[e-med] Les compagnies pharmaceutiques imposent un embargo sur le service de santé grec

Les compagnies pharmaceutiques imposent un embargo sur le service de santé
grec
par John Vassilopoulos

Mondialisation.ca, Le 7 juillet 2010
WSWS
http://mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=20057

Depuis la fin du mois de mai et jusqu'à la mi-juin, les plus importantes
compagnies pharmaceutiques ont imposé un embargo sur les hôpitaux publics
grecs pour protester contre la tentative du gouvernement social démocrate
PASOK de réduire la dette du service public de santé. Ce boycott a
représenté un risque de catastrophe sanitaire en Grèce, les médecins étant
contraints de reporter des interventions médicales du fait d'un manque de
produits essentiels.

Le gouvernement Papandreou a cherché à vendre la dette du service de santé
(qui s'était accumulée principalement du fait des prix excessifs imposés par
les compagnies pharmaceutiques) sous forme d'obligations à forte décote ou
« à coupon zéro » qui auraient forcé les compagnies pharmaceutiques à
supporter une perte estimée à 19 pour cent sur une dette combinée de 6,2
milliards. Cette mesure concernant la dette fait partie de la promesse
d'Athènes d'appliquer les diktats des marchés financiers mondiaux
l'enjoignant à réduire de façon draconienne les dépenses publiques.
La réaction des compagnies pharmaceutiques a été de refuser de livrer aux
hôpitaux publics les produits afin de forcer le gouvernement à changer de
politique. Un accord a été trouvé cette semaine qui a vu la décote moyenne
réduite à 15 pour cent tandis qu'un montant de 100 millions d'euros de la
dette a été payée d'avance et comptant à 500 compagnies, ce qui représente
près de 200.000 euros par compagnie.

Contrairement aux obligations conventionnelles, les obligations « à coupon
zéro » n'ont pas d'intérêts et sont vendues à des prix plus bas que leur
valeur réelle, ce qui explique la rentabilité de l'investissement. Bien que
les fournisseurs aient la possibilité de vendre leurs obligations
directement aux banques, ils trouvaient regrettable que le remboursement de
la dette de cette façon réduise d'un cinquième l'argent qui leur était dû.

C'est la seconde fois en un mois que les compagnies pharmaceutiques ont
cessé leur livraison pour faire du chantage à Athènes. Le gouvernement a
annoncé le 3 mai qu'il réduirait de 25 pour cent le prix de tous les
médicaments ce qui représenterait une partie des 1,2 milliards d'euros de
coupes budgétaires. En réponse la compagnie pharmaceutique danoise Novo
Nordisk a annoncé le 29 mai qu'elle cesserait sa livraison d'insuline. Novo
Nordisk est le principal fournisseur mondial de l'insuline pour les diabètes
sous sa forme la plus développée.

Une autre compagnie danoise, Leo Pharma, a accordé au gouvernement grec un
délai de trois mois, déclarant son intention d'arrêter la livraison de
certains de ses médicaments. La compagnie a dit qu'elle continuerait
l'approvisionnement de 11 produits sur 29, mais que d'autres, dont le
médicament Daivobet contre le psoriasis et un produit qui liquéfie le sang,
seraient suspendus.
La compagnie pharmaceutique allemande Merck a continué l'approvisionnement
de ses médicaments mais a déclaré qu'elle « n'acceptait pas » le décret
réduisant les prix et elle a porté plainte.
Le vice-président de Novo Nordisk, Mike Roulis, a dit qu'il était impossible
de vendre des médicaments selon le plan de réduction des prix car cela
conduirait à des pertes de 6 millions d'euros sur le marché grec et à un
effet domino de réévaluation du prix des médicaments dans toute l'Europe.

Bien que la Grèce représente un marché peu important pour Novo Nordisk,
l'année dernière ses ventes en Grèce ont représenté moins d'un pour cent de
son revenu total de 8,37 milliards de dollars, cela fait 20 ans qu'elle est
active en Grèce et contrôle 50 pour cent du marché pour les médicaments
contre le diabète. De façon plus importante pour l'industrie pharmaceutique,
Novo Nordisk a été en mesure de profiter de la crise fiscale en Grèce pour
imposer ses conditions à Athènes sur des aspects clés de la politique du
service de santé.

Le 14 juin, le gouvernement PASOK a cédé à la pression de la compagnie et a
remis les prix à presque leur niveau d'avant. Dans l'accord, Novo dit que
les nouveaux prix sont plus élevés que ceux conformes à un décret appliqué à
partir du 3 mai, mais plus bas que la moyenne des trois prix les plus bas
d'Europe. Dans une déclaration, la compagnie a dit, « C'est toujours une
réduction de prix par rapport aux prix en cours avant le 3 mai. Ce n'est
plus une réduction de 25 pour cent mais plutôt autour de 10 pour cent. Nous
avons donc accepté les nouveaux prix temporaires. »
L'embargo des compagnies pharmaceutiques en représailles à la réduction des
prix et au programme des obligations à coupon zéro a menacé de provoquer une
catastrophe sociale mettant en danger des centaines de vies humaines. Plus
de 50.000 personnes en Grèce utilisent l'appareil de Novo Nordisk pareil à
un stylo pour l'injection de l'insuline. L'association des diabètes de Grèce
a qualifié les actions de Novo Nordisk de « chantage capitaliste brutal ».

Selon un article de Ethnos du 19 juin, « Les administrateurs des hôpitaux de
l'ESY [le service public de santé grec] dans les trois derniers jours de
l'embargo ont envoyé un SOS dramatique eu égard aux 580 cas critiques. Ils
ont lancé un appel aux fournisseurs des hôpitaux pour se faire livrer
d'urgence des produits jetables car des vies étaient menacées. »

L'article décrit comment « dans le plus grand hôpital du pays, Evaggelismos
[à Athènes], le service de cardiologie avait un besoin immédiat de 3
pacemakers. L'administration a donné son accord pour un approvisionnement
d'urgence. Le comité de vigilance des prix avait établi le prix à 2.850
euros. Puis l'hôpital a contacté les fournisseurs qui ont réclamé 3.800
euros! Une série d'appels téléphoniques en catastrophe ont abouti, mais
moyennant un coût important...

Les produits qui manquent terriblement incluent ceux qui dont on a besoin
pour les prises de sang, et toute une série de réacteurs chimiques
nécessaires pour des tests diagnostics déterminant si une opération est
nécessaire. Il y a aussi une pénurie de matériel jetable nécessaire pour les
opérations orthopédiques d'urgence, tels des gants chirurgicaux, du fil, et
des films pour les radios.
Les personnes souffrant de maladies des reins ont été affectées par des
pénuries de médicaments et de filtres nécessaires pour les dialyses. « On
peut remettre à plus tard une opération, mais avec une dialyse, ce n'est pas
possible, »dit Giorgos Kastrinakis, le président du Syndicat panhellénique
des malades du rein. « Les médecins nous disent que bien que les hôpitaux
aient des filtres pour reins il n'y en a assez que pour quelques jours
seulement. Des malades du rein m'ont informé qu'à l'hôpital Attikon les
médecins leur conseillaient, par sécurité, de trouver des cliniques privées
car il ne restaient plus beaucoup de filtres. »

Dans le nord de la Grèce, les médecins ont dû envoyer 500 patients qui
venaient de subir une greffe de rein vers des hôpitaux privés car ils
n'étaient pas en mesure de procéder à la surveillance intensive dont ils
avaient besoin.

Tandis que l'industrie pharmaceutique réagit comme si elle avait été abusée
par le système grec de santé, en fait ces dettes sont, pour une grande part,
le résultat de prix excessivement élevés imposés par les fournisseurs de
médicaments.

Les prix sont souvent trois fois plus élevés que dans d'autres pays
européens, un fait qui n'est un secret pour personne depuis au moins 1995.
Le cardiologue Dimitris Katritsis qui a fait une étude sur les prix
exagérément élevés de l'industrie pharmaceutique a dit à Kathimerni qu'il
« soulève cette question auprès de ministres depuis [1995], mais que rien ne
se passe. »

Au contraire, le gouvernement a pris des mesures qui aggravent la situation.
Dès 2001, le gouvernement grec avait déclaré qu'un certain nombre de
produits médicaux, dont les pacemakers et les filtres pour reins, «
n'étaient pas comparables » et donc ne pouvaient être soumis à la
concurrence du marché. Les prix n'en seraient limités que par des plafonds
mis en place par le gouvernement. Cela a eu pour conséquence que les dettes
des hôpitaux ont augmenté et sont passées de 2,5 milliards d'euros en 2005 à
6,2 milliards en 2010.

Le nouveau régime d'application des prix a développé une culture de la
corruption et de la criminalité au sein du service public de santé. « Les
dettes des hôpitaux n'étaient pas déterminées uniquement par les compagnies
d'approvisionnement, puisqu'elles ne définissent pas les prix
unilatéralement, » selon Kathimerini. « Il y a quelqu'un qui donne son aval
pour les prix. »
Les « lobbies » des fournitures d'hôpitaux sont nombreux et ont des intérêts
contradictoires: Des comités représentant les fournisseurs et composés en
majorité de médecins et de personnalités issues des ministères de la santé
et de l'économie, etc. Les pots-de-vin aux médecins sont un secret de
polichinelle, certains sont des actionnaires dans les compagnies de
fournitures médicales, ce qui est une violation flagrante de l'éthique
médicale. »

Le refus d'approvisionner en médicaments des pays tout entiers, comme cela a
été le cas pour la Grèce, révèle que rien n'arrêtera les principales
compagnies pharmaceutiques dans leur course au profit. Il faut que ce soit
un avertissement pour toute la classe ouvrière européenne et internationale.

Les soins médicaux, y compris l'approvisionnement des médicaments sur
ordonnance, est un droit humain fondamental. Il doit être mis à disposition
gratuitement et selon les besoins uniquement . Les compagnies
pharmaceutiques et les autres grandes entreprises qui dominent la santé
doivent être retirées des mains de leurs propriétaires milliardaires et
converties en des services publics gérés démocratiquement.

On ne peut réussir à le faire que par un mouvement politique et social de
masse de la classe ouvrière contre le capitalisme et ses représentants
politiques à Athènes et dans les autres capitales européennes. Telles sont
les mesures socialistes nécessaires pour résoudre la crise actuelle en
Grèce.

Les pénuries dans les hôpitaux soulignent la nature parasitaire des
entreprises privées de santé et des fournisseurs pharmaceutiques qui
retiennent en otage des populations entières et mettent des vies en danger
sans raison afin de sauvegarder et maximiser les profits.

Article original, WSWS, paru le 3 juillet 2010.

Articles de John Vassilopoulos publiés par Mondialisation.ca