Produits éclaircissants : Cinq Congolais interpellés à Paris et des
produits d'une valeur d'un million d'euro saisis
Sale temps pour ceux qui vivent du commerce des produits
éclaircissants pris dans l'étau des autorités françaises et belges.
Outre les descentes annoncées de la police dans les boutiques
africaines en Belgique, cinq Congolais ont été interpellés dans la
région parisienne par la police qui, en même temps, a saisi des
dizaines de milliers de produits litigieux. La valeur des produits
saisis dépasse le million d'euro.
Mercredi 29 juillet dernier, Afriqu'Échos Magazine (AEM) reprenait un
communiqué de l'autorité sanitaire belge qui annonçait une guerre sans
merci contre les boutiques africaines qui revendent des produits
éclaircissants dont la dangerosité multiforme pour la santé est
aujourd'hui avérée. Dans notre commentaire, nous avions salué le fait
que les autorités belges n'aient pas minimisé le problème sous
prétexte qu'il était circonscrit dans les ghettos des communautés
africaines. Aujourd'hui, l'on peut se féliciter que la traque a été
également lancée en France depuis bien longtemps et c'est un grossiste
qui vient de tomber.
Ci-dessous, l'intégralité de l'article du quotidien français
Libération qui relate le coup de filet de la police française. On y
découvre un pan de ce réseau et son fonctionnement. Édifiant. Il
restera que la préoccupation principale demeure la prise de conscience
des utilisateurs. À ce propos, justement, la France prévoit une
campagne de prévention.
Dépigmentation : la police a eu la peau du réseau
Gros coup de chance, puis gros coup de filet. Les enquêteurs de la
police urbaine de proximité ont participé à un jeu de piste pour faire
tomber, un à un, plusieurs acteurs importants d'un réseau de vente de
crèmes dépigmen courante et taboue dans la population noire, la
dépigmentation volontaire de la peau s'effectue à l'aide de crèmes ou
lotions contenant de l'hydroquinone, des dermocorticoïdes et des sels
mercuriels mélangés à des crèmes hydratantes pour en faciliter
l'application. Des actifs fortement nocifs, interdits sous leur forme
cosmétique, largement distribués sous le manteau.
Du quartier parisien de Château-Rouge (XVIIIe), haut lieu de revente
de ces crèmes, jusqu'au Val-de-Marne, ce sont des dizaines de milliers
de produits qui ont été saisis, et cinq personnes interpellées.
L'information judiciaire, toujours en cours, n'a pas encore permis de
remonter jusqu'aux fabricants. Mais pour une fois, les interpellations
ne concernent pas seulement les petits vendeurs, derniers maillons
d'un trafic extrêmement opaque.
Import-export. Le 15 avril, les policiers du XVIIIe arrondissement
interpellent une Congolaise de 34 ans en flagrant délit de vente de
crèmes dépigmentantes sur la voie publique. 725 produits contenant des
« substances vénéneuses », selon la préfecture de police de Paris
(PP), sont saisis. Le parquet ouvre une information judiciaire, et la
jeune femme est placée en détention provisoire. Elle révèle aux
enquêteurs l'identité de son fournisseur. Direction une société
d'import-export à Ivry-sur-Seine. L'homme, un Congolais d'une
quarantaine d'années, est déjà connu des services de police pour des
affaires similaires. Il est interpellé le 7 juillet. Lors de la
perquisition de la société, les enquêteurs découvrent 7 000 euro et
des documents sur un box en location à Choisy-le-Roi. Là-bas, des «
centaines de cartons », selon la PP, tous contenant des produits
blanchissants.
Alors que les enquêteurs fouillent le box, un camion s'approche. À la
vue des policiers, son chauffeur tente de s'échapper. Ce Congoé. Il est livreur pour la fameuse
société d'import-export. Les enquêteurs découvrent sur lui la clé d'un
deuxième local, où dorment près de 84 000 pots et flacons de crème.
Valeur marchande : plus d'un million d'euro. Les deux employés
reconnaissent les faits, mais chargent aussi leur patronne, alors à
l'étranger. Ils sont placés en détention provisoire.
Et la baraka continue pour les enquêteurs : se sachant recherché, un
autre employé de la société, âgé de 47 ans, se présente au
commissariat du XVIIIe. Il est placé en garde à vue. Son rôle dans le
réseau : modifier le conditionnement des produits afin de faire
disparaître la mention « contient du mercure ». Il révèle aussi
l'existence d'un autre stock, à la Plaine-Saint-Denis. La police
urbaine de proximité y trouve 18 000 cosmétiques supplémentaires.
Dernier épisode le 21 juillet : la gérante de la société, une
Congolaise de 38 ans, est interpellée. Elle reconnaît les faits, est
mise en examen et placée sous contrôle judiciaire. Elle et ses
complices seront jugés pour « exercice illégal de la pharmacie », «
tromperie aggravée », et « détention et transport de substances
vénéneuses ». Ces produits étaient importés d'Italie, de Chine, de
Côte-d'Ivoire et de la république démocratique du Congo. Ils devaient
arroser toute l'Ile-de-France, Strasbourg, Orléans, et même l'Italie,
l'Espagne, la Suisse et la Belgique.
« Mafieux ». « Le trafic de produits dépigmentants fonctionne comme le
trafic de drogue : on a affaire à un vrai réseau mafieux » , explique
Isabelle Mananga-Ossey, présidente de l'association Label beauté noire
qui milite en faveur de produits cosmétiques de qualité pour les
populations multiculturelles. « Les arrestations, les saisies, c'est
très bien. Mais tant qu'il y aura de la demande, tant qu'il y aurien »,
ajoute Isabelle Mananga-Ossey.
Les autorités sanitaires et politiques sont restées sourdes au
problème jusqu'à cette année. À la rentrée prochaine, la mairie de
Paris lancera une large campagne de prévention. De son côté, l'agence
de contrôle des produits sanitaires (AFSSAPS) travaille en
collaboration avec la Direction générale de la répression des fraudes
(DGCCRF) pour analyser des produits trouvés sur le marché, ce qui
s'accompagnera d'une campagne de sensibilisation. |Isabelle Hanne («
Libération »)
Kinshasa, 3/08/2009 (AEM, via mediacongo.net)
Charly MAMPUYA W.M., Pharmacien