuest, beaucoup
dadultes utilisent de dangereux mélanges (javel, mercure, hydroquinone,
corticoïde, verre pillé
) et souffrent de brûlures, vergetures et autres
irruptions cutanées qui peuvent les défigurer. Les enfants sont-ils sujets à
des complications ? Elles seraient très rares. Pour exemple, le Dr Khadi Sy
Bizet, spécialiste des peaux noires à Paris, na reçu quun seul cas de
complication cutanée chez lenfant en vingt-deux ans de carrière.
Lait corporel « spécial enfant »
« Les problèmes dermatologiques sont moins sévères parce que la quantité de
dépigmentant utilisée est moins importante », commente le Dr Fatimata Ly.
Elle souligne cependant que labus de cortisone peut dérégler les glandes
endocrines, qui sécrètent des hormones. Or « les effets secondaires sont
plus rapides chez lenfant que chez ladulte parce que la peau nest pas
mature », avertit le Dr Khadi Sy Bizet.
Pour éviter le pire, certains parents utilisent des produits « haut de gamme
», supposés moins dosés en agents éclaircissant agressifs. Une tendance à
laquelle se sont adaptées des marques comme HT26. Nathalie confie en effet
qu'elle déboursait entre 15 000 et 22 000 FCFA (entre 23 et 30 euros
environ) pour acheter, en pharmacie ou en grande surface, la grande
bouteille de lait corporel HT26 « spécial enfant ».
Autre stratégie : masser son ventre de femme enceinte avec des produits
dépigmentants. « Les dermocorticoïdes passent la barrière cutanée et vont
dans le sang. Les futures mères se disent donc quen les utilisant leur
enfant sera plus clair à la naissance », confie Isabelle Mananga-Ossey.
Cest compter sans le risque de fausse couche. Ou le retentissement sur la
taille de lenfant à la naissance, note le Dr Antoine Mahé, dermatologue au
centre hospitalier de Meaux et auteur du livre Dermatologie sur peau noire.
Sélection biologique
Une chose est sûre, si la dépigmentation des adultes est un secret bien
gardé, celle des enfants est carrément taboue. En Afrique mais également en
France, où la mairie de Paris a lancé le 5 novembre une campagne
<http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAJA2548p040-041.xml0/-France-blanch
iment-prevention-Attention-beautes-fatales.html> sur les dangers de la
dépigmentation. « Jai reçu il y a quelques années un couple de Congolais
[Brazzaville] qui séclaircissaient la peau et mettaient un peu de produit à
leur bébé. Je leur ai dit darrêter, et je ne les ai plus revus », raconte
le Dr Antoine Petit, dermatologue à lhôpital Saint-Louis de Paris.
Il faut dire que, si en Afrique centrale et en Afrique de lOuest la clarté
du teint est signe de beauté ou de réussite sociale, dans lHexagone, cest,
pense-t-on, un levier dintégration. « Il y a une grande pression à la
conformité pour échapper au racisme, à la discrimination », analyse
Ferdinand Ezembe, docteur en psychologie.
Pour que lenfant ait de meilleures chances, des parents se ravitaillent
donc en crèmes éclaircissantes. Notamment à Strasbourg-Saint-Denis et à
Château-Rouge
<http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAJA_2498_p020.xml1/-France-justice-
contrebande-Sombre-business-au-Mina-Bazar.html> , deux quartiers parisiens à
forte concentration africaine. Des femmes vont même plus loin. « Elles
pratiquent la sélection biologique, révèle Ferdinand Ezembe. Elles cherchent
des partenaires clairs de peau, en se disant que leur enfant aura 50 % de
chances en plus de réussir dans la vie. »
*Le prénom a été changé.