Paris, le 8 octobre 2009
Communiqué de presse
EMBARGO : JEUDI 8 OCTOBRE 01h00 (heure française)
Limmunodéficience liée à linfection par le VIH augmente le risque de
cancer
http://www.vih.org/20091009/l-immunodeficience-augmente-risque-cancer-7526
Une vaste étude prospective réalisée à partir des patients inclus dans la
base de données hospitalière française sur linfection à VIH (ANRS CO4)
apporte la démonstration que le déficit immunitaire joue à lui seul un rôle
majeur dans la survenue des cancers classants SIDA et non classants SIDA
chez les patients séropositifs. Les résultats de cette étude, publiés
aujourdhui sur le site du journal Lancet Oncology (1), indiquent en effet
que plus le déficit immunitaire est prononcé et plus le risque de cancer
augmente, ceci de façon indépendante des autres facteurs de risque
éventuels. Cette observation plaide en faveur dun diagnostic et dune mise
sous traitement précoce des personnes infectées par le VIH. Elle souligne
également que lobjectif du traitement ne doit pas seulement être la
diminution de la charge virale mais le maintien ou la restauration du nombre
de lymphocytes CD4 au-dessus de 500/mm3. Cette étude est la première qui
mesure le risque de survenue propre à chacun des cancers les plus fréquents
chez les personnes séropositives.
Depuis lintroduction des multithérapies antirétrovirales en 1996, les
cancers sont devenus la première cause de décès chez les patients infectés
par le VIH. Parmi ces patients, le risque de cancer est deux à trois fois
supérieur à celui de la population générale. Vaste cohorte prospective
lancée en 1992 dans 62 hôpitaux principalement universitaires, la base de
données hospitalière française sur linfection par le VIH (ANRS C04) a
permis détudier le rôle spécifique de limmunodéficience liée au VIH, de la
réplication virale et des traitements antirétroviraux sur la survenue de 7
cancers chez les patients infectés par le VIH. Trois sont des cancers
figurant parmi la liste des pathologies définissant le sida : le sarcome de
Kaposi, le lymphome non-hodgkinien et le cancer du col de lutérus ; quatre
sont des cancers non classant sida les plus fréquents chez les patients
infectés par le VIH : le lymphome hodgkinien et les cancers du poumon, du
foie et du canal anal.
Cette étude a concerné 52278 patients suivis entre 1998 et 2006 (durée
médiane de suivi de 4,9 ans) ; elle présente ainsi une puissance statistique
inégalée. Cela a notamment permis dévaluer, non pas le risque global de
cancer comme dans les études précédemment publiées, mais le risque propre à
chacun des cancers étudiés. Pour chacun deux, des associations ont été
recherchées avec le degré de limmunodéficience (mesurée par le nombre de
CD4/mm3) et de la réplication virale (déterminée par la charge virale ARN
VIH), et en fonction de la prise ou non dune combinaison dantirétroviraux.
Les résultats montrent une association indépendante entre limmunodéficience
et le risque de survenue de cancers : en dessous de 500 CD4/mm3, plus le
nombre de ces cellules est bas et plus le risque de cancer est élevé. Le
nombre de CD4 ressort ainsi comme étant le facteur le plus prédictif pour
tous les cancers étudiés, excepté le cancer du canal anal.
Parmi les trois facteurs de risques étudiés, limmunodéficience apparaît
être le seul facteur de risque identifié pour le lymphome hodgkinien et les
cancers du poumon et du foie. Une association avec une charge virale non
contrôlée est par ailleurs retrouvée vis-à-vis du sarcome de Kaposi et du
lymphome non hodgkinien. Pour ces deux cancers, ainsi que pour
le cancer du col de lutérus, la prise dun traitement antirétroviral est
associée à une diminution du risque de survenue de ces pathologies malignes,
et ce indépendamment de leffet des traitements sur limmunodépression et la
réplication virale. Enfin, pour le cancer du canal anal, ce sont le temps
cumulé avec des CD4 inférieurs à 200/mm3 et une charge virale supérieure à
100000 copies/ml qui sont associés à une augmentation du risque de survenue.
Les résultats issus dune autre cohorte de lAgence Nationale de Recherches
sur le sida et les hépatites virales, la cohorte Aquitaine (ANRS C03),
montrent également linfluence majeure du déficit immunitaire vis-à-vis du
risque de cancer chez les patients infectés par le VIH. Ces résultats
viennent dêtre publiés dans la revue Clinical Infectious Diseases (2).
Pour le Dr Dominique Costagliola (Directrice de lUnité mixte
Inserm/Université Pierre et Marie Curie 943 « Epidemiologie, stratégies
therapeutiques et virologie cliniques dans l'infection a VIH »), qui a
dirigé létude, « il apparaît clairement quune immunodéficience, même
modérée, est associée à une augmentation du risque de cancers chez les
personnes infectées par le VIH. De surcroît, à lexception du cancer du
canal anal, ce risque apparaît réversible lorsque les lymphocytes CD4
remontent. Il est donc indispensable dobtenir chez ces patients, avec les
traitements antirétroviraux, une restauration immunitaire et un maintien de
celle-ci au-dessus de 500 CD4/mm3. Cela plaide également en faveur dun
diagnostic de
linfection et dune mise sous traitement précoces. Enfin, ces résultats
renforcent lintérêt du dépistage régulier du cancer du col de lutérus pour
les femmes séropositives ».
(1) M. Guiguet, F. Boué, J. Cadranel et al. Effect of immunodeficiency, HIV
viral load, and antiretroviral therapy on the risk of individual
malignancies (FHDH-ANRS C04): a prospectivecohort study.
www.thelancetoncology.com, published online October 8, 2009 DOI :
10.1016/S1470-2045(09)70282-7.
(2) Bruyand, M., R. Thiebaut, et al. "Role of Uncontrolled HIV RNA Level and
Immunodeficiency in the Occurrence of Malignancy in HIV-Infected Patients
during the Combination Antiretroviral Therapy Era: Agence Nationale de
Recherche sur le Sida et les hépatites virales (ANRS) CO3 Aquitaine Cohort."
Clinical Infectious Diseases 2009; 49(7): 1109-1116.
Contact presse chercheur :
Dr Dominique Costagliola
Unité 943 Inserm et Université Pierre et Marie Curie, Paris
Tel. : 06 09 26 12 87
dominique.costagliola@upmc.fr