[e-med] Un Indien frondeur casse les prix des médicaments anti-cancer

Un Indien frondeur casse les prix des médicaments anti-cancer
Jeudi, 21 Juin 2012 09:49 AEM
http://www.afriqueexpansion.com/depeches-afp/4364-un-indien-frondeur-casse-l
es-prix-des-medicaments-anti-cancer.html

NEW DELHI, 21 juin 2012 (AFP) - Il y a plus de dix ans, un industriel indien
révolutionnait le traitement du sida en proposant des médicaments à prix
plancher aux plus pauvres de la planète. Aujourd'hui, ce septuagénaire veut
appliquer la même méthode pour le cancer.

Le mois dernier, Yusuf Hamied, 76 ans, président du fabricant de génériques
Cipla, a lancé sur le marché indien des traitements des cancers du cerveau,
des reins et du poumon, à des prix jusqu'à quatre fois moins élevés que ceux
proposés jusqu'alors.

"J'espère que nous allons réduire les prix de beaucoup plus de médicaments
anticancéreux", dit-il dans un entretien à l'AFP, précisant qu'il veut aussi
fournir l'Afrique car assure-t-il, "diminuer les prix est un acte
humanitaire".
En 2001, Yusuf Hamied avait été cloué au pilori par les grands groupes
pharmaceutiques lorsqu'il avait proposé la trithérapie contre le sida à
moins d'un dollar (0,79 euro) par jour, soit trente fois moins que ses
concurrents.
Accusé de voler la propriété intellectuelle, il répliqua en les traitant de
"tueurs en série" pratiquant des prix hors de portée des plus pauvres.

"Ce qu'il a fait était révolutionnaire. Ca a été très important pour sauver
des vies. Ce qu'il fait avec les médicaments contre le cancer, c'est la même
chose", estime Leena Menghaney, avocat auprès de l'ONG Médecins sans
frontières.

En 1972, l'Inde a décidé que seule la façon de fabriquer un médicament était
protégée par un brevet, mais pas le médicament lui-même. Il suffisait donc
d'adopter une autre méthode de fabrication pour lancer sur le marché un
médicament équivalent, à prix plancher.

L'industrie du générique a ainsi prospéré, conférant à l'Inde le surnom de
"pharmacie du tiers-monde".

Mais en 2005, le pays a aligné sa réglementation sur celle de l'Organisation
mondiale du commerce (OMC), qui reconnaît une période de vingt ans pour les
brevets.

Pragmatisme

Cipla, numéro quatre du secteur pharmaceutique en Inde, incite le
gouvernement à user plus largement des "licences obligatoires", autorisées
par l'OMC, et qui permettent la fabrication des versions génériques de
médicaments trop chers pour les pays les plus pauvres.

Natco Pharmacie a reçu la première de ces licences spéciales en mars, pour
produire le générique du Nexavar, un médicament de l'allemand Bayer contre
le cancer du rein. La dose mensuelle sera ainsi disponible pour 6.840
roupies (97 euros), contre 28.000 roupies auparavant.

Accorder de nombreuses licences spéciales risque de miner les
investissements dans la recherche pharmaceutique, met toutefois en garde
Ranjit Shahani, qui dirige la fédération des fabricants pharmaceutiques
indiens.

Bayer a prévenu qu'il allait se battre en justice contre ces licences, et
ses homologues internationaux ont promis d'en faire autant.

Yusuf Hamied affirme vouloir trouver un équilibre entre "le pragmatisme que
je dois à mes actionnaires" et "la responsabilité sociale" inhérente selon
lui à son secteur d'activité.

Né en Lituanie d'un père musulman indien et d'une mère juive lituanienne, il
a fui sa terre natale dans les années 30, face à la menace nazie. Elevé à
Bombay, il a ensuite étudié la chimie à l'université de Cambridge en
Grande-Bretagne, avant de rejoindre Cipla, fondé par son père.

Son coup d'éclat de 2001 a hissé le groupe à la première place des
médicaments antirétroviraux contre le sida.
Cipla a une capitalisation boursière de 5 milliards de dollars (3,94
milliards d'euros) et la fortune personnelle de son président est estimée
par le magazine Forbes à 1,75 milliard de dollars US.

M. Hamied se dit en faveur d'"une politique pragmatique" en matière de
médicaments. L'industriel pense que les grands groupes pharmaceutiques
devraient laisser les fabricants des pays émergents copier leurs
médicaments, en échange de quelques royalties.

Environ 95% des bénéfices des firmes occidentales proviennent des marchés
des pays riches (Japon, Europe, Etats-Unis). Les groupes "ne perdraient donc
pas grand chose" à laisser les émergents les copier, juge-t-il.