Trafic de faux médicaments au Bénin : grosse saisie à Abomey-Calavi,
symptôme d’un fléau continental
Franck Koffi https://www.afrik.com/
13 juillet 2025 afrik.com
Au Bénin, une importante saisie de faux médicaments a été opérée à
Abomey-Calavi. Plus de 300 kg de produits contrefaits ont été
découverts par la Police républicaine dans un entrepôt clandestin. Ce
fléau touche une grande partie de l’Afrique. Les autorités béninoises,
comme d’autres sur le continent, tentent de renforcer leur riposte
face à ce danger sanitaire.
La Police républicaine du Bénin a mené une vaste opération dans la
lutte contre le trafic de médicaments illicites. À Ouèdo, un quartier
de la commune d’Abomey-Calavi, les agents du commissariat local ont
mis la main sur un entrepôt renfermant plus de 300 kilogrammes de
produits pharmaceutiques contrefaits. Cette saisie, jugée « importante
» par les autorités, met en exergue l’ampleur du phénomène au Bénin et
plus largement en Afrique.
Grossiste opérant en marge de toute réglementation
Les médicaments découverts dans l’entrepôt comprenaient principalement
des comprimés psychotropes et d’autres substances prohibées. La
propriétaire des lieux, soupçonnée d’être une grossiste opérant en
marge de toute réglementation, a été arrêtée. Selon ses déclarations,
les produits étaient livrés sur commande par un fournisseur situé dans
le département de l’Ouémé. L’enquête, toujours en cours, vise à
démanteler l’ensemble du réseau d’approvisionnement.
Depuis plusieurs années, le Bénin, comme nombre de pays africains, est
confronté à une recrudescence de la circulation de médicaments
falsifiés, souvent vendus à bas prix dans les marchés informels et
utilisés par une population en quête de solutions accessibles. En
Afrique de l’Ouest et dans d’autres régions du continent, les
autorités se heurtent à des réseaux bien structurés, souvent
transnationaux, qui prospèrent grâce à la faiblesse des contrôles aux
frontières, la corruption, et l’absence de couverture médicale
généralisée.
Opération coordonnée par Interpol dans 123 pays
Au Niger, par exemple, une opération menée en avril 2023 à Niamey a
permis la saisie de près de deux tonnes de médicaments falsifiés
entreposés dans un garage. Au Nigeria, pays voisin, les agences de
régulation comme la NAFDAC (National Agency for Food and Drug
Administration and Control) mènent régulièrement des campagnes de
destruction de stocks de produits illégaux, parfois importés d’Asie ou
d’Inde via des ports peu surveillés.
En 2017 déjà, l’opération « Pangea », coordonnée par Interpol et menée
dans 123 pays, avait permis la saisie de 25 millions de médicaments
contrefaits, dont une grande partie en Afrique subsaharienne. Ces
opérations de grande ampleur ont mis à la lumière du jour l’ampleur de
la criminalité pharmaceutique, souvent comparée à celle du trafic de
drogue en raison de ses réseaux tentaculaires et de ses profits
élevés.
Les causes profondes : pauvreté, accès limité et méfiance
La prolifération des médicaments contrefaits en Afrique s’explique par
plusieurs facteurs. Le premier reste l’accès limité aux soins et aux
médicaments dans les structures sanitaires officielles. Dans de
nombreuses zones rurales ou urbaines défavorisées, les pharmacies sont
rares, mal approvisionnées, ou financièrement inaccessibles pour une
grande partie de la population.
Le second facteur tient à la méfiance envers le système de santé. Dans
certains cas, les patients préfèrent se tourner vers les marchés
informels ou les vendeurs ambulants pour des médicaments moins chers
et disponibles sans ordonnance. Enfin, l’analphabétisme et le manque
d’information sur les dangers des produits falsifiés aggravent la
situation. Sur le plan judiciaire, les poursuites contre les
trafiquants aboutissent rarement à des condamnations lourdes, ce qui
alimente un sentiment d’impunité.
Une réponse judiciaire et sanitaire encore timide
Pourtant, les conséquences sont graves : chaque année, selon
l’Organisation mondiale de la santé (OMS), près de 100 000 décès sont
imputables aux médicaments falsifiés en Afrique. Des initiatives
voient tout de même le jour pour endiguer ce fléau. Plusieurs pays
africains ont rejoint des plateformes de collaboration comme la
Conférence internationale des médicaments falsifiés (ICMRA) et
participent à des campagnes de sensibilisation à grande échelle.
Au Bénin, le gouvernement a annoncé en 2024 la mise en place d’un plan
national de lutte contre les médicaments de qualité inférieure et
falsifiés (MQIF), impliquant une collaboration entre les ministères de
la Santé, de la Justice et de l’Intérieur. Des efforts sont également
en cours pour développer un système national de traçabilité des
médicaments légaux, via des codes numériques permettant aux
consommateurs de vérifier l’authenticité d’un produit.