[e-med] L'élan brisé du Fonds mondial

Sida. Le désengagement financier des Etats-Unis va bloquer nombre de
programmes.
L'élan brisé du Fonds mondial

Par Christian LOSSON
http://www.liberation.fr/page.php?Article=254923
jeudi 18 novembre 2004 (Liberation - 06:00)

la traditionnelle bagarre financière fait rage autour du Fonds mondial
contre les pandémies (sida, tuberculose, paludisme). Et risque bien de se
solder par une cinglante désillusion pour les malades. Les 23 membres du
conseil d'administration du fonds, qui se réunissent jusqu'à demain ­ pour
la première fois en neuf réunions ­ en Afrique (à Arusha, Tanzanie),
pourraient différer le lancement d'un 5e cycle d'appels à projets pour 2005.
Le lobbying de l'administration Bush a été, selon plusieurs sources, d'une
rare intensité. «Mettons de l'ordre dans la maison avant de prendre de
nouvelles obligations», justifie-t-on à Washington. En fait, les Etats-Unis
souhaitent surtout pousser son propre plan antisida, le Pepfar. Un outil
bilatéral très idéologique (qui finance notamment des programmes sur
l'abstinence sexuelle) et décrié par les ONG.

«Bien qu'il ait fait du sida l'une de ses six priorités pour son second
mandat, Bush s'apprête à miner le fonds mondial, assure David Bryden, de la
Global Aids Alliance. Pendant qu'à Arusha le président américain du fonds va
dire qu'on manque d'argent pour lancer un 5e cycle, sa propre administration
s'apprête à amputer de 150 millions de dollars ses engagements, pour ne
lâcher, au final, que 350 millions de dollars.» On est loin du pacte non
écrit qui veut qu'Etats-Unis, Europe et reste du monde paient chacun un
milliard de dollars par an. Du coup, la France, deuxième contributeur (150
millions de dollars) après les Etats-Unis, souhaite aussi «une pause». «Il
n'y a pas assez d'argent pour lancer de nouveaux projets, confie Mireille
Guigaz, ambassadrice sida de la France. Il faut faire preuve de prudence,
sinon on court le risque de ne pas pouvoir financer des programmes et
décevoir les attentes.» Dans l'entourage de Chirac, on assure que la France
«fait déjà beaucoup», qu'il n'est «pas question de se lancer dans la
cavalerie budgétaire». Paris plaide donc pour un 5e cycle, mais après avoir
dressé un bilan, lors d'une conférence de «reconstitution» des fonds du
fonds... Plus de 3 milliards de dollars ont été investis dans 120 pays
depuis sa création, en 2002.

La réunion d'Arusha inversera-t-elle la donne ? En sapant les financements,
«l'administration Bush condamnerait à mort des milliers de personnes en
Afrique, en Asie, aux Caraïbes ou en Amérique latine», souffle Zachie
Achmat, de TAC, association de malades sud-africaine. «C'est de la folie de
couper le robinet aujourd'hui, au moment où une dynamique se crée, où on
investit dans les ressources humaines, où on met des gens sous traitement»,
se désespère Gaëlle Krikorian, d'Act up. Paradoxe : au moment où ONG et pays
donateurs se félicitent (tous ou presque) du déclic créé par le fonds,
celui-ci n'a jamais été aussi menacé...