[e-med] La dépigmentation a la peau dure

[un vrai problème de santé publique... CB]

La dépigmentation a la peau dure

Dans certains pays d’Afrique, avoir la peau claire reste un canon de beauté.
Par complexe, des femmes et hommes noirs s’adonnent à la dépigmentation
malgré les risques pour la santé.
Ndèye Khady Lo
http://www.slateafrique.com/1777/la-depigmentation-la-peau-dure-en-afrique
17/07/2011

Xessal au Sénégal, Tcha-tcho au Mali, Ambi au Gabon, Akonti au Togo, Dorot
au Niger ou encore Maquillage au Congo et au Cameroun... Des appellations
qui en disent long sur un mal. L’éclaircissement de la peau connaît un essor
inquiétant sur le continent. Une pratique ancrée dans les mentalités depuis
le XVIIe siècle avec la colonisation. En ce temps, la peau noire était
perçue comme une malédiction. Dans le but de les dominer, les colons ont
inculqué aux noirs le complexe de la peau claire. Cette idée reçue est la
cause de la dépigmentation.

Des produits dangereux

Pour entrer dans les canons de beauté des occidentaux, certaines femmes ont
recours à des produits dangereux. L’eau de javel est mélangée à des laits de
corps pour accélérer le processus. L'hydroquinone et ses dérivés sous forme
de lait, crème, savon sont aussi très prisés. Alors que la dose pour un
usage médical ne doit pas dépasser 2%, certains produits contiennent jusqu’à
22% d'hydroquinone. D'autres personnes se font même faire des injections,
imitant ainsi Michael Jackson. Les zones difficiles à éclaircir (le coude,
les mains, les jointures des pieds et des mains, le cou, le dos) nécessitent
des produits plus agressifs comme l’eau oxygénée. Des produits servant, en
médecine, à traiter des cas graves d’allergies ou des chocs hémorragiques
sont abusivement utilisés car ayant des fonctions éclaircissantes.

Ces méthodes radicales ont des conséquences graves pour la santé. Les acnés,
les brûlures, les mycoses et les eczémas ne sont que de simples problèmes
comparés aux cancers de la peau. Certaines victimes souffrent de
cicatrisations difficiles et voient leur peau décliner en plusieurs teintes
au gré des agressions solaires. Une peau fragile qui rend difficile une
intervention chirurgicale au cas où la personne a un problème de santé. En
outre, les produits utilisés peuvent causer hypertension, diabète, problèmes
osseux et même cécité. Selon une étude réalisée en 2004 par une équipe de
dermatologues à Bobo-Dioulasso, au Burkina Faso, sur 100 femmes, 50
utilisent des produits dépigmentant. Le phénomène est le troisième problème
de santé publique au pays de Thomas Sankara. Sonia L. Diop, une Sénégalaise,
raconte sa mésaventure:

«Je suis diabétique et je m’éclaircissais la peau. Je ne croyais pas que les
produits que j’utilisais avaient une conséquence sur ma maladie. J’en
abusais pour être la plus claire du quartier. Un jour, je me suis blessée à
la jambe. On a dû m’amputer parce que ma peau ne pouvait pas se cicatriser.
Cela a été une épreuve dure mais je me dis que je l’ai bien cherché. Car je
n’ai pas écouté les conseils des médecins.»

Vide juridique

La dépigmentation est interdite aux élèves des cours primaire et secondaire
au Sénégal. Mais rien n’est encore fait contre la vente des produits à base
d’hydroquinone. En 2000, les spécialistes sénégalais de la peau ont appelé
le gouvernement à interdire l’importation des crèmes éclaircissantes en
provenance de Grande-Bretagne, des Etats-Unis, du Nigeria, du Pakistan.
Mais ces produits sont présents sur le marché. Alioune Cissé est un vendeur
de produits cosmétiques. Il fait de bonnes affaires avec la vente des
produits dépigmentant dans la banlieue dakaroise. Le vendeur ne cache pas
son plaisir:

«J’entretiens ma famille restée au village avec les revenus que je tire de
la vente de ces produits. Des femmes et certains hommes originaires des pays
de la sous-région achètent ces produits. Il y en a même qui s’endettent pour
avoir la peau claire. C’est vraiment un bon créneau de vente.»

Des dépenses considérables

Beaucoup de femmes sénégalaises dépensent une fortune pour ces produits dont
le prix ne cesse de grimper. Coumba, une jeune ménagère sénégalaise,
s’adonne à la dépigmentation de la peau. Elle avoue dépenser près de 35.000
francs CFA (53 euros) par mois pour s'acheter ces produits en provenance des
Etats-Unis. D’autres font des mélanges aussi chers que dangereux pour avoir
un teint clair en peu de temps. Ndémé déclare s’éclaircir la peau pour
rivaliser avec sa coépouse qui a un teint plus clair. «Mon mari a épousé une
femme peuhle, plus claire que moi. Je me dépigmente pour qu’il sache qu’elle
n’a pas le monopole de la beauté », assure-t-elle.

Fatou Bintou, une ménagère, ayant arrêté de se dépigmenter depuis six mois,
trouve que c’est une perte de temps et d’argent: «Je passais plus de 45
minutes pour m’enduire tout le corps de crème. Je dépensais 30.000 francs
CFA [45 euros] le mois maintenant je ne dépense que 12.000 francs [18 euros]
pour un lait de corps. Je ne regrette pas d’avoir arrêté.»

D'ailleurs, de plus en plus de jeunes Africains préfèrent se tourner vers
les femmes qui ont su préserver leur teint naturel. Salifou, un étudiant
burkinabè, trouve que les femmes qui s’éclaircissent la peau sentent
mauvais. «J’avais une copine qui faisait le Xessal. Elle avait une drôle
d’odeur à cause des produits qu’elle utilisait. J’ai été obligé de rompre
avec elle à cause de ça», témoigne-t-il. Chérif, un journaliste sénégalais,
n’en pense pas moins. Pour lui, il est hors de question que sa femme
s’adonne à ces pratiques.
Ndèye Khady Lo