[e-med] Kosovo : le scandale de la contrebande des médicaments

Kosovo : le scandale de la contrebande des médicaments
Traduit par Nerimane Kamberi
Sur la Toile :
Publié dans la presse : 20 mars 2009
Mise en ligne : jeudi 16 avril 2009
http://balkans.courriers.info/article12575.html

Près de 60% des médicaments qui entrent aux Kosovo sont issus de la
contrebande. Après avoir été achetés auprès de l’Agence kosovare pour les
produits médicaux (AKPM), les étiquettes et les certificats sont revendus
sur le marché noir. Les produits qui en bénéficient échappent donc aux
contrôles sanitaires. En plus de mettre en danger la vie des citoyens du
Kosovo, ce trafic grève le budget de l’État puisque les médicaments de
contrebande échappent aux taxes.

Par Nebih Maxhuni et Arben Hyseni

Près de 60% des médicaments qui entrent au Kosovo sont issus de la
contrebande. Ils arrivent sur le marché kosovar avec de vraies ou de fausses
étiquettes, qui peuvent être trouvées aussi facilement qu’un kilo de
poivrons. Que ces étiquettes soient vraies ou fausses, qu’elles soient ou
non délivrées par l’Agence kosovare pour les produits médicaux (AKPM), on
peut se les procurer sans difficulté. Nous avons ainsi pu facilement obtenir
plus de 2.000 étiquettes délivrées par l’AKPM...

Nous avons aussi pu trouver de fausses étiquettes, au prix de 15 euro les
1.000 étiquettes. En laissant se développer de telles pratiques, les
responsables de l’Agence ont facilité les affaires de nombreuses compagnies
pharmaceutiques qui importent des médicaments.

Celles-ci n’ont plus besoin de se soumettre aux procédures de contrôle
puisque le marché noir regorge de ces étiquettes. L’AKPM est l’autorité
supérieure au Kosovo pour le secteur pharmaceutique, chargée d’éditer les
étiquettes, de contrôler et d’inspecter tous les médicaments qui entrent au
Kosovo.

Avec les étiquettes qu’on trouve librement sur les marchés de Pristina, les
sociétés importatrices peuvent ignorer toutes les procédures de contrôle. Le
plus grand risque causé par ces étiquettes est la qualité douteuse de ces
médicaments, car ils échappent à toutes les inspections et au contrôle des
institutions responsables.

Les règles pharmaceutiques précisent que les médicaments doivent être
transportés par camion spécial, dans des conditions précises de température.
En réalité, le transport illégal est la règle. Les médicaments entrent au
Kosovo dans des bagages ou dans les coffres des voitures, ce qui met en
danger la santé des Kosovars. Ces médicaments perdent de leur qualité en
raison de la contrebande, mais ils arrivent librement sur le marché, après
avoir été certifiés par ces fausses étiquettes.

Ces médicaments sont non seulement dangereux pour la santé à cause de leur
qualité douteuse mais, comme ils échappent aux taxes, ils grèvent budget du
Kosovo.

Selon les statistiques du ministère de la Santé, en un an, la valeur des
médicaments qui entrent chaque année au Kosovo atteint 50 millions d’euros.
Or, 60% de ces médicaments échappent aux contrôles et aux taxes. Les règles
de l’AKPM stipulent que les compagnies pharmaceutiques ont pour obligation
de lui verser 1% de la valeur de chaque médicament.

10% des gains sont taxés et la TVA représente 16% du prix. Après un rapide
calcul, ce marché noir fait perdre 27% des recettes des taxes de l’État.

À cause de la contrebande des médicaments, le budget du Kosovo perd environ
27 millions d’euros chaque année. Le prix de ces étiquettes sur le marché
noir tourne entre 34 et 40 euro. Pour ce prix, les contrebandiers peuvent
acheter mille étiquettes.

De façon légale, une compagnie pharmaceutique peut obtenir des étiquettes
par l’AKPM pour seulement 7,5 euro. La procédure se termine avec une
facture, un certificat et un permis délivrés par l’AKPM. Ensuite la
compagnie pharmaceutique reçoit des étiquettes sur base du prix des
médicaments importés par l’AKPM, un organisme dirigé par Zehadin Gashi.

Celui-ci nous a déclaré qu’il n’avait aucune information sur les étiquettes
de l’AKPM revendues sur le marché noir. Zehadin Gashi ne s’inquiète pas de
ce scandale, qui met pourtant directement en danger la vie des citoyens. Il
nie tout simplement l’existence de ce marché.

« Je n’ai rien fait parce que ce n’est pas à moi de m’occuper de ce problème
», déclare Zehadin Gashi. Pour lui, ce sont les inspecteurs du ministère de
la Santé qui doivent s’occuper de cette question.

Nos sources auprès du ministère de la Santé montrent que, depuis 2008, les
responsables de l’AKPM n’ont envoyé aucune copie des numéros de série des
étiquettes délivrées aux compagnies pharmaceutiques à la Direction pour
l’inspection du ministère de la Santé.

Selon cette source, « la Direction de l’inspection n’a reçu aucun rapport de
l’AKPM, qui a pourtant délivré 600.000 étiquettes. De même, elle n’a aucun
numéro de série ». Toujours selon cette source, des médicaments illégaux
portant l’étiquette de l’AKPM ont été confisqués plusieurs fois. Le ministre
de la Santé, Alush Gashi, a été informé des abus des responsables de l’AKPM