Taxe sur les billets d'avion : Paris ne rallie pas les grands pays
LE MONDE | 01.03.06 | 14h31 . Mis à jour le 01.03.06 | 14h31
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3234,36-746330@51-746436,0.html
Une douzaine de pays introduiront finalement une taxe sur les billets
d'avion pour financer la lutte contre le sida, le paludisme et la
tuberculose dont sont victimes 6 millions de personnes chaque année.
Mais, en dehors du Chili, du Brésil, du Royaume-Uni déjà acquis au projet,
la France - à l'initiative de la conférence sur "Les financements innovants
du développement" réunie à Paris mardi 28 février et mercredi 1er mars - n'a
pas rallié de grands pays susceptibles de donner à cet impôt une assiette à
la hauteur des enjeux. L'Inde, l'Allemagne ou la Belgique se sont dits
intéressés, mais n'ont pas franchi le pas. La taxe devrait rapporter entre
300 et 400 millions d'euros en année pleine, dont la moitié collectée dans
l'Hexagone.
Environ 1,5 million de personnes atteintes du sida ont accès aux traitements
dans les pays en développement, tandis que 6,5 millions en auraient un
besoin urgent. Et les institutions internationales estiment à 23,7 milliards
de dollars (19,9 milliards d'euros) la somme nécessaire en 2006 pour lutter
contre les trois pandémies. Il manque plus de 11 milliards. Ce n'est, dès
lors, pas la participation de Chypre, de Madagascar, de Maurice, du Congo,
de la Guinée-Bissau, de la Jordanie ou du Niger qui combleront la
différence.
ACHATS GROUPÉS DE MÉDICAMENTS
Au total, une quarantaine de pays se retrouveront néanmoins dans le groupe
pilote chargé de bâtir l'architecture de la Facilité internationale d'achat
de médicaments (FIAM) qui recueillera les fonds. "Tout n'est pas réglé,
reconnaît le professeur Michel Kazatchkine, ambassadeur français chargé de
la lutte contre le VIH/sida. Mais il ne s'agit en aucun cas de créer une
nouvelle institution. La FIAM sera logée dans une institution existante.
Peut-être l'Unicef, qui dispose d'une centrale d'achat de médicaments,
l'Organisation mondiale de la santé (OMS) ou le Fonds mondial, ou même de
manière conjointe au sein de ces deux dernières."
L'objectif de la taxe, qui fournira une ressource pérenne et prévisible
tandis que les contributions des Etats sont volatiles, est d'améliorer
l'accès aux médicaments en faisant baisser leurs coûts.
Comment ? D'abord en négociant des achats groupés, la demande étant jusqu'à
présent très éclatée. Et en incitant les fabricants de médicaments
génériques à venir sur ce marché où ils hésitent à s'engager en raison d'un
manque de visibilité financière. M. Kazatchkine estime que les 300 à 400
millions d'euros levés permettront de peser sur le marché : "Le Fonds
mondial dépense 1,5 milliard de dollars par an, dont 40 % pour l'achat de
médicaments, et il est devenu un acteur incontournable."
Le groupe pilote se réunira en avril à Brasilia. Les délais sont courts pour
monter le projet, car il doit être prêt, si possible, pour l'Assemblée des
Nations unies consacrée au sida, en juin, ou à défaut pour l'Assemblée
générale de septembre.
La France a par ailleurs annoncé qu'elle verserait 100 millions par an
pendant vingt ans à la Facilité internationale de financement - l'autre
projet innovant porté par les Britanniques - et qui sera dans un premier
temps expérimenté sur un programme de vaccination.
Paul Benkimoun et Laurence Caramel
Article paru dans l'édition du 02.03.06