Bonjour,
Que pensez vous de cet important problème de santé publique relaté par Slate
http://www.slateafrique.com/94553/senegal-dakar-depigmentation-xhesal-peau-blanc-noir
Cordialement
José BOUDEY
Economiste/juriste de la Santé Publique
Dépigmentation: l'indifférence coupable des autorités
Une campagne d'affichage vante les mérites d'un produit de dépigmentation au Sénégal. Et inonde les rues de la capitale, Dakar. L'universitaire Fatimata Ly s'insurge contre cette campagne publicitaire qui dévalorise l'image du pays.
Capture d'écran du documentaire «Cette couleur qui me dérange» de Khardiata Pouye Sall
Association internationale d'information de la dépigmentation artificielle dépigmentation euro Khess petch L'abidjanaise Mame Abdoul Aziz Sy Dabakh Pr Ibrahima Diop Mar propionate de Clobetasol Sénégal Vit Fée
Depuis une quinzaine de jours, un nouveau produit le «Khess Petch» a fait son apparition sur les panneaux publicitaires de la capitale sénégalaise.
La première image du voyageur qui débarque à Dakar par laéroport Léopold Sédar Senghor, est ce panneau publicitaire qui vante les mérites du Xeesal (dépigmentation en wolof, langue la plus parlée au Sénégal) en faisant la promotion de ce nouveau produit qui éclaircit la peau en quinze jours.
En parcourant la capitale sénégalaise, on ne dénombre pas moins de 100 panneaux publicitaires de 12 mètres. Le coût de la production et de laffichage de ces panneaux est de 5.000.000 de francs CFA (152.449 euros) soit léquivalent de la somme dépensée pour effectuer 100 séances dInformation-Education-Communication (IEC) sur les méfaits de la dépigmentation artificielle.
Se «blanchir» la peau en 15 jours
Ce produit comme son nom lindique a des propriétés dépigmentantes. Sa particularité résiderait dans la rapidité de ses effets: un éclaircissement de la peau en 15 jours. Rien détonnant puisquil sagit dun corticoïde de forte activité: le propionate de Clobetasol.
Or, cette substance est un médicament utilisé couramment en dermatologie pour le traitement de nombreuses dermatoses aiguës ou chroniques et comme tout médicament ne devrait être dispensé que sur prescription médicale!
Un tube de Khess Petch de 50g coûte 1.000 francs CFA (1,5 euro) dans une boutique spécialisée en cosmétiques au marché de Yoff, un quartier de Dakar. Léquivalent de ce même produit est vendu en officine en tube de 30g au prix de 3.700 francs CFA (5,71 euros).
L'ordre des pharmaciens et de médecins devraient soffusquer que le boutiquier du coin exerce leur métier en toute illégalité.
Au-delà des ordres professionnels de la santé cest le ministère de la Santé qui est interpellé. Son autorité est rudement malmenée par toutes ces publicités mensongères sur des produits sanitaires.
Mais que les consommatrices ne se leurrent surtout pas Khess Petch nest pas différent des autres cosmétiques dépigmentants commercialisés sur le marché sénégalais: Vit Fée, LAbidjanaise, Euro: ils sont tous fabriqués à base de corticoïdes.
Halte, danger!
Le Khess Petch contient en outre des substances allergisantes comme le propylène glycol et le parabène mais aussi le clotrimazole un autre médicament actif sur les mycoses.
Par ailleurs sur lemballage du produit, très attrayant du reste, figurent certaines indications dermatologiques telles que leczéma, le psoriasis, les allergies cutanées. Enfin, le produit aurait la capacité de «restaurer les conditions physiologiques cutanées rapidement».
Ce qui est tout à fait contraire à la réalité. En effet les corticoïdes provoquent à la longue une fragilité cutanée, une destruction des fibres élastiques, une inhibition de la synthèse de la mélanine
.
Nous ne reviendrons pas ici sur les risques sanitaires encourus par lusage au long cours de ces médicaments (Eh oui! ces corticoïdes sont bien des médicaments), puisque les professionnels de la santé largement relayés par les médias les ont déjà rapportés.
Cependant, il est nécessaire de rappeler que récemment (le 02 Juin 2012), lAssociation internationale d'information sur la dépigmentation artificielle (AIIDA), organisait, en partenariat avec lAssociation nationale des randonneurs pédestres, une randonnée pour le retrait des corticoïdes du marché des cosmétiques en raison justement des nombreuses complications médicales associées à lusage des corticoïdes.
Au cours de cette randonnée pédestre activement soutenue par le ministère de la Santé et de lAction sociale un rapport dexpertise sur la dépigmentation artificielle communément appelée xeesal était remis aux autorités sanitaires.
Et le ministère de la Santé dans tout ça?
Trois mois après, une publicité présente un médicament le propionate de Clobetasol comme un produit cosmétique. Or, comme toute spécialité pharmaceutique, ce produit est régi par la loi 65-33 du 19 mai 1965 du Code de la Santé publique relative à la préparation, à la vente et à la publicité des spécialités pharmaceutiques.
A ce titre, le ministère de la santé est interpellé pour le retrait de Khess Petch, mais également de tous les cosmétiques à base de dermocorticoïdes, du marché sénégalais. Les textes législatifs qui réglementent les médicaments au Sénégal permettent un retrait immédiat de ces cosmétiques.
En dehors du ministère de la Santé et de lAction sociale, cest la nouvelle Assemblée nationale dans son rôle de protecteur du citoyen qui devrait prendre un engagement fort pour légiférer définitivement sur la cosmétovigilance à linstar de ce qui a été fait pour la pharmacovigilance.
Pour sa part, l'AIIDA a pris toute sa responsabilité pour diagnostiquer et proposer un traitement de ce fléau que constitue le xeesal.
Lassociation AIIDA espère une protection des populations par la réglementation de la commercialisation des produits dépigmentants. Et surtout en instituant une loi sur la cosmétovigilance.
La responsabilité de l'Etat engagé
La définition dun cadre législatif adéquat permettra aux autorités douanières de disposer de garde-fous leur permettant deffectuer en toute liberté leur travail de gardien de léconomie car le marché des cosmétiques a un impact majeur sur léconomie de la santé.
En définitive cest la responsabilité de lEtat qui est engagée. Pour sa part lassociation AIIDA qui fête cette année ses 10 ans a sonné lalerte. Elle na cessé dinterpeller les autorités de ce pays pour régler définitivement ce phénomène qui pose un véritable problème de santé publique.
Certes, les enjeux économiques sont colossaux, limpact psychologique sur les pratiquantes (lié au sevrage) important. Mais il est plus quurgent, même si dautres urgences comme les inondations préoccupent nos gouvernants, que les autorités de ce pays endossent enfin le combat de AIIDA dans luvre de salubrité publique comme nous le disait feu le Pr Ibrahima Diop Mar quelle mène.
Il nest également pas vain quil faille convoquer des voix outre-tombe comme celle du regretté Mame Abdoul Aziz Sy Dabakh, khalife de la confrérie tidiane disparu il y a 15 ans, qui comparait le xeesal à un acte de désobéissance à lordre divin.
Il faut, également, saluer lengagement et le courage des médias qui nont cessé depuis une décennie de participer à toutes les activités dinformation sur les ravages de ce fléau avec notamment la diffusion sur la RTS d'un documentaire émouvant: Cette couleur qui me dérange de Khardiata Pouye Sall et qui relance opportunément le débat sur ce phénomène vieux de 40 ans.
Restons mobilisés: lespoir est permis!
Fatimata Ly