Ozempic : bientôt une plainte collective de « victimes »
Quentin Haroche | 16 Février 2026
Plusieurs patients ayant été traités par Ozempic souhaitent porter
plainte contre Novo Nordisk, en raison de graves effets secondaires
supposés.
Quinze ans après l’affaire Mediator, y aura-t-il un scandale Ozempic
(sémaglutide) ? Ce médicament, appartenant à la classe des analogues
du GLP-1 et développé par le laboratoire danois Novo Nordisk, a
rencontré un succès considérable à travers le monde. Initialement
indiqué dans le traitement du diabète de type 2, ce produit est
également prisé pour sa capacité à induire une perte de poids rapide
(lorsqu’il est indiqué dans le traitement de l’obésité, il est dénommé
Wegovy). En France, 870 000 personnes seraient traitées par un aGLP-1.
Combien d’entre eux participeront à la plainte collective que
constitue actuellement Maître Pierre Debuisson ? Ce ténor du barreau
toulousain (il a récemment été désigné pour défendre en appel Cédric
Jubilar) est un habitué des actions collectives. C’est lui notamment
qui a défendu les victimes des pizzas Buitoni. Après avoir fait plier
Nestlé dans cette affaire, l’avocat s’attaque donc à un autre
mastodonte industriel avec Novo Nordisk.
La plainte sera déposée dans le courant de l’année
« J’ai reçu une demi-douzaine de plaintes jusqu’à présent » confie
l’avocat à nos confrères du Dauphiné Libéré. « Les patients souffrent
de sévères effets secondaires. Les cas les moins graves présentent des
douleurs abdominales, des vomissements voire une gastroparésie, mais
d’autres victimes souffrent d’insuffisance rénale, de pancréatite et
une de mes clientes a même subi un AVC qui lui a fait perdre la vue »
poursuit l’avocat. Il est confiant sur sa capacité à réunir d’autres
plaignants : sur Facebook, le « Collectif victimes d’Ozempic » réunit
ainsi plus de 2 500 membres. L’avocat compte déposer sa plainte
collective dans le courant de l’année.
Maître Debuisson souhaite poursuivre Novo Nordisk pour « tromperie
aggravée, blessures involontaires et homicides involontaires ».
Concrètement, il reproche à la firme danoise d’avoir minimisé les
effets secondaires de son médicament. Il accuse également Novo Nordisk
de ne pas suffisamment agir contre le détournement de l’Ozempic. De
nombreuses personnes qui ne souffrent pas de diabète et ne présentent
qu’un léger surpoids utilisent en effet les aGLP-1 pour maigrir à des
fins purement esthétiques. Un important marché noir des aGLP-1 s’est
d’ailleurs développé en France.
L’avocat toulousain envisage parallèlement de saisir l’Ordre des
médecins d’une plainte contre les praticiens qui violeraient les
règles de prescription de ces traitements. « Il faut que les médecins
arrêtent de prescrire ces médicaments à des patients qui présentent
seulement un léger surpoids. On l’utilise comme un complément
alimentaire à visée esthétique. Or, il ne faut surtout pas oublier que
c’est un médicament ! » martèle Maître Debuisson.
Il est établi que l’Ozempic et les autres aGLP-1 peuvent (comme tous
les médicaments actifs) provoquer divers effets secondaires, notamment
des vomissements, des diarrhées, une hypoglycémie, des douleurs
abdominales, des carences nutritionnelles ou dans de plus rares cas
une pancréatite ou une occlusion intestinale. D’autres effets
secondaires sont suspectés mais non prouvés, tels qu’une augmentation
du risque de cancer du pancréas ou de la thyroïde ou des affections
ophtalmologiques.
L’ANSM confirme que le rapport bénéfice/risque est positif
Malgré ces événements indésirables, la plupart des agences sanitaires
dans le monde estiment que la balance bénéfice/risque des aGLP-1 est
positive, à condition bien sûr que les indications soient respectées
et qu’ils ne soient prescrits qu’à des sujets diabétiques ou obèses.
Récemment, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a ainsi
confirmé, au terme d’une enquête de pharmacovigilance de 18 mois, que
la balance bénéfice/risque de ces médicaments anti-obésité était bien
positive.
Au cours de cette enquête, l’ANSM a recensé 376 cas d’effets
secondaires graves chez des patients recevant des aGLP-1 dont 140 chez
des patients qui étaient traités pour obésité. « Dix-neuf décès ont
été rapportés chez des patients traités par aGLP-1, sans qu’un lien
direct ait pu être établi avec ces médicaments » ajoute l’ANSM. Le
gendarme du médicament insiste cependant régulièrement sur les risques
de mésusage de ces produits. On estime qu’environ 2 % des personnes
qui prennent des aGLP-1 n’entrent pas dans les clous des indications.
De l’autre côté de l’Atlantique, où les aGLP-1 sont devenus un
véritable phénomène de société (plus de 30 millions d’Américains en
auraient reçu), on s’inquiète également de leurs effets secondaires.
Ce sont ainsi plus de 4 400 patients à travers les Etats-Unis qui ont
entamé une action collective contre les différents groupes
pharmaceutiques commercialisant ces médicaments.
« Nous prenons au sérieux tous les signalements d’effets indésirables
liés à l’utilisation de nos médicaments. Nous sommes attentifs aux
préoccupations des patients et assurons la surveillance et la
notification des effets indésirables potentiels rapportés concernant
le médicament Ozempic en lien avec les autorités compétentes. À ce
jour, nous estimons que le profil bénéfice-risque du sémaglutide
demeure inchangé » commente Novo Nordisk à propos de ces plaintes.