[e-med] Irrégularités d'approvisionnement à Madagascar (Rapport du Fonds Mondial)

Rapport d’enquête
Office de l'Inspecteur Général, Fonds Mondial

Activités de passation de marchés des récipiendaires principaux de la
subvention au titre du mécanisme « National Strategy Application»
attribuée par le Fonds mondial pour la lutte contre le paludisme à
Madagascar
GF-OIG-13-052 3 janvier 2014
http://www.theglobalfund.org/en/oig/reports/

Résumé

1. Le présent rapport rend compte des résultats d’une enquête menée par
l’Unité d’Enquêtes du Bureau de l’Inspecteur Général (BIG) sur les
subventions au titre du mécanisme National Strategy Application (NSA) pour
la lutte contre le paludisme attribuées à Madagascar. L’enquête s’est
focalisée sur certaines dépenses financées via les subventions NSA (et
partiellement via la subvention du Round 7) par leurs Récipiendaires
Principaux (RP), parmi lesquels deux sont des agences gouvernementales –
l’Unité de Gestion des Projets d’Appui au Secteur de Santé (UGP) et la
Centrale d’Achats de Médicaments et de Matériel Médical (SALAMA) – et deux
sont des Organisations Non Gouvernementales (ONG) – Pact et l’Association
Intercoopération Madagascar (AIM).

2. Les montants de subventions examinés par le BIG et les montants de
dépenses non- conformes identifiés sont récapitulés dans le tableau
suivant :

Schéma 1: Récapitulatif des montants de subventions examinés et des
montants non-conformes identifiés par le BIG (cf le rapport
http://www.theglobalfund.org/en/oig/reports/)

B.1. Irrégularités commises et prix excessifs pratiqués par certains
fournisseurs dans le cadre d’achats de l'UGP en 2009 et 2010

3. S’agissant de l’appel d’offres national restreint organisé par l’UGP en
2010 pour l’achat de fournitures et d’équipements pour la campagne
d’aspersion intra domiciliaire (« Campagne d’Aspersion Intra Domiciliaire
» ou « campagnes CAID ») financée à la fois par la subvention NSA et la
subvention Round 7 pour la lutte contre le paludisme, le BIG a constaté
que des contrats d’une valeur de 640.146 dollars US étaient entachés
d’irrégularités. Sur ce montant, 329.609 dollars US ont été facturés par
les fournisseurs au-delà des prix du marché. Le BIG a établi, sur la base
d’une prépondérance d’éléments de preuves, que :

(a) Deux « groupes » (de quatre fournisseurs chacun) s’étaient concertés
et avaient soumis des documents d’offre qui n’avaient pas été préparés de
manière indépendante par chacun des fournisseurs.

(b) Trois des quatre fournisseurs du premier « groupe » avaient été
présélectionnés par la Responsable et le Sous-Responsable de l’Unité
d’approvisionnement de l’UGP et avaient été invités à soumissionner ; au
sein de ce premier «groupe», l’un de ces trois fournisseurs, « Sitraka »,
avait joué un rôle déterminant et fourni à l’Unité d’approvisionnement de
l’UGP les noms des deux autres fournisseurs.

(c) Un autre fournisseur (qui ne faisait pas partie des deux « groupes »),
également présélectionné par la Responsable de l’Unité d’approvisionnement
de l’UGP et invité à soumissionner, était une entité détenue par l’un des
membres de la famille (nièce) de ladite Responsable, sans que ce lien de
famille n’ait été divulgué par ladite Responsable à son supérieur ou à la
Commission d’Evaluation des Offres.

4. De même, s’agissant de l’appel d’offres restreint national pour l’achat
de fournitures et d’équipements pour la campagne CAID organisée par l’UGP
en 2009 et financée par la subvention Round 7, le BIG a constaté que
certains contrats d’une valeur totale de 203.454 dollars US étaient
entachés d’irrégularités. Sur ce montant, 53.328 dollars US ont été
facturés par les fournisseurs au-delà des prix du marché. Plus précisément
:

(a) Le BIG a établi, sur la base base d’une prépondérance d’éléments de
preuves, que quatre « groupes » de fournisseurs (impliquant au total 15
fournisseurs) s’étaient concertés et avaient soumis des documents d’offre
qui n’avaient pas été préparés de manière indépendante par chacun des
fournisseurs.

(b) Le BIG considère également que ces pratiques concertées n’auraient pas
pu avoir lieu à une telle échelle si la Responsable de l’Unité
d’approvisionnement de l’UGP n’avait pas été totalement ou partiellement
au courant.

B.2. Surfacturation de produits de santé par SALAMA dans sa capacité
d’agent délégué à la passation des marchés pour Pact

5. L’accord de subvention NSA conclu avec un autre RP, Pact, obligeait ce
dernier à engager SALAMA en tant qu’agent délégué à la passation des
marchés pour tout achat de produits de santé financé par le Fonds mondial.
Ainsi, Pact a conclu trois contrats avec SALAMA au cours de la période
2011-2012. Le BIG a constaté que deux desdits contrats représentant un
montant total de 299.672 dollars US, dont : (i) 270.643 dollars US pour la
fourniture d’équipements de laboratoire et (ii) 29.029 dollars US pour la
fourniture de Tests de Diagnostic Rapide (TDR), avaient été suracturés à
hauteur de 74.464 dollars US au total (surfacturation à hauteur de 65.893
dollars US s’agissant des équipements de laboratoires et surfacturation à
hauteur de 8.571 dollars US s’agissant des TDR). Plus précisément, le BIG
a établi, sur la base base d’une prépondérance d’éléments de preuves, que
:

(a) Deux des trois contrats signés avec SALAMA n’incluaient les clauses
types relatives à propos d’achats transparents et concurrentiels au prix
le moins élevé possible.

(b) SALAMA avait initialement tenté de surfacturer à Pact un montant de
967.499 dollars US sur le montant de l’offre de SALAMA de 5.348.585
dollars US. Ceci aurait représenté une augmentation de prix de 22% par
rapport au coût d’achat sur lequel SALAMA et Pact s’étaient mis d’accord
(en l’espèce, le coût d’achat plus une commission de gestion de 10%). La
valeur du contrat finalement retenue (270.643 dollars US) excédait
toujours de 65.893 dollars US (ou 32%) ledit coût d’achat convenu.

(c) SALAMA avait également surfacturé à Pact un montant de 8.571 dollars
US (ou 42%) par rapport au coût d’achat convenu pour la fourniture de TDR,
sur une valeur de contrat totale de 29.029 dollars US.

(d) Les responsables de Pact ont exercé un contrôle insuffisant sur le
processus de passation de marchés avec SALAMA, ce qui a facilité la mise
en œuvre par SALAMA des pratiques décrites ci-dessus. Cependant, Pact a
engagé des mesures correctives peu de temps après que le probléme a été
soulevé et, en particulier, Pact a réussi à recouvrer auprès de SALAMA une
partie du montant de 64.038 dollars US.

B.3. Livraison de médicaments non-conforme aux lignes directrices du Fonds
mondial en matière d'assurance qualité

6. En janvier 2011, SALAMA, en sa qualité de RP au titre de la subvention
NSA, a accordé un contrat de 17.068 dollars US à la Fondation ADI (ADI)
pour fournir un médicament anti- paludisme fabriqué par REMEDICA, un
fournisseur de ce type de médicaments agréé par l’Organisation Mondiale de
la Santé (OMS). Cependant, les médicaments effectivement livrés par l’ADI
et distribués par SALAMA ont été fabriqués par un autre fabricant, Guilin
Pharmaceuticals, qui, à l’époque, n’était pas un fournisseur pré-agréé. La
raison de ce dysfonctionnement est qu’un employé de l’ADI n’a pas
correctement identifié le fabricant enregistré dans le système de gestion
des fournisseurs de l’ADI. Par conséquent, l’ADI a également surfacturé à
SALAMA 5.269 dollars US pour les médicaments. Alertée par le BIG sur ce
point, l’ADI s’est engagée à rembourser le montant surfacturé.

7. La véritable origine des médicaments n’a été découverte par SALAMA
qu’après que ces médicaments ont été livrés dans le pays. Bien qu’alertés
par SALAMA, l’ADI et l’Agent Local du Fonds (LFA) n’ont pris aucune mesure
pour corriger ces problèmes, en conséquence de quoi, les médicaments ont
été distribués à des utilisateurs finaux par SALAMA. De surcroît, les
informations enegistrées dans le système d’Information sur les Prix et la
Qualité (PQR) du Fonds mondial étaient erronées et indiquaient que les
médicaments provenaient de REMEDICA.

B.4. Autres sujets
8. En 2012, le BIG a été informé, en marge de son enquête, des résultats
d’une vérification judiciaire commissionnée par Pact et conduite par le
Cabinet 3A Madagascar sur l’un des Sous-Récipiendaires de Pact (SR) au
titre de la subvention NSA, la Croix Rouge Malgache (CRM). Ces résultats
incluent la constatation d’irrégularités en matière d’achats et devraient
être suivis directement par le Secrétariat du Fonds mondial.

B.5. Recommandations
9. Sur la base des résultats de son enquête, le BIG adresse au Secrétariat
du Fonds mondial les recommandations suivantes, énoncées au paragraphe H
ci-dessous. Les recommandations ont trait aux sujets suivants :
(i) recouvrer les dépenses qui n’ont pas été engagées en conformité avec
les contrats de subvention concernés et s’assurer que les parties et les
individus concernés répondent de leur gestion des crédits de subvention ;
(ii) envisager des sanctions contre les fournisseurs qui se sont rendus
coupables de collusion ou d’autres pratiques collusoires ou
anti-concurrentielles ;
(iii) réfléchir à des mesures appropriées de limitation des risques
applicables à des marchés de valeur élevée dans les cas d’urgence ;
(iv) mettre en oeuvre des principes de transparence en matière de
rémunération des agents délégués à la passation des marchés; et
(v) prendre les mesures appropriées en matière de performance des LFA.

Bonjour à tous,

En dehors de la première recommandation que je trouve particulièrement
inique pour un pays pauvre entre les pauvres, les autres sont logiques
pour corriger un dysfonctionnement, cependant, il en manque une, a mes
yeux essentielle, "Réfléchir et prendre les mesures pour développer une
industrie pharmaceutique LOCALE"; mais pour cela, il faudrait vouloir
sortir du cercle vicieux aide continuelle = justification de l'action et
non développement : jamais je n'ai vu de tels projets pour Madagascar et
pourtant Madagascar exporte de l'artémisine quelle triste ironie!!!
Jean Jacquemart