Chères et chers collègues, bonjour
Je pense avoir, comme de nombreux e-mediens, suivi les 12 et 13 avril derniers, la conférence organisée par l’Union Africaine et l’Africa CDC, sur la production des vaccins en Afrique.
Cette conférence de haut niveau a su mobiliser tant des politiques (SEM F. Tshisekedi, SEM P. Kagame, SEM C. Ramaphosa, pour ne citer qu’eux) pour confirmer la volonté et les engagements politique en la matière, que des techniciens et des partenaires de renom (Dr T. Ghebreyesus, DG OMS, Dr Okonjo-Iweala, DG OMC, Mr D. Kaberuka, Mr I. Mo, Dr S. Bancel, PDG de Moderna, pour ne citer qu’eux).
Pour rappel, l’objectif de la conférence était de faire en sorte que l'Afrique ait un accès rapide aux vaccins pour protéger la santé publique, en établissant un écosystème durable de développement et de fabrication de vaccins en Afrique.
Dr Nkengasong, DG de l’Africa DCD, a confirmé le lancement du PAVM, partenariat pour la fabrication africaine de vaccins (Partnership for African Vaccine Manufacturing). Pour supporter le processus de fabrication des vaccins en Afrique, il s’agira d'identifier et développer des partenariats, soutenir des projets en co-financement, fournir un appui aux développeurs et promoteurs de projets, notamment par un transfert de technologie et un transfert de savoir-faire, et organiser le soutien politique et le plaidoyer pour lever les principales barrières au marché unique pharmaceutique.
L’objectif annoncé et fixé est qu’à l’horizon 2040, l’Afrique importera 40% de ses besoins en vaccins et fabriquera localement 60% de ceux-ci, tant pour les pathogènes connus (maladies émergentes et vaccination de routine) que pour les pathogènes inconnus responsables d’épidémies. Pour mémoire, en 2021, l’Afrique importe 99% de ses besoins en vaccins.
Deux résultats majeurs ont été obtenus aux termes de ces 2 journées de conférence, qui devront être intégrés dans une feuille de route, notamment :
- la volonté de créer 1 puis 5 hubs de production et de recherche et développement pour les vaccins, dans chacune des CER,
- un appel pour la mise en place de plateformes ARNm dédiées à la fabrication et à la recherche des vaccins, notamment en Afrique du sud, au Rwanda et au Sénégal, exigeant un transfert de technologies innovantes (ARNm).
La feuille de route s’articulera autour des points suivants :
a. Un renforcement de la réglementation/régulation du secteur pharmaceutique : harmonisation de la réglementation et coopération pharmaceutique, création de l’Agence Africaine du Médicament (AMA)
b. La sécurisation et l’accès aux financements : création d’un fonds d’investissements
c. Le développement des infrastructures : 5 hubs régionaux (CER)
d. La promotion du transfert de technologies et de savoir-faire (formation des RH) : plateformes collaboratives entre universités, centres de recherche et industriels
e. La création de cadres de partenariat pour une mobilisation de ressources
A cette occasion, 2 protocoles d’accord ont été signés : L’un entre l’Africa CDC et le CEPI / COVAX, et le second entre Afrexim Bank et Africa Finance Corporation.
Je pense que nous pouvons féliciter les organisateurs de cette conférence de très bonne qualité par ses débats et repositionnant, au coeur des projets, la production des vaccins en Afrique.
Mais comme insistait Mme Songwe, directrice de la Commission Economique pour l’Afrique, auprès des NU, c’est la production pharmaceutique en Afrique qu’il faut soutenir, et pas seulement la production des vaccins.
En février 2019, le Ministre de la Santé de Côte d’Ivoire proclamait la Déclaration d’Abidjan, portée par l’OOAS/CEDEAO, les délégations de 6 pays de la CEDEAO, et quelques partenaires, notamment l’OMS, la BAD, l’ONUDI, l’AFD. La Déclaration d’Abidjan prône l’obligation d'une stratégie régionale pour développer des pôles d’excellence dans le domaine de la production pharmaceutique en Afrique de l'Ouest, afin d’en garantir pérennité et viabilité.
Le seul bémol de cette conférence fut la présence timide des experts et institutions francophones. Sauf erreur de ma part, parmi les panélistes, nous n’avons pu noter que la présence du Maroc, du Sénégal et de l’Institut Pasteur. Cela signifierait il que nous, experts francophones, ne considérons pas à leur juste valeur les enjeux et défis autour de la production pharmaceutique locale et de l’industrialisation.
Le groupe AFD est un des rares partenaires à promouvoir une approche systémique sur la chaine de valeur du médicament (un des 7 piliers des systèmes de santé), renforçant tant la réglementation pharmaceutique, que la régulation du secteur (réforme pour l’autonomie des ANRP et leur performance), ainsi que les approvisionnements, incluant la question de la fabrication des produits pharmaceutiques (projets industriels financés par PROPARCO au Maroc, au Sénégal, en Côte d’Ivoire et au Cameroun).
La Déclaration d’Abidjan, parmi ses 5 recommandations concrètes, suggérait la mise en place d’une plateforme collaborative régionale entre les différents acteurs de l’industrialisation pharmaceutique.
Le leadership de pays francophones sur cette action est elle envisageable ?
Très amicalement
Christophe Rochigneux
Expert pharmacien