VIH : un comprimé unique pour simplifier la vie des patients présentant des résistances aux antirétroviraux

VIH : un comprimé unique pour simplifier la vie des patients
présentant des résistances aux antirétroviraux

Un premier essai clinique mené sur des patients avec des traitements
complexes contre le VIH a montré l’efficacité de la prise quotidienne
d’une thérapie associant deux molécules en une seule prise par jour.

Par Rémi Ducasse
Publié le 27 février 2026 à 15h29

Un comprimé par jour. C’est aujourd’hui la norme des traitements
antirétroviraux pour les personnes atteintes du VIH. Cette avancée du
début du siècle a amélioré la prise en charge et l’observance du
traitement par les patients. Pourtant, certains d’entre eux, souvent
contaminés au début de l’épidémie, n’y ont toujours pas accès. Le
virus a développé au cours du temps des résistances à certaines
molécules, empêchant la prise de ce type de thérapies.

Un article publié dans la revue médicale The Lancet mercredi 25
février, et dont les résultats ont été présentés à la Conférence sur
les rétrovirus et les infections opportunistes à Denver, propose une
nouvelle association de molécules à destination de cette catégorie de
patients. L’étude, conduite par Chloe Orkin, professeure de médecine à
l’université Queen Mary de Londres, évalue l’effet combiné du
bictégravir et du lénacapavir, deux médicaments déjà commercialisés
sous d’autres formes par le laboratoire Gilead Sciences, également
promoteur de l’étude.

Le bictégravir bloque l’intégration de l’ADN du virus à celui de la
cellule infectée. Il entre déjà dans la composition du Biktarvy, une
combinaison de trois molécules qui fait partie des trithérapies les
plus utilisées, et ne fait apparaître que peu de résistances chez le
virus. Le lénacapavir interagit quant à lui avec l’enveloppe virale
afin d’éviter l’entrée du virus dans la cellule-cible ou d’empêcher la
synthèse d’une nouvelle enveloppe lors de la réplication du virus. «
Il a surtout un but préventif, par injection tous les six mois,
puisqu’il permet d’éviter la contamination par le VIH », précise
Jean-Michel Molina, professeur à l’université Paris Cité et chef de
service à l’hôpital Saint-Louis, à Paris. L’association des deux
molécules permettrait de remplacer les traitements chez les patients
présentant des résistances aux trithérapies actuelles.

« Un progrès »

Pour évaluer l’intérêt de cette nouvelle bithérapie, les chercheurs
ont réalisé un essai clinique sur 557 participants. Celui-ci visait à
vérifier si la prise de ce comprimé obtenait des résultats au moins
similaires à ceux du traitement habituel. « C’est un essai qui va dans
le sens d’une simplification de la prise en charge chez des personnes
qui ont une longue histoire d’infection par le VIH », souligne
Laurence Meyer, professeure et cheffe de service aux Hôpitaux
universitaires Paris-Sud. Les participants présentaient un âge médian
de 60 ans et une durée de traitement médiane de vingt-huit ans. Et 81
% d’entre eux avaient un historique de résistance aux médicaments
antirétroviraux.

Ils ont été répartis aléatoirement en deux groupes : l’un traité
quotidiennement par un comprimé de bictégravir-lénacapavir, le
deuxième maintenant son régime habituel de traitement, composé de
plusieurs comprimés dont un inhibiteur de protéase. Ce dernier type de
molécule, arrivé sur le marché à la fin des années 1990, a permis
d’élargir la gamme de traitements à une époque où il en existait peu.
« Aujourd’hui, ce sont des molécules dont on aimerait bien se passer,
explique Gilles Pialoux, professeur à Sorbonne Université et chef de
service à l’hôpital Tenon, à Paris. Elles interagissent notamment avec
d’autres traitements prescrits pour les troubles cardiaques et
neurologiques. »

Après quarante-huit semaines, les auteurs ont observé des résultats
significativement similaires entre les deux groupes, suggérant que le
comprimé bictégravir-lénacapavir pouvait remplacer les traitements en
plusieurs prises. « Cette bithérapie en une prise est destinée à des
patients avec des résistances aux antirétroviraux qui n’ont pas accès
à ce type de prise en charge plus légère », souligne Gilles Pialoux,
pour qui « tout ce qui peut améliorer la prise en charge est un
progrès ». Selon Jean-Michel Molina, il s’agit de rester prudent car «
le lénacapavir peut aussi déclencher des mutations de résistance chez
le virus en cas de mauvaise observance du traitement ».

La nouvelle association de molécules est aujourd’hui engagée dans un
essai clinique en double aveugle contre le Biktarvy, préalable à une
demande d’autorisation de mise sur le marché. Et entretient l’espoir
de connaître un jour un traitement unique contre le VIH.