[e-med] Risque de mortalité élevé chez les enfants (1 mois -15 ans) présentant une hypoglycémique ou une glycémie anormale admis dans un hôpital de référence

(Remerciements au dr Hubert Barrennes pour son effort de traduction du résumé de sa très intéressante étude.
Article disponible en intégralité ici :http://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0150076
CB)

Risque de mortalité élevé chez les enfants (1 mois -15 ans) présentant une hypoglycémique ou une
glycémie anormale admis dans un hôpital de référence
Barennes H, Sayavong E, Pussard E (2016)

High Mortality Risk in Hypoglycemic and Dysglycemic Children Admitted at a Referral Hospital.
PLoS One February 24, 2016
DOI :10.1371/journal.pone.0150076

http://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0150076

Introduction

L’hypoglycémie est une caractéristique bien connue du paludisme grave de l’enfant en zone tropicale mais son diagnostic et sa gestion restent problématiques dans les pays à ressources limitées. L'impact de la dérégulation du glucose sanguin (hypo-, hyperglycémie, et faible glycémie) sur la mortalité infantile a rarement été évalué en dehors des zones de paludisme et au delà de la période néonatale. Nous avons prospectivement évalué la prévalence de la glycémie anormale. Nous avons analysé les facteurs de mortalité et leur association avec les divers seuils de glycémie anormale chez les enfants gravement malades admis en dehors de la période néonatale à l'Hôpital National de référence au Laos.

Methodes

Les enfants (1 mois-15 ans) admis dans le service de pédiatrie de l'hôpital Mahosot ont été classés en utilisant la gestion intégrée des maladies de l'enfant (PCIME). La glycémie a été évaluée une fois à l'admission par piqûre au doigt à l'aide d'un glucomètre. 4 niveaux de glycémie ont été étudié : hypoglycémie : <2,2 mmol / L (<40 mg/ dl), faible glycémie : de 2,2 à 4,4 mmol / L (40-79 dl mg/), glycémie normale : 4,4 à 8,3 mmol / L (80-149 mg/ dl), et hyperglycémie > 8,3 mmol / l (≥150 mg/ dl). Les facteurs de mortalité jusqu’à 3 jours après la sortie de l’hôpital ont évalués par analyse univariée et multivariée.

Résultats

Parmi 350 enfants, 218 (62,2%) étaient gravement malades et 172 (49,1%) avaient au moins un signe de
danger PCIME. Un total de 15 enfants (4,2%; Intervalle de confiance à 95% (IC95%) : 2,4 à 6,9) avait une hypoglycémie, 99 (28,2%; IC 95% : 23,6-33,3) une faible glycémie, 201 (57,4%; IC 95% : 52,0-62,6) une glycémie normale, 35 (10,0%; IC 95% : 7,0-13,6) une hyperglycémie. L'hypoglycémie était associée à une plus longue durée de jeune (p = 0,001) et un statut PCIME plus grave (p = 0,02). L’hypoglycémie et l'hyperglycémie était associés à une hypoxémie (SaO2) (p = 0,001). Au total 21 (6,0%) enfants sont morts :
66,6% de ceux avec hypoglycémie, 6,0% de ceux avec une faible glycémie, 5,7% de ceux avec une
hyperglycémie et 1,4% de ceux avec glycémie normale. 9 décès (2,5%) sont survenus au cours des 24 premières heures suivant l'admission et 5 décès (1,7%) dans les 3 jours suivant la sortie de l'hôpital.
Comparativement aux enfants à glycémie normale, les enfants hypoglycémique et à faible glycémie avaient un risque plus élevé de décès (OR : 132; IC à 95% : 29,0-596; p = 0,001; et OR : 4,2; IC 95% : 1,1-15,6; p = 0,02; respectivement). Ils avaient aussi un taux de décès précoce plus élevé (20%; p <0,001 et 5%; p = 0,008; respectivement). Après analyse multivariée, l'hypoglycémie (OR : 197; IC-95% : 33-1.173), l'hypoxémie (OR : 5,3; IC 95% : 1,4-20), la présence d'une hépatomégalie (OR : 8,7; IC à 95% : 2,0-37,6) et ayant une mère analphabète (OR : 25,9; IC à 95% : 4,2-160) étaient les facteurs associés à un risque accru de décès.

Conclusion

L'hypoglycémie est associée à un risque élevé de mortalité chez les enfants en dehors de la période néonatale dans les zones tropicales indemnes de paludisme. La glycémie doit être surveillée et un traitement préventif proposé aux enfants malades, en particulier ceux avec des signes PCIME de danger et un jeûne prolongé. La voie sublinguale de sucre est un exemple d’alternative efficace précédemment publiée et recommandée. Il faut poursuivre l’évaluation d'intervention incluant le seuil de faible glycémie dans les pays à ressources limitées. La recherche est également nécessaire pour déterminer l'importance, le pronostic et les soins de l'hyperglycémie.

Dr Hubert Barennes,

Epidémiologiste, Pediatre, PhD, HDR
Gure ametsa, 1 impasse Larrodé 64200 Biarritz
blog travaux de recherches: http://barenneshubert.over-blog.com/
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/?term=barennes