[e-med] (3)Gratuité des soins en Côte d'Ivoire

Bonjour a tous
Juste pour dire un mot sur la decision politique de rendre les soins gratuits en cote d'ivoire.
C'est vrai que c'est une decision louable mais je trouve qu'elle a ete trop precipitee. C'est quelque chose qui devait etre mieux preparee et peut etre faite de maniere progressive. En commencant peut par les moins de 5 et ou les femmes enceints par exemple.
Parce que la situation sanitaire etait si degradee que ce genre de decision aurait due etre bien ficellee avant d'etre annoncee.
On espere donc que les problemes rencontres seront tres vites leves et que les populations pourront beneficier totalement de cette mesure.
Et surtout que l'etat puisse la pereniser
D. Rokia

Bonjour à tous,

La decision d'exemption de frais pour les consultations, les soins et la dispensation de médicaments prise par arrêté conjoints des ministères de la santé et celui de l'économie face a la grave crise humanitaire qu'a connu la Cote d'Ivoire au sortir de son processus électorale prévu pour durer du 16 avril au 31 Mai etait ma foi une bonne décision se justifiant dans l'urgence. Il aurait fallu et cela est un point de vu personnel en faire une évaluation apres le 31 Mai et y apporter des corrections ou directives pour eviter ce que nous vivons aujourd'hui et croyez moi si rien n'est fait c'est bien vers une destructuration du système sanitaire que nous courons inexorablement. Il est bien temps d'evaluer afin de décider de l'arrêt ou non de cette mesure de gratuité, nous ne sommes plus dans l'urgence mais bien dans la post crise. voir dans le developement.

Je reviens de l'ouest ou une mission humanitaire m'a conduit et je puis vous dire que la quasi totalité des centres de santé sont abandonnés dans un piteux état sans médocs et personnel d'appui avec des IDE désemparés face a l'immensité des tâches. Les populations ne se rendent plus au centre de santé qui n'a lui même plus de médicaments en plus d'être un mauvais état générale (délabré et sans hygiène). Oui il existe quelques centres de santé qui avec l'appui des humanitaires ont fière allure et disposent de medocs mais cette action est bien ponctuelle et ne saurait se substituer au rôle régalien de l'état d'assurer la santé pour tous.

UNE DECISION DOIT ÊTRE PRISE MAINTENANT ET TOUT DE SUITE FAUTE DE QUOI NOUS FONCONS DROIT DANS VERS UNE DESTRUCTURATION DE NOTRE SYSTEME DE SANTE.

Dr Kolo Ibrahim Tuo

Sur base des informations que nos équipes sur place nous envoyaient il y a
quelques semaines, il est effectivement certainement urgent que des
mesures soient prises: des mesures d'urgence pour assurer
l'approvisionnement en médicament des structures de santé, le payement du
personnel et la disponibilité de financement pour les frais de
fonctionnement des structures. Il faut également s'atteler dés aujourd'hui
à l'adaptation du système dans le cadre de cette nouvelle politique:
décider des sources et canaux de financements du système afin de remplacer
la source de financement que constituait auparavant le payement direct par
les patients. Divers systèmes existent et différents pays ont choisis des
approches différentes. C'est donc aux autorités ivoiriennes et à leurs
partenaires de travailler rapidement sur le sujet et décider quel système
mettre en place.

Mais, soyons clair: ce n'est pas la politique de gratuité qu'il faut
remettre en cause. L'expérience a montré à l'impact négatif que le
recouvrement des coûts avait auparavant pour la population ivoirienne,
dont une grande partie n'avait accès aux soins que à la condition de
fortement s'endetter ou n'avait pas accès du tout. Oui, le système
"fonctionnait" avant la gratuité, mais on oublie semblerait-il un peu trop
vite que ce fonctionnement était peut-être plus théorique que pratique et
ne répondait pas forcément aux besoins des patients, de par leur manque
d'accessibilité financière. Après le départ de MSF de l'hôpital de Man en
2008, alors que le personnel qualifié et les médicaments étaient présents
mais que le recouvrement des coûts avait été remis en place, le taux
d'occupation de l'hôpital avait chuté de 60%, le nombre de consultations
externes divisé par 3 et le nombre d'interventions chirurgicales divisé
par 4 en quelques semaines seulement. Pas étonnant, quand on sait que le
coût d'un traitement paludisme simple coûtait l'équivalent de +/- 13 jours
de revenus, et qu'un hospitalisation pour palu sévère ou pneumonie coûtait
+/- l'équivalent de 3 mois de revenus...

Il ne fait aucun doute que la décision de cesser de demander aux patients
de payer pour avoir accès aux soins de santé dont ils ont besoin et LA
décision qui devait être prise en Côte d'Ivoire, la politique est
nécessaire. Par contre effectivement, la politique doit être mise en
oeuvre si on veut que l'accès gratuit soit réel pour les patients et là,
il y a indéniablement encore beaucoup à faire ... Le gouvernement ne
devrait pas hésiter à faire appel à des partenaires tels que l'Union
Européenne, l'UNICEF, l'OMS et la Banque Mondiale qui tous se sont engagés
- sur papier du moins - à aider les pays qui décideraient de supprimer le
recouvrement des coûts. Cet appui serait certainement plus que bienvenu en
Côte d'Ivoire, et sans doute nécessaire afin de réaliser au plus vite un
accès aux soins de santé véritable pour la population qui en a besoin.

Seco Gerard
Médecins Sans Frontières
Operational Centre Brussels (OCB)
+32 2 475 36 34