[e-med] Novartis accusé d'avoir accepté une récompense pour un vieux médicament le Coartem°

[remerciements à CR pour la traduction.CB]

Novartis sous le feu des projecteurs pour avoir accepté une nouvelle
récompense pour un vieux médicament
http://www.lancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(09)60804-7/fulltext

Le labo suisse Novartis a été accusé d'avoir profité du système des
récompenses destiné à encourager l'innovation pour des maladies qui touchent
principalement les pays en développement (selon un rapport de Tatum
Anderson).

Un prix d'une valeur de 100 millions de dollars USA a été accordé à Novartis
pour développer un médicament qui doit bénéficier en priorité aux patients
des pays en développement. Ce prix a été remis par la FDA américaine le 8
avril dernier et il est le premier prix décerné dans le cadre de ce nouveau
système qui envisage de fournir des aides financières aux labos pour qu'ils
développent des médicaments pour les patients les plus pauvres du monde.

Mais depuis lors, ce système de prix est dans la ligne de mire des
activistes en santé, des ONG et des universités. Tout cela parce que le prix
récompense le Coartem° (artemether-lumefantrine) dont le premier
enregistrement date de 1999. Rohit Malpani, un conseiller d'OXFAM USA en
politiques déclare:
"Novartis profite des intentions du programme des dons pour avoir soumis et
accepté, dans ce cadre, un don pour un produit qui a été développé et lancé
il y a pratiquement dix ans. Récompenser Novartis, le premier bénéficiaire
de ce programme, est en train de créer un précédent terrible".

La récompense remise à Novartis fait partie d'un nouveau système créé par
une législation de 2007 aux Etats Unis d'Amérique. Il ne donne pas de
l'argent liquide à Novartis, mais plutôt une sorte de priorité, qui peut
être utilisée plus tard et qui pourra alors représenter beaucoup d'argent.
Cette priorité permet à son détenteur de sauter la file d'attente quand il
présentera un produit à l'enregistrement aux Etats.

Faire enregistrer un médicament aux Etats Unis peut demander jusqu'à 10
mois, mais ce bon de priorité garantit que la durée ne dépassera pas 6 mois.

Pour un labo, cela veut dire qu'il pourra mettre sur le marché n'importe
quel médicament de son choix plus vite que ses concurrents. Novartis a aussi
la possibilité de vendre ce bon de priorité à un autre labo désirant à tout
prix de bénéficier d'un enregistrement rapide d'un de ses produits.

Le système du bon a été créé pour empêcher les labos de se désintéresser de
recherches prometteuses pour des maladies qui touchent les patients les plus
pauvres du monde. David Ridley, maître assistant à l'université Duke,
associé à l'auteur Jeffrey Moe et à Henry Grabowski, professeur d'économie,
avait suggéré un système de bon de priorité dans le journal Health Affairs
en 2006. Cette idée a été reprise plus tard par deux sénateurs, et elle est
devenue une loi. Ainsi, tout médicament nouvellement développé pour traiter
une des 16 maladies négligées répertoriées par la FDA peut bénéficier de ce
bon de priorité. Pour Ridley, cette loi est plutôt inhabituelle, car elle
bénéficie d'abord à des gens dans d'autres pays.

Mais la décision de la FDA de couronner le Coartem° pour sa première remise
de prix fait se dresser les sourcils partout dans le monde. Coartem° est une
association à base d'artémisinine dont on dispose depuis près d'une décennie
et qui est enregistrée dans 85 pays. Novartis a pu bénéficier du système de
bon de priorité parce que son produit n'a jamais été enregistré aux USA
auparavant, sans être un médicament vraiment nouveau.

C'est pourquoi, pour beaucoup de personnes, le système est biaisé. Le
directeur exécutif de Drugs for Neglected Diseases (médicaments pour les
maladies négligées), un partenariat pour le développement de produits à but
non lucratif, qui maintenant crée de nouveaux produits, Bernard Pécoul,
pense que d'autres labos vont emboîter le pas de Novartis et qu'ils
enregistreront de vieux médicaments aux USA pour bénéficier de l'aubaine.
Récompenser de vieux médicaments Ne récompense pas ni n'encourage
l'innovation, ajoute-t-il.

Ridley, à l'université Duke reste pragmatique cependant. Il pense que le
système peut récompenser des produits anciens, mais que 100 millions de
dollars peut aussi pousser les labos à poursuivre le développement de
produits déjà avancés dans les études cliniques.

De son côté, Novartis argumente que sa décision d'enregistrer le Coartem°
aux
USA avait été prise longtemps l'arrivée du système de bon de priorité. En
fait, Hans Rietveld, directeur de l'accès mondial et du marketing pour
Coartem° à Novartis a déclaré que la pression des autorités et de l'armée
américaines pour permettre à des voyageurs américains d'en avoir les a
poussé à enregistrer ce produit, pas le bon de priorité. Cependant, Novartis
pense que son engagement contre les maladies négligées en fait un bon
candidat pour le système de bon de priorité. "Nous souhaitons que d'autres
labos qui ne se sont pas engagés dans la lutte contre les maladies négligées
suivent notre exemple". Mais Malpani prévient de ne pas être complaisant.

"Pour réduire le risque, Oxfam espère que Novartis dédiera publiquement et
en toute transparence le revenu qu'il tirera de ce premier bon à la lutte
contre les maladies négligées".