[e-med] Production locale d'ARV au Congo-Kinshasa (suites)

Bonjour,

En décembre 2006, nous diffusion cet article sur e-med (cf archives de e-med
http://www.essentialdrugs.org/emed/archives.php -ne pas utiliser d'accents
dans la recherche par mots-clés).

Est-ce que quelqu'un à des infos sur le développement de cette production
locale d'ARV ?

Bonne journée à tous

Carinne Bruneton

Bonjour Carinne;
J'étais encore à Goma; donc proche de Bukavu, il y a une 11 mois.
De là j'avais appris des sources de Pharmakina et autres évaluateurs du PNMLS que les ARV produits par cette firme souffriront encore d'être distribue à grande échelle à cause de la prequalification OMS qui trainerais.
Quant à savoir pourquoi l'unité de production des ARV n'a pas été préqualifiée,
certains ont évoqué quelques exigences recommandées par l'OMS mais que
pharmakina pourra satisfaire difficilement; les autres ont évoqué une faible
volonté de l'OMS de conclure positivement ce dossier suite aux pression du
lobbying favorable a l'importation des ARV via les fonds bi et
multilatéraux. D'autres enfin ont évoqué une implication insuffisante du
Gouvernement congolais.
La conséquence est que cette initiative de pharmakina serait entrain de se
décourager.
Merci

Pharmacien Francois M.R.Tshitenge/DRC
Mails: fmrtshimal@yahoo.fr
Tel: +243 (0) 81 69 95 713
Skype: tshimal

Bonjour,

Ce débat met en avant la production locale. Est-elle possible?
Rentable économiquement?
Qui a les BPF en Afrique ? Délivré par qui?

Si on veut avoir un bon niveau de qualité il faut bien agir .

Et là, je ne parle pas de pré-qualification OMS.

Serge Barbereau

Bonjour à tous,

Je veux apporter ma modeste contribution autour du débat sur la non distribution des ARV produits par Pharmakina de la RDC.

Je crois qu'il faut partir d'une analyse portant sur la complexité des molécules concernées (les ARV sont récents, les essais cliniques comme les méthodes d'analyse souvent pas encore dans une pharmacopée reconnue), sur la multiplicité des sources d'approvisionnement de la matière première utilisée (souvent pas conforme ou de traçabilité non définie) mais également sur la capacité de mutations multiples du virus du SIDA. Autrement dit, la discussion devrait plutôt tourner au tour de la qualité des médicaments produits donc de la capacité de Pharmakina à répondre au moins aux conditions et référentiels de base comme les BPF, le rapport d'évaluation des autorités compétentes sur les ARV en question.

N'oubions pas que l'Afrique enregistre déjà le plus grand taux de séro-prévalence, il nous donc faut juger de la qualité des productions pour éviter les résistances et autres conséquences néfastes. Les médicaments ARV génériques provenant d'ailleurs doivent présenter les mêmes marques de garantie d'utilisation, fussent-ils des produits offerts par le FM, la fondation Bill Gates,la BM, l'USAID... .

Pour autant nos institutions régionales comme UEMOA ou CEMAC devraient porter le plaidoyer auprès des partenaires et autres bailleurs pour assurer le transfert de technologie, le renforcement des dispositifs pour une production locale, de qualité.

Pour la production déjà faite par Pharmakina, rien n'empêche qu'on procède à un contrôle qualité avec l'appui des partenaires et au cas échéant et exiger des bailleurs, l'achat pour la distribution aux patients du pays et même de la région centre de l'Afrique.

Dr Aboubakrine Sarr
Sénégal

Bonjour Dr Sarr,

Je voudrais vous informer que par rapport à Pharmakina, j'étais Directeur de la Pharmacie quand Pharmakina a demarré les activités de fabrication des ARV. Je me rappelle avoir envoyé avant de délivrer les autorisations réquises une équipe constituée d'un expert national specialiste en BPF et d'un Professeur de la Facultés des Sciences pharmaceutiques (spécialiste en assurances qualité) pour une évaluation des BPF et les méthodes de contrôle de qualité

Le rapport de cette évaluation sur la qualité des ARV a indiqué qu'il y avait des améliorations à  faire mais qu ils ne pouvaient pas empecher Pharmakina de produire.

En 2005,une évaluation a été réalisée par l'OMS sur des ARV circulant dans quelques pays et le rapport est disponible dans le site de l'OMS "Survey of the quality of antiretroviral medecines circulating in select african countries", au cours de cette étude les echantillons de pharmakina ont été prélevés et analysés avec les autres, les problèmes de dissolution ont été trouvés sur un ARV entré sans AMM dans le pays, alors que les autres ARV y compris ceux de pharmakina n'ont pas présentés de problème de qualité aux analyses effectuées

Plus tard sur demande du ministère de la santé, l'OMS a entamé le processus de préqualification de Pharmakina et le rapport de l'OMS a également demandé quelques améliorations a Pharmakina qui devait faire un investissement supplémentaire. Cette industrie aurait cherché des fonds auprès du gouvernement sans les obtenir et aussi les assurances que le gouvernement soutiendrait la production en achetant ARV et également en réduisant les taxes pour permettre l'accessibilté financière aux populations. Il semblerait ces demandes n'ont été satisfaites et Elle a préferé arrêter la production

Merci

Franck Biayi
Pharmacien
Ministère de la Santé
Kinshasa/RDC
Tél:+243818125838

Bonjour

Pour répondre à Monsieur Barbereau,
Oui la production locale est possible en Afrique. Elle doit même être vue
comme une nécessité pour l'accès aux médicaments récents et de qualité en
Afrique. Avec l'entrée de l'Inde et de plusieurs pays génériqueurs dans les
ADPIC, avec les échéances de nos pays également vis-à-vis de ces ADPIC, nous
devons comprendre qu'il sera plus facile pour nous d'avoir des licences
obligatoire de production locale que des licences obligatoires
d'importation. Mais une licence obligatoire de production ne sert à rien
sans une capacité de production locale.
La production locale peut être rentable économiquement si "locale" est
considéré à l'échelle régionale ou continentale. Les ADPIC prévoient
l'existence de telles entités dans l'exploitation des souplesses liées à
l'exploitation des brevets. Mais pour se faire, il faut un véritable
leadership politique sous régionale ou continentale de l'ONUSIDA et des
institutions d'intégration (UA, CEDEAO, SADEC,....), au nom de
l'autosuffisance sanitaire pour l'Afrique.
Cordialement!

--
Simon KABORE
PCA du Réseau Accès aux Médicaments Essentiels (RAME)
04 BP: 8038 Ouagadougou 04 Burkina Faso
Tel: bur (226) 50 37 70 16
         Cel: (226) 70 24 44 55
E-mail alternatif: simonkabore@rame-int.org

Pour clôturer ce débat, du moins pour ma part, je voudrais féliciter Carinne Bruneton et tous les Emediens des pays du nord qui partagent sa position, pour leur sens élevé de défendre sans réserve leurs intérêts vitaux. Leurs points de vue sont clairs et n'appellent aucune ambiguité, et tant pis pour nous Africains si nous ne savons pas défendre les nôtres. PHARMAKINA n'a qu'à se résigner et à fermer les installations de production des ARV sous l'oeil impuissant des autorités, intellectuels, pharmaciens et chercheurs Africains que nous sommes.
Merci et très cordialement
Dieudonné MOZOULOUA
RCA

Cher Dieudonné,
Point de résignations pour un homme qui croit en sa vision. Surtout quand cette vision veut une Afrique meilleure et indépendante. Il ne faut point faiblir car l'étoile de l'espoir viendra et ceux qui auront été stoïques réaliseront leur rêve. Il y a juste 40 ans que Martin Luther King rêvait. Aujourd'hui, nous sommes témoin que ce rêve n'était pas vain. Alors, PHARMAKINA ne doit pas abandonner. Elle ne doit pas forcément attendre quelque chose des autorités, des intellectuels, des pharmaciens ou des chercheurs africains pour exister. Elle doit croire en elle-même et trouver des solutions. Ces solutions peuvent, certes, ne pas être à la hauteur de ses attentes mais elle aura eu le mérite de jouer à la DAME pour couronner son pion.
C'est ma contribution pour PHARMAKINA. Elle n'est pas financière ou institutionnelle, mais j'ose croire qu'elle apportera un peu de lumière pour l'introspection des uns et des autres. En commençant surtout par les responsables de PHARMAKINA.
Cordialement.
Arsène OUEDRAOGO
oaralim@gmail.com

Bonjour à tous
Pour mieux clarifier les propos de notre collègue de la RCA, je pense qu'en général nous savons défendre nos intérêts individuels mais pas les intérêts nationaux. Le cas de l'Usine Malienne des produits pharmaceutiques (UMPP) est là pour le confirmer. C'est dire que le cas de PHARMAKINA n'est pas isolé; je le dis pour avoir participé à la construction de l'UMPP et avoir été le premier Directeur à sa création avec nos partenaires Chinois et m'être occupé après, en ma qualité de conseiller régional OMS/Afrique, des médicaments "modernes" et "traditionnels". Le problème de la production locale (à base de matières premières locales ou importées) ne trouvera de solution à mon avis qu'après un changement de mentalité et de comportement des autorités (volonté politique immuable malgré les changements du ou des Ministres en charge du secteur) et des acteurs que nous sommes(moins d'égoïsme et plus de confirmation de nos
compétences pour convaincre et rassurer autorités et population; sachant que la production locale sera souvent dans nos pays accueillie avec un préjugé défavorable). Je ne pense pas que la résignation soit une solution; il faut continuer à se faire entendre autour de soi, en vue de créer "une masse critique d'engagés" pour le changement. Ce n'est pas utopique malgré cet environnement où tout s'achète. Chacun doit apporter sa contribution sans se soucier de voir le bout du tunnel; mais conscient d'avoir fait œuvre utile et en espérant que l'objectif sera atteint.
Koumaré Mamadou
Président de la Société Malienne de Phytothérapie( SMP)
koumarem@hotmail.com Tél/fax (223) 20 21 77 47
Bp E 1950 Bamako
www.sante.gov.ml/smp

Bonjour

Je partage la préoccupation de tous concernant la production locale de médicaments, ARV comme les autres. Cela fait aussi partie de la "souveraineté" et de l'indépendance économique.
Mais il ne faut pas oublier que l'industrie pharmaceutique est d'abord une industrie, avec en plus des exigences de qualité que nous connaissons tous très bien.
Et on s'imagine mal qu'un pays soit bien équipé pour une industrie pharmaceutique alors que les industries de base sont elles-mêmes déficientes. Y a-t-il des chaines de montage d'automobiles ou d'électroménager au Congo ? Y a-t-il une industrie agro-alimentaire bien développée ? Sinon, peut-il y avoir une industrie pharmaceutique viable ?

Merci de vos réflexions à ce sujet.

Edouard Guévart