[e-med] Sida : démarrage difficile pour l'usine publique d'antirétroviraux au Mozambique

Sida : démarrage difficile pour l'usine publique d'antirétroviraux au
Mozambique
14/10/2014 à 15:26 Par Adrien Barbier, à Maputo
http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20141014150414/

En 2012, les gouvernements mozambicain et brésilien inauguraient en grande
pompe la première industrie pharmaceutique publique d¹Afrique. Deux ans
après, la production de médicaments antirétroviraux (ARV) "made in
Mozambique" n¹est pas encore opérationnelle. Que s'est-il passé ?

Immobiles : la quasi-totalité des machines dernier cri qui garnissent les
locaux de la Société mozambicaine de médicaments (SMM), inaugurés en 2012
en banlieue de Maputo
<http://economie.jeuneafrique.com/regions/afrique-subsaharienne/12006-lafri
que-inaugure-sa-premiere-usine-publique-dantiretroviraux.html>, ne
bougeaient pas d¹un iota, fin septembre. En cause, un épuisement des
stocks d¹intrants lié au blocage par les douanes du pays des matériaux
provenant du Brésil et nécessaires au démarrage de la production.

Initié en 2003 lors d¹une visite du président Lula
<http://www.jeuneafrique.com/Article/LIN09113lulalniacir0/&gt;, ce projet
phare de la coopération brésilienne s¹appuie sur l¹expérience dans la
lutte contre le sida du géant sud-américain, qui affiche un très faible
taux de prévalence au virus. L¹objectif est de répliquer au Mozambique
leur modèle de production et de diffusion d¹ARV
<http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20130702124311/&gt; : l¹usine
publique produit des médicaments génériques, vendus exclusivement au
ministère de la santé, qui ensuite les redistribue gratuitement à travers
le pays, où le taux de prévalence du VIH chez les adultes (15-49 ans)
était estimé par l'Onusida à 11,1 % en 2012.

À terme, outre de réduire la dépendance du Mozambique à l¹égard de la
communauté internationale, la SMM ambitionne d¹obtenir les certifications
internationales délivrées par l¹Organisation mondiale de la santé (OMS),
qui permettrait à l¹usine d¹exporter dans la sous-région.

Transfert de technologie

La fabrique n¹est pas à l¹arrêt, nous continuons à travailler", rassure
Licia de Oliveira, de la Fondation Oswaldo Cruz (Fiocruz), qui coordonne
le projet pour la partie brésilienne. Selon les termes de ce partenariat
sud-sud signé en 2008, le Brésil gère le transfert de technologie, la
formation des personnels et l¹achat des machines, tandis que le Mozambique
fournit les locaux, finance les travaux de rénovation, et couvre les
charges de fonctionnement.

Jusqu¹à présent, seules les lignes d¹emballage ont été mises en route,
ainsi que le contrôle de la qualité. L¹antirétroviral Névirapine - produit
au Brésil mais emballé au Mozambique - est donc le premier médicament à
être sorti de l¹usine cette année. D¹après la Fiocruz, les lignes de
productions devraient être lancées prochainement, dès que les matériaux
sortiront de la douane.
"Le dédouanement et le transport des matériaux depuis le port de Maputo
sont à la charge du gouvernement mozambicain", explique De Oliveira. Un
changement de système informatique serait à l¹origine du blocage des
matériaux depuis deux mois, et le contexte de l'élection présidentielle ne
permettrait pas d¹accélérer les choses.

Modification de la production

Autre difficulté en vue, la SMM pourrait être contrainte de délayer sa
production d¹ARV, pour se concentrer sur celles d¹autres génériques. "Sur
les recommandations de l¹OMS, le gouvernement a modifié la liste des
antirétroviraux acceptés dans le pays", explique José Luis Telles,
directeur Afrique de la Fiocruz. La fabrique doit donc adapter ses lignes
de productions et, surtout, obtenir de nouvelles autorisations. Un
processus qui pourrait prendre jusqu¹à trois ans.

"Nous, les Brésiliens, sommes nouveaux dans la coopération. Nous avons eu
beaucoup à apprendre", conclut Licia de Oliveira. D¹ici la fin de l¹année,
l¹accord de partenariat entre les gouvernements devrait être renouvelé
pour une durée de trois ans. Un laps de temps que la coordinatrice
brésilienne estime suffisant pour parachever la formation des personnels
et pouvoir envisager la viabilité à long terme de l¹entreprise.