[e-med] Cadeaux des firmes aux soignants : la transparence ne se marchande pas (Revue Prescrire)

Prescrire 1er septembre 2012
Cadeaux des firmes aux soignants : la transparence ne se marchande pas

Cadeaux des firmes aux soignants : la transparence ne se marchande pas
La transparence sur les cadeaux des firmes aux soignants doit être au
"premier euro".

Le désastre Mediator° a donné l’occasion en France, en 2010 et 2011, à de
nombreux débats sur les médicaments, leur évaluation par les agences du
médicament, leur promotion par les firmes, leur prescription par les
médecins, leur utilisation par les patients, etc.

De nombreux rapports, notamment parlementaires, ont été publiés, des Assises
du médicament ont été tenues, l’agence française du médicament a été
restructurée. Et, en décembre 2011, une nouvelle loi sur le médicament a été
adoptée. Cette loi pourrait notamment permettre des progrès en termes de
gestion des conflits d’intérêts des experts. Cependant tous ses décrets
d’application n’ont pas été publiés par le précédent gouvernement.

Dans le cadre du décret "sunshine", de manière pragmatique, la transparence
totale sur les cadeaux ou avantages offerts aux soignants par les firmes de
produits de santé s’impose afin que les patients puissent reprendre
confiance en toute connaissance de cause.

Alors qu’un groupe de travail vient d’être chargé de faire évoluer ce projet
de décret pour permettre une publication « réaliste » des cadeaux offerts
par les firmes (1), le Collectif Europe et Médicament soutient que la
transparence doit être au "premier euro" :

* aucun cadeau d’une firme à un soignant ne doit être considéré comme
"normal" ou "acceptable" (a) : déclarer au premier euro serait un symbole
fort de changement, alors que la création d’un seuil minimal des cadeaux à
déclarer sous couvert d’un prétendu réalisme serait un symbole de laxisme et
d’une approche sous influence industrielle ;
     
* des études de sciences humaines montrent que, de manière
contre-intuitive, l’influence des cadeaux sur les personnes qui les
acceptent (reconnaissance, besoin de "rendre" de la part de celui qui les
reçoit) est parfois plus importante quand leur montant est faible (2) ;
     
* avec une déclaration au premier euro, les firmes seraient dans une
position plus facile pour refuser tout cadeau aux soignants qui leur en
demandent, sans marchander sur leur montant ;
     
* la détermination d’un seuil minimal supérieur à un euro des cadeaux à
déclarer faciliterait les détournements de la loi, par fractionnement du
montant réel du cadeau ;
     
* les "cadeaux" des firmes sont in fine payés par les patients et les
systèmes de protection sociale, qui ont mieux à faire.

Le Collectif Europe et Médicament demande que le décret d’application soit
l’occasion d’un changement d’habitude en termes de cadeaux des firmes aux
soignants, dans l’intérêt des patients et de l’argent collectif.

Les cadeaux et autres avantages procurés par les firmes aux soignants
doivent faire l’objet d’une déclaration au premier euro, et doivent être
consultables bénéficiaire par bénéficiaire, sur un site internet unique
publiquement accessible.

Le Collectif Europe et Médicament

Prescrire est membre fondateur du Collectif Europe et Médicament

En savoir plus

Note :
a- Il est démontré qu’après avoir accepté un "petit cadeau" une première
fois, en accepter d’autres devient plus facile. Offrir un cadeau engendre un
climat de proximité et de confiance. Il est alors plus facile de demander
une première petite faveur, quelques minutes d’attention par exemple.
D’autres faveurs plus importantes peuvent être ensuite demandées, sans que
la personne n’ose refuser. C’est la technique du "pied dans la porte" (réf.
2).

Références :
1- "Transparence en matière de promotion des produits de santé "Sunshine
act"". Vers une obligation de publication réaliste et efficace" Communiqué
de presse du ministère des affaires sociales et de la santé du 31 juillet
2012 : 1 page.
2- Prescrire Rédaction "Petits cadeaux : des influences souvent
inconscientes, mais réelles" Rev Prescrire 2011 ; 31 (335) : 694-696. > Pdf,
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