[e-med] La persistance de la prévalence du paludisme entretient la drépanocytose au Gabon (IRD)

La persistance de la prévalence du paludisme entretient la drépanocytose au Gabon
09 juin 2015
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presse/la-persistance-de-la-prevalence-du-paludisme-entretient-la-drepanocy
tose-au-gabon

Une étude internationale, conduite au Gabon par des chercheurs de l'IRD,
du CNRS, du CIRMF et de l'université de Californie, montre que la
répartition géographique de la drépanocytose et celle du paludisme sont
liées dans ce pays. Ces résultats, qui ouvrent la voie à des actions de
prévention et de surveillance couplées de ces maladies associées, sont
publiés dans les comptes-rendus de l'Académie des sciences américaine
(PNAS) le 11 mai 2015.

La drépanocytose est une maladie génétique du sang, due à la mutation d'un
gène codant une partie de l¹hémoglobine. En modifiant la forme des
globules rouges, elle affecte la circulation sanguine et se traduit par
une anémie sévère (fatale avant l'âge adulte en l'absence de traitement),
des douleurs aigues et un fort risque d¹infection. Déclarée priorité de
santé publique par l¹Organisation mondiale de la santé (OMS), la
drépanocytose concerne chaque année près de 275 000 naissances, dont 85 %
en Afrique subsaharienne. En France, c¹est la maladie génétique la plus
fréquente, avec une prévalence de un enfant atteint pour 1 900 naissances.

Une association drépanocytose/paludisme toujours d¹actualité

Dans les années 1950, les chercheurs ont découvert, de façon surprenante,
que les porteurs drépanocytaires hétérozygotes étaient protégés contre le
paludisme. Cette protection, en favorisant la survie des porteurs de la
mutation génétique, permet de maintenir sa prévalence à un niveau élevé
dans les zones géographiques où le paludisme est présent.

Dans cette étude épidémiologique, les chercheurs se sont interrogés sur la
persistance de l'association entre les deux maladies à l'heure actuelle,
dans un contexte d'amélioration de la prise en charge du paludisme, de
baisse générale de la mortalité infantile et de forts mouvements des
populations en Afrique centrale.

Pour cela, ils ont réalisé des analyses moléculaires sur des échantillons
sanguins provenant d'une cohorte de plus de 4 000 personnes au Gabon. Ils
ont ainsi déterminé le génotype des individus, et caractérisé leur état
d'infection par le paludisme (ainsi que l'espèce de Plasmodium infectant).
Des analyses statistiques ont ensuite montré qu'à l¹échelle du pays, la
prévalence du paludisme à Plasmodium falciparum (la forme la plus
mortelle) et celle de l'allèle drépanocytaire présentaient une même
structuration géographique, et que les deux maladies étaient toujours
étroitement associées. Ainsi, la persistance de la prévalence du paludisme
au Gabon entretiendrait la présence de la drépanocytose.

Mutualiser les actions de prévention de ces maladies en Afrique centrale

En précisant les zones de persistance de la drépanocytose au Gabon, cette
étude permettra aux autorités sanitaires de mieux cibler les populations à
risque. Par ailleurs, les chercheurs préconisent de coupler les actions de
prévention et de surveillance épidémiologique de la drépanocytose et du
paludisme en Afrique centrale. Ils insistent également sur l'importance
des campagnes d'information et de sensibilisation pour améliorer le
dépistage et le traitement des drépanocytaires. Enfin, ces résultats
illustrent que les êtres humains s'adaptent aux évolutions de
l'environnement dans lequel ils évoluent, notamment aux pathogènes.

La persistance de la prévalence du paludisme entretient la drépanocytose
au Gabon (PDF, 202 Ko)
<https://www.ird.fr/content/download/218143/3349304/version/1/file/CP_PNAS_
paludisme_drepanocytose.pdf>