[e-med] Gratuité des soins en Côte d'Ivoire: les propositions du Dr TOURÉ Tessé Hamed

Dr Touré Tessé Hamed: PROPOSITIONS POUR SAUVER LA GRATUITÉ DES SOINS DE SANTÉ
http://www.fratmat.info/component/content/article/47/11912

Mise à jour le Vendredi, 21 Octobre 2011 17:08
Écrit par Dr TOURE Tessé Hamed. Samedi, 22 Octobre 2011 07:00

Dès sa mise en place, après la crise post-électorale, la gratuité des soins a suscité beaucoup d’espoir au sein des populations.

Cela s’est matérialisé par de longues files d’attentes dans les hôpitaux. Aujourd’hui, quatre (4) mois après, force est de constater que les résultats ne sont pas à la hauteur des espérances et les perspectives sont des plus pessimistes :

- manque de médicament dans les pharmacies de la PSP ; -manque de matériel chirurgical (fil, bande,….) ; -manque de matériel d’anesthésie ; -manque de matériel de perfusion (glucosé, sérum salé, perfuseur,…)

La liste est encore plus longue. Alors, si nous ne trouvons pas une meilleure façon de gérer la santé publique, nous nous retrouverons vite dans l’impasse. Il m’est alors venu l’idée de faire des propositions, qui je l’avoue sont inspirées du système des USA, car comme on le dit, on ne réinventera pas la roue.

1- Il faut une loi rendant obligatoire l’assurance maladie pour les employés de toutes les entreprises dont le personnel est supérieur ou égal à 6 personnes. Les frais d’assurance devront être partagés entre employeurs et employés.

2- Les hôpitaux publics devront être réaménagés de la façon suivante.

a- Séparer consultation ambulatoire et hospitalisation.

b- Consultation ambulatoire gratuite, mais l’ordonnance est remise au patient pour qu’il se procure les médicaments dans une pharmacie privée à l’extérieur de l’hôpital. Cela aura pour avantage de dissuader les gens qui viennent en consultation même quand ils ne sont pas malades et qui veulent juste des médicaments à conserver à la maison. Cette pratique entame sérieusement les stocks de la PSP.

c- Les hospitalisations et les interventions chirurgicales doivent être GRATUITES de A à Z. C'est-à-dire lit, intervention, matériel médical et médicaments doivent être fournis durant la période passée à l’hôpital. Durant cette période, rien ne rentre ni ne sort de l’hôpital. Une fois le patient rétabli, il redevient un patient ambulatoire. Cela a pour avantage de voir tous les cas urgents traités rapidement sans attendre que le malade ou ses parents n’ait à courir dans tous les sens pour trouver les moyens qui parfois font défaut au point ou cela se solde par des décès.

d- Les analyses, les radios et les échographies devront être gratuites afin d’éviter de mauvais diagnostics ou des traitements empiriques faits sans avoir de certitudes sur la nature de la maladie.

e- Les accouchements gratuits doivent continuer afin de réduire la mortalité infantile et les décès de femmes en couche.

f- Les campagnes de vaccination gratuite doivent continuer et la gratuité doit s’étendre à tous les vaccins obligatoires dans le programme de sante publique ivoirien.

Toutes ces mesures permettront aux autorités et surtout à la PSP de mieux cibler les médicaments importants, d’éviter le gaspillage et surtout de faire en sorte que les médicaments arrivent à ceux qui en ont vraiment besoin. A tout cela évidement il faudra ajouter :

a- Le contrôle pour avoir un meilleur rendement du personnel et pour éviter que ceux-la même qui doivent promouvoir la gratuité soient ceux qui détournent les médicaments pour les revendre.

b- Améliorer les conditions de travail du personnel hospitalier, car aujourd’hui les hôpitaux sont sous-équipés et dans un état de délabrement avancé. Cela entame gravement la motivation du personnel.

c- Assurer la formation continue du personnel hospitalier afin de maintenir le niveau intellectuel et la qualité des soins.

d- Réglementer de façon plus stricte les cliniques et surtout les infirmeries privées qui, dans la plupart des cas, opèrent dans l’illégalité, sont tenues par des individus qui n’ont pas la formation adéquate et surtout qui font des interventions interdites (AVORTEMENTS) à la chaine.

e- Lutter contre les médicaments de la rue. Il conviendrait de créer une Brigade Spéciale financée par le CNOP (Conseil national de l’ordre des pharmaciens), le Syndicat des pharmaciens privés et le ministère en charge de la Santé. Cette brigade sera formée de policiers et gendarmes triés sur le volet et supervisés par un comité formé d’huissiers de justice (suivi juridique, saisie et destruction des faux médicaments) de pharmaciens (suivi et orientation des activités) et, évidement, de représentants des ministères de la santé et de la sécurité.

Rendre gratuit les soins de santé est une entreprise louable, mais il est encore plus important que ces soins soient prodigués dans de bonnes conditions, par du personnel qualifié et avec un suivi à long terme.