[e-med] Une enfant née séropositive n'a plus de trace du sida

Une enfant née séropositive n'a plus de trace du sida AFP
23 OCTOBRE 2013 À 23:10
http://www.liberation.fr/monde/2013/10/23/une-enfant-nee-seropositive-n-a-p
lus-de-trace-du-sida_941956?xtor=EPR-450206

Immédiatement placée sous trithérapie après sa naissance, l'enfant
a arrêté d'être traitée. Après 18 mois, elle ne présente plus de trace du
VIH.

L¹enfant américaine de 3 ans née séropositive et traitée aussitôt avec des
antirétroviraux ne montre toujours aucune trace du sida après 18 mois sans
traitement, ont indiqué mercredi des chercheurs, confortant l¹espoir de
guérison des nouveau-nés avec une thérapie précoce. Il s¹agit du premier
cas connu à ce jour d¹une guérison «fonctionnelle» d¹un nourrisson infecté
par sa mère séropositive. Il avait été dévoilé en mars. La petite fille
avait reçu des antirétroviraux moins de 30 heures après sa naissance,
beaucoup plus tôt que ce qui est normalement fait pour les nouveaux-nés,
dont le risque de contamination est élevé.

Ce traitement précoce explique probablement la guérison fonctionnelle de
la fillette, âgée aujourd¹hui de 3 ans. Le traitement a bloqué la
formation de réservoirs viraux difficiles à traiter, selon les chercheurs.
Ces cellules contaminées «dormantes» relancent l¹infection chez la plupart
des personnes séropositives quelques semaines après l¹arrêt des
antirétroviraux. «Nos observations suggèrent que cette rémission n¹est pas
un hasard mais probablement le résultat d¹une thérapie antivirale
agressive très précoce qui a empêché le VIH de s¹établir dans les cellules
immunitaires de l¹enfant», souligne le Dr Deborah Persaud, virologue au
centre hospitalier Johns-Hopkins, principal auteur de cette étude parue
dans le New England Journal of Medicine, et qui continue à suivre la
petite fille.

Les tests avaient montré une diminution progressive de la présence virale
dans le sang du nouveau-né jusqu¹à ce que le virus soit indétectable 29
jours après la naissance. L¹enfant, née dans le Mississippi, a été traitée
avec des antirétroviraux jusqu¹à ses 18 mois, âge à partir duquel les
médecins ont perdu sa trace pendant dix mois. Pendant toute cette période
elle n¹a pas reçu de traitement antirétroviral.

ETUDE CLINIQUE
Aucun des tests sanguins effectués par la suite n¹a permis
de détecter la présence du VIH. Seules des traces du virus ont été mises
en évidence par des analyses génétiques, mais elles n¹étaient pas
suffisantes pour sa réplication. Ce cas de «guérison apparente» va donner
lieu début 2014 à une étude clinique financée par des fonds fédéraux pour
tester une thérapie antirétrovirale précoce chez des nouveau-nés
séropositifs.

Plus de 260 000 enfants sont contaminés par leur mère chaque année,
surtout dans les pays en développement, malgré les avancées importantes
qui empêchent cette transmission dans 98% des cas par des traitements
antirétroviraux durant la grossesse.

La seule guérison complète officielle du sida reconnue au monde est celle
de l¹Américain Timothy Brown, dit «patient de Berlin», déclaré guéri après
une greffe de moelle osseuse d¹un donneur présentant une mutation
génétique rare empêchant le virus de pénétrer dans les cellules
immunitaires. Cette greffe visait à traiter une leucémie. Mais, soulignent
les virologues, ce traitement très lourd n¹est pas envisageable pour les
33 millions de séropositifs dans le monde.

La suppression de la charge virale du VIH sans traitement est rare. Elle
est observée dans moins de 0,5% des adultes infectés, appelés
«contrôleurs». Leur système immunitaire empêche la réplication du virus et
le rend cliniquement indétectable. Une étude présentée en 2012 révélait
que 14 adultes séropositifs en France mis peu après leur infection (8 à 10
semaines) sous antirétroviraux pendant près de trois ans continuaient à
«contrôler» leur infection, sept ans après, sans ces traitements.

La petite fille «guérie» du Mississippi ne présente aucune des
caractéristiques immunitaires de ces «contrôleurs», souligne le Dr Persaud
confirmant l¹efficacité potentielle d¹une thérapie anti-virale précoce.
Mais les virologues se montrent prudents. «A la question de savoir si
l¹enfant est guérie, la meilleure réponse à ce stade est : "peut-être"»,
écrit le virologue Scott Hammer, de l¹Université Columbia à New York, dans
un éditorial publié dans le New England Journnal of Medicine. Cette
incertitude s¹explique par le besoin d¹un suivi à long terme sans
traitement et l¹imprécision de la mesure des réservoirs viraux,
précise-t-il.