E-MED: Un m�decin chroniqueur de France Inter musel� par les labos ?
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Winckler musel� par les labos ?
Le m�decin chroniqueur a �t� remerci� par France Inter.
http://www.liberation.fr/page.php?Article=126056
Par Isabelle ROBERTS
mardi 22 juillet 2003
�Dix minutes avant ma chronique et dix minutes apr�s, les spots du LEEM
passaient.� Martin Winckler
Le puissant lobby de l'industrie pharmaceutique a-t-il obtenu la t�te de
Martin Winckler, chroniqueur � France Inter ? Depuis septembre 2002 et
jusqu'au 4 juillet, tous les matins, l'�crivain et m�decin (1) assurait une
chronique �scientifique au sens large du terme�, comme il la d�crit,
intitul�e Odyss�e. Au menu : des sujets aussi vari�s que le ronronnement du
chat, le fonctionnement du cerveau ou les m�dicaments g�n�riques.
Le 27 juin, Jean-Luc Hees, directeur de France Inter, appelle Martin
Winckler au Mans, o� il vit et d'o� il fait sa chronique quotidienne en
direct, et lui annonce qu'il n'est pas reconduit � la rentr�e. �Il m'a dit
qu'il n'avait pas besoin de chronique m�dicale, ayant d�j� des gens pour �a
au sein de la r�daction de France Inter�, raconte Winckler. Selon
l'�crivain, sa chronique doit se poursuivre jusqu'au 11 juillet, mais le 4
on lui annonce par lettre recommand�e qu'il vient de faire sa derni�re
prestation. �C'est une censure de derni�re minute, fulmine Winckler, alors
que jusqu'ici j'avais toujours eu une libert� totale !� Que s'est-il pass� ?
�Je l'ai compris le 11 juillet�, explique l'�crivain. Ce jour-l�, � 7 h 50,
en lieu et place de la chronique de Winckler, un droit de r�ponse du Leem.
Le Leem ? Un organisme qui repr�sente l'ensemble des entreprises du
m�dicament, soit les plus gros laboratoires pharmaceutiques.
Spots de pub. Le droit de r�ponse concerne la chronique du 15 mai 2003
intitul�e : �Pourquoi entend-on sans arr�t des spots de l'industrie
pharmaceutique en ce moment ?� Winckler y fustigeait le LEEM et ses
campagnes de pub qui �ne sont qu'une fa�ade. Pourquoi ? Parce que depuis une
vingtaine d'ann�es l'industrie ne d�couvre pratiquement plus aucun
m�dicament majeur�. Se basant sur un ouvrage de Philippe Pignarre (lire
encadr�), Winckler poursuivait en expliquant comment les laboratoires, pour
compenser, truquaient les r�sultats cliniques, effectuaient des tests au
rabais dans le tiers-monde, corrompaient la communaut� m�dicale ou encore
inventaient des maladies de toutes pi�ces...
Petit d�tail : la campagne de pub vilipend�e par l'�crivain �tait diffus�e
du 12 mai au 21 juin sur Radio Classique, France Info et... France Inter.
Radio France, qui n'est pas autoris�e par la loi � diffuser des pubs de
marques mais seulement des r�clames collectives ou d'int�r�t g�n�ral,
pouvait-elle se permettre de m�contenter un tel annonceur ? De l� � penser
que le LEEM, courrouc�, aurait pu menacer Radio France de repr�sailles, il
n'y a qu'un pas que Winckler franchit all�grement : �Dix minutes avant ma
chronique et dix minutes apr�s, les spots du LEEM passaient, explique-t-il,
j'�tais donc certainement en porte-�-faux.�
D'autant que ce n'est pas la premi�re fois que l'�crivain attaque les
laboratoires pharmaceutiques. En avril d�j�, il a sign� une chronique
fustigeant une campagne contre le cholest�rol parrain�e par Pfizer et en
janvier il a sorti un polar qui critique l'industrie du m�dicament. Pour
Winckler, l'affaire est entendue : �Avec ce droit de r�ponse, le LEEM a
sign� la cause de mon licenciement.�
�Petit m�decin m�galomane�. France Inter a-t-elle subi des pressions du LEEM
pour interrompre la chronique de Winckler ? �Je n'accepte pas qu'un petit
m�decin m�galomane insinue des choses pareilles, tonne Jean-Luc Hees. J'ai
52 ans, je dirige cette antenne depuis cinq ans et, sur mon honneur, je vous
jure que je n'ai pas subi de pressions !� Pourquoi licencier Winckler alors
? �Une chronique, il faut que ce soit bon neuf fois sur dix et pas une fois
sur deux.� Il aura tout de m�me fallu pr�s de dix mois � Hees pour s'en
apercevoir... Il dit avoir pris sa d�cision lors de la guerre en Irak, quand
la chronique de Winckler a �t� interrompue pendant plusieurs jours : �Il a
pirat� le site Internet de France Inter pour �crire des choses du genre :
"Comment ? Ma chronique est supprim�e ? Il n'y a pas que la guerre dans la
vie..." Depuis cette �poque il y avait un loup dans la bergerie�, conclut
Hees. Qui ne d�col�re pas : �En plus pour la premi�re fois de ma vie, j'ai
d� manger un droit de r�ponse ! Normalement, je les refuse tous : je vais
syst�matiquement au proc�s, mais l� notre service juridique m'a dit que ce
n'�tait pas plaidable, qu'on �tait dans la diffamation.�
Contrairement � la presse, o� un journal est quasi syst�matiquement oblig�
de passer un droit de r�ponse, � la radio et � la t�l� les r�gles sont
beaucoup plus strictes. Pour �viter que les antennes soient envahies par des
droits de r�ponse, il faut que le passage incrimin� soit proche de la
diffamation, �susceptible de porter atteinte � l'honneur ou � la
r�putation�, dit la loi.
�Libert� d'expression�. Pour Blandine Fauran, directrice des affaires
juridiques du LEEM, c'�tait bien le cas de la chronique de Winckler du 15
mai : �Elle contenait des affirmations attentatoires � l'honneur et � la
r�putation du LEEM, nous avons donc demand� un droit de r�ponse qui devait
�tre diffus� dans un espace similaire � celui de la chronique de d�part. �a
s'est pass� tr�s simplement, car notre droit de r�ponse n'a pas �t�
contest�.� Un peu trop simplement ? Bien s�r, Blandine Fauran nie toute
pression ou tout chantage au retrait de la pub exerc� sur France Inter : �Ce
n'est clairement pas le cas, nous sommes respectueux de la libert�
d'expression, de toute fa�on quand nous avons d�cid� de diffuser cette
campagne sur France Inter, nous savions que Martin Winckler faisait cette
chronique.� Pourquoi attaquer la chronique de Winckler et pas le livre de
Pignarre dont il s'est inspir� ? �C'est la libert� d'expression de Philippe
Pignarre, son point de vue d'auteur, r�pond Blandine Fauran, et puis les
termes utilis�s par Winckler �taient � la fois plus forts et plus flous que
ceux de Pignarre.�
Le LEEM respectera-t-il de la m�me fa�on la �libert� d'expression� de Martin
Winckler quand sortira � l'automne un recueil de ses chroniques ? Une chose
est s�re, France Inter n'y apposera pas son logo et n'en fera pas la
promotion, comme elle en a l'habitude avec les livres de ses collaborateurs.
Am�re pilule.
(1) Prix du livre Inter en 1998, pour la Maladie de Sachs...