[e-med] (13)Gratuité des soins en Côte d'Ivoire

Bonjour,
Pour que le docteur Théophile ne prèche pas seul dans le désert, qu'il sache
que je partage son avis à 100%.
Il semble que la question "Qu'est-ce qui paye?" soit la question qui fâche.
Et pourtant...
Évidement on peut imaginer la mise en place d'une Sécurité Sociale et d'une
mutualisation. Mais l'état en a-t-il les moyens? Et ne conviendrait-il pas
de commencer par là? Ou doit-on compter sur la générosité infinie des
bailleurs ?
Autre question intéressante : il y a-t-il un PED où la gratuité des
médicaments ait été appliqué avec succès ?
Sauf à nous démontrer le contraire, le recouvrement des couts est peut être
un mauvais système mais il n'y en pas de meilleur.
Alain Buge, Pharmaciens Sans Frontière Indre et Loire

Cher Alain

"Qu'est-ce qui paye?" est certainement la question la plus importante dans
la gratuité des soins, mais elle est loin d'être une question qui fâche.
En vous demandant si l'Etat a les moyens de payer la facture de la
gratuité, j'imagine que votre réponse sera "non". Vous dédouanez ainsi les
autorités de nos pays qui prétextent toujours l'insuffisance des ressources
pour fuir leurs responsabilités. Plus que l'insuffisance des ressources, le
financement de la santé dans nos pays souffrent plus de la mauvaise
gouvernance et de l'absence de transparence qui se manifestent par la
corruption, la mauvaise répartition/utilisation des ressources, les
détournements etc. Il faut mieux cerner ces fléaux et leur impact sur les
ressources affectées à la santé avant d'affirmer que les États n'ont pas
les moyens de supporter le cout de la gratuité. L'utilisation de tels
arguments par des techniciens, notamment d'ONG telles que PSF est une
caution à l'abandon des populations à leur sort. Comment des populations
démunies (voir les taux de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté
dans les pays concernés) peuvent arriver à payer ce qu'un Etat, avec tout
son potentiel, n'a pas les moyens d'assurer?
Pouvons nous jouer notre rôle de technicien, en orientant le politique vers
les solutions les plus efficaces, même si elles sont plus difficiles à
mettre en œuvre, au lieu de leur offrir des prétextes pour des politiques
inefficaces "par défaut"?
Cordialement!

--
Simon KABORE
PCA du Réseau Accès aux Médicaments Essentiels (RAME)
04 BP: 8038 Ouagadougou 04 Burkina Faso
Tel: bur (226) 50 37 70 16
         Cel: (226) 70 24 44 55
E-mail alternatif: simonkabore@rame-int.org

Salut à tous.
Mon intérêt pour ce sujet se justifie par mon inquiétude de voir multiplier
par cent, mille et même des centaines de milliers le nombre de patients qui
sont condamnés à payer des frais de référence exorbitant pour rupture de
médicaments, non disponibilité de personnel qualité ou d'un simple appareil
de stérilisation. Ils sont très nombreux à mourir malgré la disponibilité
de l'argent.
La recherche de l'efficacité ne doit en aucun cas occulter la pérennité.
Les stratégies de prise en charge sanitaire en situation d'urgence sont
connues. Et je ne pense pas qu'on puisse s'opposer à une action ponctuelle
de gratuité dans le cas de la riposte contre un problème de santé publique.
Mais quand il s'agit de la prise en charge sanitaire en "situation
normale", le recouvrement des coûts peut paraître mauvais. Cependant, il
reste la seule solution qui associe l'efficacité à la pérennité. En
réalité, c'est le mode de recouvrement qui pose problème. Les mécanismes de
pré-paiement ou de post-paiement ou encore de mutualisation des risques
maladie ont montré leur efficacité. Il ne reste qu'à renforcer ces
mécanismes en tenant compte de la spécificité de chaque pays.
En attendant que nos plaidoyers pour l'augmentation de la contribution de
l'Etat au financement de la santé portent leurs fruits, nous devons
travailler à améliorer le mode de recouvrement de la contribution des
populations. Toute mesure visant l'amélioration de l'accessibilité doit
préserver le droit des représentants communautaires et de chaque patient à
contrôler la qualité des soins dispensés. Nous ne devons pas perdre de vue
la nécessité de faire participer les petits producteurs de médicaments et
autres intrants sanitaires à ce vaste marché que constitue l'offre de soins
de santé.
Et si on mobilisait les ressources additionnelles nécessaires à la gratuité
pour accroître davantage la disponibilité (plus de personnels soignants,
d'infrastructures et dispositifs médicaux), améliorer la qualité des soins
à travers la régularité des audits médicaux et paramédicaux, le contrôle
régulier de la qualité, et le renforcement de la participation des
populations?
Enfin, je pense personnellement et comme certains de mes amis qu'il faut
une réconciliation entre le personnel soignant et la population pour
espérer une bonne utilisation des services de santé car ceux qui échappent
à nos bases de données se soignent aussi.
Merci à tout ceux qui participent à ce débat important et passionnant.

--
Théophile AGBOFOUN
DESS en Administration et Gestion
Gestionnaire de projets de Santé
Tél 21341674 IRSP Ouidah
GSM: +229 90951303 / 66383265

Bonjour

La mise en place de mutuelles permet se sensibiliser les populations à la prise en charge de leurs soins de santé .
Mais que voit-on sur le terrain?
Des projets qui viennent pour 3 ans, maximum 5 ans.
C'est une course de fond et non de vitesse.
Des cotisations en nature sont possibles.
Des liens entre mutualistes et le personnel de santé peuvent se développer de façon harmonieuse même si cela doit prendre du temps mais il faut également un appui de la direction qui a en charge le service de la santé communautaire.
Il faut beaucoup de sensibilisation et d'écoute pour trouver avec les populations le meilleur système à mettre en place: épargne santé ou système mixte avec une partie de la cotisation en épargne et une partie mutualisée.
Dominique Michel
pharmacien

--- En date de : Lun 21.11.11, "Théophile AGBOFOUN" <theopanic@gmail.com> a écrit :

Bonjour,

Je propose la même question en demandant y a t il un pays qui dispose d'une étude de coût de gratuité ne fût ce que sur une population cible (enfants de moins de 5 ans par exemple)

Franck Biayi
Pharmacien
Kinshasa

Cher Monsieur Biayi,

Certaines données coûts sont incluses dans l'article publié dans le
supplément du Health Policy and Planning cc l'expérience de MSF au Mali.
Il s'agit ici bien entendu d'un projet, et non de la mise en oeuvre au
niveau d'un pays, mais qui sans doute peut fournir certaines indications
et pistes de réflexion.
L'article est disponible (en anglais) au lien suivant:
http://heapol.oxfordjournals.org/content/26/suppl_2/ii72.full
Le rapport publique publié à l'époque (également en Fr.) est disponible
sur:
http://www.msf-azg.be/fr/publication/ameliorer-lacces-aux-traitements-efficaces-contre-le-paludisme-au-mali

Les estimations faites sur base du projet de Kangaba indiquaient qu'il
faudrait ajouter 4.2 euro par enfant par an en plus des financements déjà
disponibles (tels que ceux qui subsidient les tests de diagnostique
rapides et le traitement du paludisme) afin de fournir les soins gratuits
pour toute pathologie à cette catégorie de la population.

Amicalement,

Seco

Seco Gerard
Médecins Sans Frontières
Operational Centre Brussels (OCB)
+32 2 475 36 34