N A T I O N S U N I E S
Bureau de Coordination des Affaires Humanitaires (OCHA)
Réseaux d'Information Régionaux Intégrés (IRIN)
Un plan d'urgence contre une forme mortelle de tuberculose
PRETORIA, le 20 octobre (IRIN) - D'autres pays africains pourraient être
concernés par une menace d'épidémie de tuberculose à bacilles
ultrarésistants, qui a tué au moins 74 personnes en Afrique du Sud cette
année, ont prévenu des experts.
Afin de tenter de contrôler la propagation de la souche mortelle, le
ministère sud-africain de la Santé a réuni en urgence cette semaine des
experts de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), des ministres et des
scientifiques de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC).
La tuberculose à bacilles ultrarésistants (XDR-TB en anglais) semble
particulièrement menacer cette région du continent africain, qui affiche
l'un des taux de prévalence du VIH/SIDA les plus élevés au monde.
En Afrique, la tuberculose, la première infection opportuniste des personnes
vivant avec le sida, a été déclarée urgence de santé publique en 2005, les
taux d'infection au bacille de Koch ayant triplé depuis 1990 dans 21 pays du
continent, également touchés par l'épidémie de VIH.
Ainsi, selon l'OMS, 13 des 15 pays les plus affectés par la tuberculose dans
le monde sont en Afrique, une propagation attribuée notamment à l'épidémie
de sida et à la faiblesse des systèmes nationaux de santé.
En Côte d'Ivoire, un pays lourdement touché par la pandémie de VIH/SIDA en
Afrique de l'ouest, la tuberculose est devenue la première cause de
mortalité des patients séropositifs, une tendance qui s'aggrave en l'absence
de traitement et de personnel médical qualifié.
<b>Un risque accru chez les patients infectés au VIH</b>
Paul Nunn, du département Halte à la tuberculose de l'OMS, a confirmé que
les patients séropositifs couraient plus de risques de contracter ce type de
tuberculose que les personnes séronégatives, mais aussi que la maladie se
développait plus rapidement chez ces patients.
«Cela signifie que chez un malade séropositif, la tuberculose à bacilles
ultrarésistants doit être diagnostiquée et traitée beaucoup plus rapidement
que chez un patient séronégatif. Et l'on ne peut se permettre aucune erreur
dans le traitement», a-t-il dit.
A l'heure actuelle, plus d'une centaine de cas de tuberculose à bacilles
ultrarésistants ont été diagnostiqués en Afrique du Sud, principalement dans
la province du KwaZulu-Natal, sur la côte est du pays.
Aucun cas n'a été détecté dans d'autres pays d'Afrique australe et aucune
information n'est disponible concernant les autres régions du continent.
Selon l'OMS, cette forme mortelle, et jusqu'à présent marginale, de
tuberculose a été identifiée dans toutes les régions du monde.
Pour le professeur Ronnie Green-Thompson, du ministère de la Santé,
l'absence d'outils de détection pourrait expliquer ce manque de données,
l'Afrique du Sud étant l'un des rares pays africains à posséder les
équipements et les connaissances techniques nécessaires au diagnostic de la
souche infectieuse.
«Nous ne connaissons pas le taux de prévalence de la tuberculose
ultrarésistante dans les autres pays d'Afrique puisqu'ils ne sont pas en
mesure de faire subir des tests à leurs patients», a expliqué le professeur
Green-Thomson.
«En conséquence, ce n'est pas l'Afrique du Sud qui est menacée en
particulier par la tuberculose à bacilles ultrarésistants, mais c'est elle
qui dispose des moyens pour diagnostiquer la maladie», a-t-il ajouté.
Pour cette raison, l'OMS prévoit d'améliorer l'accès des pays à ces précieux
outils de diagnostic. «Il ne s'agit pas d'envoyer du matériel mais
d'améliorer la capacités des laboratoires, de former le personnel et de
changer la manière de procéder. Mais cela requiert du temps», a dit M. Nunn.
Dans un premier temps, l'OMS va mener des études afin d'établir l'étendue de
l'épidémie et le rôle du VIH dans sa propagation, si besoin en faisant appel
aux compétences de laboratoires nationaux.
Ensuite, les patients déjà atteints de tuberculose, et qui développent des
résistances au traitement de première ligne, devront subir un test afin de
déterminer la nature de la souche infectieuse.
Les experts ont également insisté sur la nécessité de renforcer les
programmes nationaux de lutte contre la tuberculose, déjà en vigueur dans la
plupart des pays.
Quelque 250 000 nouveaux cas de tuberculose sont recensés chaque année en
Afrique du Sud et seulement 53 pour cent d'entre eux sont traités. En Côte
d'Ivoire, plus de 70 000 nouveaux cas ont été enregistrés en 2005 par les
autorités sanitaires, qui estiment que le nombre de cas dépistés augmente
d'environ 10 pour cent chaque année depuis 20 ans.
<b>Les interruptions de traitement en cause</b>
Les souches de tuberculose ultrarésistante se développent notamment chez les
patients tuberculeux qui interrompent leur traitement, une situation assez
courante sur le continent africain qui ne dispose pas de toutes les
infrastructures et du personnel de santé nécessaires à un suivi correct des
patients.
Pour pallier ces difficultés, et sur recommandations de l'OMS, la plupart
des pays appliquent la stratégie dite du traitement court sous surveillance
directe ou DOTS, qui consiste à assister le patient dans sa prise
quotidienne de médicaments.
Mais cette stratégie n'est pas suffisamment appliquée, selon Paul Nunn, qui
a précisé que cela était lié à la forte prévalence du VIH, qui a multiplié
par cinq ou six le nombre de cas de tuberculose.
«Les services sanitaires publics ne parviennent pas à faire face à une telle
augmentation du nombre de patients», a-t-il ajouté.
Ainsi, selon l'organisation médicale d'urgence Médecins sans frontières
(MSF), présente dans l'ouest de la Côte d'Ivoire, «la stratégie DOTS demande
beaucoup de personnel de santé, alors que dans le même temps, nous avons des
problèmes d'observance de traitement : les malades jettent les comprimés,
refusent de les prendre ou ne peuvent tout simplement pas les avaler compte
tenu de leur état de santé.»
Comme la XDR-TB tue les personnes séropositives dans les 16 jours qui
suivent le diagnostic, la mise en quarantaine des patients infectés a été
envisagée par les autorités de Pretoria - à l'instar des Etats-Unis,
l'Afrique du Sud dispose d'une loi qui permet d'incarcérer et de soigner de
force les patients tuberculeux dans l'intérêt de la population.
Pourtant, cette éventualité est jugée 'inconcevable' par le responsable
sud-africain Ronnie Green-Thompson, alors que pour Paul Nunn, de l'OMS,
l'isolement complet des patients est une des mesures préventives prévues par
le cadre juridique de l'agence onusienne.
En dépit du taux de mortalité élevé dans la province sud-africaine du
KwaZulu-Natal depuis le début de l'année, M. Nunn a estimé qu'une
combinaison de quatre médicaments pouvait «probablement» traiter la maladie.
Deux de ces médicaments sont déjà disponibles en Afrique du Sud et les deux
autres viennent d'entrer sur le marché local. Ils devront être prescrits
avec beaucoup de précaution afin d'éviter l'apparition de nouvelles
résistances.
D'autre part, l'OMS, les officiels et les experts présents en Afrique du Sud
cette année ont insisté sur la nécessité de mobiliser toutes les ressources
disponibles afin de mettre en ouvre leurs recommandations.
«L'OMS fait part de son expertise et de son savoir, mais il faut que les
agences de développement international ou les gouvernements se décident à
fournir des équipements et à débloquer des financements», a ajouté Paul
Nunn.
Le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme a
accepté, à la demande des pays bénéficiaires, de mettre des fonds à la
disposition de la lutte contre la tuberculose ultrarésistante.
Le plan d'urgence du président des Etats-Unis pour la lutte contre le sida
(Pepfar) a également été sollicité, et est en train d'étudier la question, a
précisé Paul Nunn.
Pour en savoir plus :
<a href="http://www.plusnews.org/fr/PNFReport.asp?ReportID=1686"
target="_blank" style="color:#0000FF">AFRIQUE DU SUD: La lutte contre la
tuberculose ultrarésistante s'organise</a>
<a href="http://www.plusnews.org/fr/PNFReport.asp?ReportID=1686"
target="_blank" style="color:#0000FF">AFRIQUE DU SUD: Possible quarantaine
pour les patients infectés par la TB ultrarésistante</a>
<a href="http://www.plusnews.org/fr/PNFReport.asp?ReportID=1171"
target="_blank" style="color:#0000FF">AFRIQUE: L'OMS appelle à faire plus
pour lutter contre la tuberculose</a>