Chers E-mediens
Je souhaiterais apporter quelques fruits à cet arbre de réflexion.
En première ligne, permettez-moi de reconnaitre ma limite car l¹exemple
que je connais le mieux est celui de la Cote d¹Ivoire. Au vu des
précédentes interventions, je suis confirmé dans l¹hypothèse que la
situation n¹est pas très différente dans les autres pays d¹Afrique
subsaharienne. Je pars ensuite du principe que « Savoir que le médicament
n'est pas disponible du fait d¹erreurs techniques' ou bug du système
importe peu à celui qui l'attend pour prolonger sa vie ou améliorer son
état physique/psychologique. »
Pour le financement de la santé, l¹initiative de Bamako (IB) a été un bon
départ du fait de 1/la convergence de point de vue 2/l¹engagement des
états 3/la transformation notable du système de santé. Cependant, la
gestion de la santé par la communauté pose de nombreuses insuffisances
surtout dans en ces volets financier et de disponibilité des données.
L¹exemple des Districts de santé (DS) et des Formations sanitaires à base
communautaire (FSU Com) est un bel exemple théorique ou « philosophique »
de mise en ¦uvre de l¹IB.
Au niveau technique, les districts apportent une présence remarquable an
matière de santé et ont apporté l¹action sanitaire au c¦ur de la
population. Cependant, l¹opérationnalisation des régions sanitaires et des
districts sanitaires en termes de ressources humaines et matérielles
connait un succès mitigé résultant des critères de choix ambigus de leurs
responsables et d¹une répartition non harmonieuse, tardive ou anecdotique
des ressources financières.
Ainsi, les mécanismes de mise à disposition de fonds limitent leurs
actions et orientent leurs priorités vers des programmes à « financement
direct et immédiat » tels que la vaccination et le VIH.
Dans les FSU com les couts de prestations sont élevés. Les raisons
évoquées sont multiples : irrégularité et insuffisance des fonds alloués
par l¹Etat pour la prise en charge du personnel, défaut d¹avantages
fiscaux, contractualisation avec des prestataires privés pour offrir les
services de pharmacie, laboratoire, ophtalmologie, cabinet dentaire, etc.
Ces raisons réelles prospèrent dans un flou entretenu par l¹insuffisance
de régulation et de suivi pour la santé des populations.
Le partenariat public privé fait alors place à du mécenat, des dépôts,
des succursales de cabinets privés. La disponibilité du service, présentée
comme une opportunité ou même une faveur, commande alors de passer sous
silence le « coût de prestation».
Les conseils d¹administration sont dignes de certaines entreprises ou le
profit individuel des membres du conseil d¹administration est la règle.
Ainsi, le client devenu « gestionnaire d¹établissement de santé» ne fait
plus de l¹accessibilité aux soins une priorité mais recherche plutôt
l¹enrichissement d¹un groupe de « gestionnaires ». Cette approche affecte
évidemment les ressources mises à disposition des techniciens de santé et
la qualité de service (satisfaction du client).
Il est certain que l¹implication et l¹intervention de la communauté dans
la gestion de la santé est un mécanisme pertinent de suivi des
professionnels de santé. Cependant les représentants des communautés
doivent parvenir, avec les instruments disponibles et les contraintes
structurelles, au respect du cout des actes et à l¹accessibilité des SSP,
en comblant les insuffisances systémiques.
Quelque soit le type ou le niveau de structure sanitaire, le défi est
d'assurer le flux d'informations pour l'accessibilité des médicaments. La
faible réponse des professionnels de santé et bien plus des acteurs
communautaires au besoin en informations participent de l¹absence de
visibilité sur les progrès et donc de l¹extinction des programmes. Car les
hommes sont le pilier du système mais l¹information entretient le
programme autant que les finances. Le non fonctionnement de tout système
est une opportunité de comportements anormaux et d¹actions inappropriées,
d¹abus, de détournement et de compérage.
En conclusion, la recherche d¹équilibre et de performance recommande de
trouver un mécanisme de contrôle non invasif et de développer des valeurs
éthiques de gestion du bien communautaire. Me fondant sur les propos de
Monsieur Arsène Ouédraogo : « Ainsi est faite l1histoire de tous les
peuples: savoir continuer les pas des devanciers et ne pas les effacer »,
mon opinion est que l¹IB est une excellent opportunité de développement et
quelque soit la nouvelle orientation donnée au système de santé, les
valeurs éthiques et de responsabilité envers la communauté (redévabilité)
doivent accompagner le type d organisations et le support de l¹Etat doit
être économiquement apparent. En attendant le consensus sur la
formalisation de ce nouveau concept, je pense que chacun à son niveau peut
faire un petit changement qui permettra par effet de levier ou par effet
cumulatif de sauver une vie de plus.
Koré ZOULOU,
Pharmacien, Cote d¹Ivoire