[e-med] (3)Harare va r�introduire le DDT pour lutter contre le paludisme

E-MED:(3)Harare va r�introduire le DDT pour lutter contre le paludisme
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[Mod�rateur: j'ai trouv� cet article sur le web qui me semble faire une
bonne synth�se sur le sujet. Cet article est publi� par "L'�tat de la
plan�te magazine" et " l'institut Worldwatch" et vous trouverez des infos
sur ces organisations en bas de l'article. Bonne lecture! CB]

Malaria, moustiques et DDT
http://www.delaplanete.org/articles/no_3/malaria.html

Guerre toxique contre une maladie plan�taire

Par Anne Plat McGinn, chercheuse de l'institut Worldwatch. Auteure du
"paper" 153 du Worldwatch, Why Poison Ourselves ? A Precautionary Approach
to Synthetic Chimicals.
Traduction: Alexandre Friedrich

Cette ann�e comme chaque ann�e au cours des derni�res d�cennies, des
centaines de milliards de moustiques injecteront des centaines de millions
de fois les parasites de la malaria dans les flux sanguins de l'homme. La
maladie sera fatale pour un � trois millions des quelque 300 � 500 millions
de cas av�r�s de malaria. Parmi ces victimes, une majorit� de femmes
enceintes et d'enfants. C'est du moins ce que nous disent les �tudes
officielles, mais il est probable qu'elles sous-estimentla r�alit�. En
effet, la plupart des d�c�s provoqu�s par la malaria ne sont pas recens�s
formellement. A dire vrai, le nombre de morts que provoque la malaria est
proche du nombre de morts dus au SIDA, qui tue actuellement environ 3
millions de personnes par an.

Mais contrairement au SIDA, la malaria est une maladie mortelle tenue pour
secondaire. En d�pit de ces d�c�s et du fait que 2,5 milliards de personnes
(40 % de la population mondiale) sont expos�es � cette maladie, la malaria
n'est pas, � un niveau international, une priorit� des politiques de sant�
publique. La malaria fait rarement l'actualit� et les fonds consacr�s � la
recherche dans ce domaine ne d�passent pas les 150 millions de dollars par
ann�e. A titre de comparaison, cette somme repr�sente environ 5 % des 2,8
milliards de dollars que le gouvernement des Etats-Unis pr�voit de consacrer
� la recherche sur le SIDA pour l'ann�e fiscale 2003.

Si la menace �tait stable, on comprendrait mieux, sans pour autant
l'excuser, le peu de priorit� accord� � la recherche sur la malaria.
Malheureusement, elle ne l'est pas. Il est vrai que l'extension g�ographique
de la maladie s'est consid�rablement r�duite dans la deuxi�me moiti� du
20�me si�cle, mais au cours des derni�res d�cennies, la maladie est devenue
plus virulente. A peu pr�s toutes les r�gions o� la maladie est end�mique
ont vu appara�tre des souches de parasites r�sistant aux m�dicaments, un
ph�nom�ne qui augmente sans doute le taux de mortalit�. Dans des pays aussi
diff�rents que l'Arm�nie, l'Afghanistan ou la Sierra Leone, l'absence ou le
d�labrement des infrastructures de base ont multipli� les lieux de
reproduction des moustiques porteurs de la maladie. Les bidonvilles qui
s'�tendent rapidement dans nombre de villes tropicales manquent �galement de
ce type d'infrastructures : l'�tat sanitaire d�ficient et la surpopulation
font de ces zones des foyers d'apparition de la maladie m�me si, jusqu'ici,
la malaria a surtout �t� consid�r�e comme une maladie rurale.

Que peuvent faire les politiques actuelles pour contrer ces menaces ?
L'arsenal m�dical est limit� ; il n'y a pas plus d'une douzaine de
m�dicaments courants contre la malaria, et d'une fa�on ou d'une autre, la
malaria r�siste � la plupart d'entre eux. En l'absence d'un moyen fiable de
d�truire les parasites, les politiques ont tent� de d�truire les moustiques
qui en sont les vecteurs, ce qui a conduit � un usage abondant de pesticides
synth�tiques, au nombre desquels figure l'un des plus anciens et des plus
dangereux, le Dichloro-Diph�nyl Trichlor�thane ou DDT.

Le DDT n'est plus utilis� ni produit dans la plus grande partie du monde,
mais dans la mesure o� il ne dispara�t pas facilement, il demeure un des
pesticides les plus d�tect�s dans le lait des m�res nourrici�res. Le DDT
fait �galement partie des "douze produits chimiques n�fastes" inscrits en
2001 dans la Convention de Stockholm sur les polluants organiques r�sistants
(Persistant Organic Pollutants). Les signataires du trait� POP tomb�rent
fondamentalement d'accord pour interdire tous les usages du DDT sauf en tant
que dernier recours contre les moustiques porteurs de maladies.
Malheureusement, le DDT est encore utilis� r�guli�rement dans 19 pays, la
plupart situ�s en Afrique (� ce jour, seuls 11 de ces pays ont sign� le
trait�). Parmi les pays signataires, 31 - soit un peu moins d'un tiers - ont
annonc� qu'ils se r�servaient le droit d'utiliser le DDT dans le cadre de la
lutte contre la malaria. M�me si la situation actuelle porte � croire qu'un
tel usage est in�vitable, il existe de bonnes raisons de penser que le
progr�s de la lutte contre cette maladie est compatible avec une r�duction
du recours au DDT.

La malaria est provoqu�e par quatre esp�ces de protozoaires parasites du
genre Plasmodium. Ces parasites sont exclusivement propag�s par certains
moustiques du genre anoph�le. L'infection d�bute lorsqu'un moustique femelle
porteur du parasite se pose sur le peau et perce un vaisseau capillaire afin
de s'alimenter en sang. La parasite est alorsinject� dans le sang humain par
le biais de la salive du moustique sous une forme que l'on nomme sporozoite.
Environ le dixi�me de la quantit� de sporozoites dont le moustique est
porteur peut �tre inject� pendant son repas, ce qui signifie qu'autant de
parasites seront inject�s lors de la piq�re suivante. A moins que la victime
ne poss�de une certaine immunit� contre la malaria - g�n�ralement � la suite
d' expositions ant�rieures - la plupart des sporozoites �chapperont au
syst�me immunitaire et gagneront le foie en moins d'une heure. L�, ils
envahissent les cellules du foie et se multiplient de mani�re asexu�e
pendant environ deux semaines. A ce moment l�, les quelques douzaines de
sporozoites originelles seront devenues des millions de merozoites, ayant
pris la forme qu'aura le parasite lorsqu'il quittera le foie pour
contaminer, par le biais du sang, les cellules rouges du corps. Dans ces
cellules, les merozoites suivent un autre cycle de reproduction asexu�e au
terme duquel les cellules �clatent, lib�rant des millions de nouveaux
merozoites qui envahissent d'autres cellules rouges. Ce processus est �
l'origine des fi�vres aigu�s et des frissons symptomatiques de la malaria,
qui se manifestent par pouss�es intermittentes. Lorsque la destruction des
cellules rouges, lors de ces acc�s de fi�vre, d�passe un certain seuil, elle
entra�ne des convulsions, des difficult�s respiratoires, le coma et la mort.

En se multipliant � l'int�rieur des cellules rouges, le parasite produit des
merozoites mais aussi des gam�tocytes capables de se reproduire
sexuellement. Le parasite peut ainsi revenir dans le moustique: en effet,
alors m�me qu'il injecte des merozoites, le moustique peut en piquant
ing�rer les gam�tocytes d'une personne d�j� infect�e. Les gam�tocytes se
reproduisent dans l'intestin du moustique et les �ufs ainsi produits
envahissent les cellules de l'intestin. A terme, de nouveaux sporozoites
issus de l'intestin se m�lent aux glandes salivaires du moustique, pr�ts �
contaminer les flux sanguins d'un autre homme, relan�ant ainsi tout le
cycle.

Parmi � peu pr�s 380 esp�ces de moustiques du genre anoph�le, 60 peuvent
transmettre la malaria � l'homme. On trouve ces vecteurs de la malaria dans
toutes les r�gions tropicales et les zones � climat temp�r� o� ils
transmettent la maladie avec une redoutable efficacit�. La malaria est
hautement contagieuse, ainsi que le montre l'instrument de mesure que les
�pid�miologistes nomment le "nombre de reproduction de base" (NRB). Le NRB
indique le nombre moyen de nouveaux cas de la maladie qu'une personne
infect�e est susceptible de provoquer. La rougeole, par exemple, est une des
plus contagieuses des maladies non-vectoris�es (celles o� l'agent pathog�ne
voyage directement de personne � personne, sans la pr�sence d'un
interm�diaire tel que le moustique). Le NRB de la rougeole est situ� entre
12 et 14 ce qui signifie qu'une personne atteinte de rougeole contaminera
probablement entre 12 et 14 autres personnes. (Ce processus a heureusement
une limite : lorsqu'un agent pathog�ne contamine une r�gion donn�e, il
rencontre de moins en moins de personnes qui ne sont pas d�j� malades ;
ainsi un seuil est finalement atteint.) Le SIDA occupe l'autre extr�mit� de
l'�chelle : il est mortel, mais il se r�pand lentement � travers la
population. Son NRB d�passe tout juste 1, le minimum requis pour que
subsiste l'agent pathog�ne. Dans le cas de la malaria, le NRB varie beaucoup
; cette variation tient � des facteurs tels que la nature de l'esp�ce de
moustique pr�sente dans la r�gion et la temp�rature de cette r�gion. (Le
danger augmente avec la chaleur dans la mesure o� les parasites arrivent
plus vite � maturit� dans un climat chaud). La malaria a parfois un NRB qui
d�passe 100 : au cours de sa vie adulte, soit environ une semaine, un
moustique porteur de la malaria peut infecter en principe plus de 100
personnes.

Sept ans, sept mois

"Malaria" vient de l'italien "mal'aria". Pendant des si�cles les m�decins
europ�ens ont attribu� la maladie au "mauvais air". Si l'on excepte le
rapprochement fait entre le mauvais air et les marais - un pr�jug� utile
�tant donn� les colonies de moustiques qui abondent dans ces derniers- la
m�decine d'autrefois s'est montr�e � peu pr�s impuissante face � la maladie.
Ce n'est qu'en 1897 que le m�decin Ronald Ross prouva que les moustiques
�taient les transmetteurs de la malaria.

Les implications pratiques de la d�couverte de Ross ne pass�rent pas
inaper�ues. A titre d'exemple, sous Theodore Roosevelt, l'administration
am�ricaine d�signa la malaria et la fi�vre jaune (une autre maladie dont le
vecteur est le moustique) comme les obstacles les plus importants � la
construction du canal de Panama. Une conclusion qui n'a rien de surprenant
si l'on se souvient que la pr�c�dente tentative de construire le canal, �
l'initiative de la France - tentative ant�rieure � la d�couverte de Ross -
se solda, dit-on, par la mort de 10'000 � 20'000 ouvriers des suites de la
maladie. Les ouvriers am�ricains prot�g�rent leurs r�serves d'eau et leurs
quartiers d'habitation au moyen de moustiquaires, tent�rent de combler ou
de drainer les marais, install�rent des �gouts, vers�rent de l'huile dans
les eaux stagnantes et organis�rent des chasses aux moustiques. Les
r�sultats ne se firent pas attendre : l'influence de la malaria recula. En
1906, la maladie frappait 80 % des ouvriers ; en 1913, un an avant
l'ach�vement du canal, la maladie n'en touchait plus que 7 %. Il s'av�rait
que la malaria pouvait �tre supprim�e en recourant � un grand nombre de
moustiquaires et en d�truisant les colonies de moustiques. Mais cette lutte
r�clamait des effort consid�rables.

Raison pour laquelle le recours au DDT parut si s�duisant. En 1939, le
chimiste suisse Paul M�ller d�couvrit que ce produit chimique �tait un
pesticide puissant. Le DDT fut d'abord utilis� contre les poux au cours de
la Seconde Guerre mondiale. Plus tard, du DDT fut pulv�ris� sur des r�gions
enti�res du sud de l'Europe, du nord de l'Afrique et de l'Asie, pour �viter
que les troupes alli�es ne rencontrent des moustiques porteurs de la malaria
sur les routes de la lib�ration. Le DDT n'�tait pas cher et semblait ne
causer de dommages qu'aux insectes. Par ailleurs son efficacit� �tait
durable : la plupart des autres insecticides devenaient inop�rants au bout
de quelques jours, tandis qu'une simple dose du produit, les premi�res
ann�es de son utilisation, pouvait rester efficace jusqu'� six mois. En
1948, Paul M�ller remporta le prix Nobel pour ces travaux et le DDT fut
consid�r� comme un miracle.

Dix ans plus tard, le DDT inspira alors une autre sorte de guerre : la lutte
g�n�ralis�e contre la malaria. Le "Programme G�n�ral d'Eradication de la
Malaria" (PGE), lanc� en 1955, devint l'une des entreprises majeures de la
toute nouvelle Organisation Mondiale de la Sant�. Environ 65 pays relay�rent
cette cause. Des donations permirent aux pays pauvres de produire du DDT et
la production de l'insecticide augmenta.

La strat�gie d'�radication de la malaria ne consistait pas � tuer tous les
moustiques jusqu'au dernier, mais � supprimer leurs colonies et � r�duire la
dur�e de vie des survivants afin qu'ils n'aient pas le temps de d�velopper
le parasite. Si le moustique pouvait �tre affaibli assez longtemps, le
parasite finirait par dispara�tre de la population humaine. Quelle que soit
la r�gion, on consid�rait que le processus prendrait trois ans, p�riode
suffisante pour que les personnes infect�es gu�rissent ou meurent. La
r�apparition post�rieure de moustiques serait certes ennuyeuse, mais ne
repr�senterait plus une menace. Au d�but, cette strat�gie sembla porter ses
fruits. Elle donnait surtout de bons r�sultats sur les �les, r�gions
relativement petites et soustraites aux risques d'une nouvelle infestation.
Ta�wan, la Jama�que et la Sardaigne furent ainsi rapidement d�clar�es zones
lib�r�es de la malaria, ce qu'elles sont encore aujourd'hui. En 1961,
l'ann�e o� le programme atteignit, semble-t-il, son d�veloppement maximum,
la malaria avait �t� �radiqu�e ou r�duite de fa�on drastique dans plus de 37
pays.

Une ann�e plus tard, Rachel Carson publiait Silent Spring, son �tude de
r�f�rence sur les dommages �cologiques occasionn�s par l'usage g�n�ralis� du
DDT et d'autres pesticides. A l'instar d'autres pesticides organochlorins,
le DDT se bioaccumule. Soluble dans les graisses, il a tendance, quand un
animal l'ing�re (en broutant de la v�g�tation contamin�e par exemple), � se
concentrer dans les graisses au lieu d'�tre excr�t�. Qu'un autre animal
mange cet animal et il ing�rera �galement la charge de DDT de sa proie. Ce
processus aboutit � une concentration exponentielle de DDT dans les maillons
les plus �lev�s de la cha�ne alimentaire. Dans la mesure o� le DDT poss�de
une toxicit� chronique �lev�e - ce qui signifie qu'une exposition durable
peut produire diff�rentes anormalit�s physiologiques -, cette
bioaccumulation a des cons�quences graves tant du point de vue �cologique
que de celui de la sant� humaine.

Confront�s aux ravages de la malaria, si les responsables de la campagne
d'�radication se souci�rent peu de la toxicit� du DDT, ils s'inqui�t�rent en
revanche s�rieusement d'un autre probl�me li� � la nature du pesticide : la
r�sistance � ses effets. L'exposition continue � un insecticide ne tarde pas
� donner naissance � des vari�t�s d'insectes en partie immunis�s contre le
poison. Les premiers cas de r�sistance au DDT ont �t� r�pertori�s d�s 1946.
Les responsables de la campagne savaient que dans le cas des moustiques,
l'exposition r�guli�re au DDT provoquerait une r�sistance plus ou moins
r�pandue dans un d�lai de quatre � sept ans. Dans la mesure o� il fallait
trois ans pour pr�server une population de la malaria, l'entreprise
d'�radication ne disposait pas d'une grande marge de man�uvre. Il apparut
ainsi que les moyens logistiques ne permettaient pas d'op�rer aussi
rapidement sur de vastes r�gions � la fois tr�s peupl�es et gravement
infest�es, et disposant d'un habitat, d'un r�seau routier et
d'infrastructures sommaires. La campagne fut abandonn�e en 1969.
Aujourd'hui, la r�sistance au DDT, tout comme � bien d'autres insecticides,
est largement r�pandue chez les anoph�les.

Certes, cette campagne a sauv� des millions de vies et �radiqu� la maladie
de certaines r�gions, mais ses effets au sens large sont beaucoup moins
probants. Elle a affermi l'id�e que le DDT �tait le recours prioritaire
contre les moustiques, m�me si elle a aussi mis en �vidence la dynamique
instable de la r�sistance au DDT chez les populations d'anoph�les. Chez les
moustiques en effet, l'apparition du m�canisme g�n�tique qui produit la
r�sistance au DDT n'est pas d'un grand "co�t comp�titif". En d'autres
termes, lorsqu'il n'y a pas pulv�risation de DDT, la population de
moustiques r�sistants se maintient comme celle des moustiques non
r�sistants. Aussi, une fois ce caract�re de r�sistance acquis par une
population de moustiques, il ne dispara�tra plus, m�me si le DDT n'est plus
utilis� pendant des ann�es. S'il est � nouveau fait usage de DDT contre
cette population, une r�sistance g�n�ralis�e r�appara�tra tr�s rapidement.
Selon les entomologistes, la r�gle est que sept ann�es sans r�sistance
suivent le premier usage du produit, mais qu'au deuxi�me usage cette p�riode
tombe � sept mois. Ces quelques mois suffisent cependant � faire du produit
une option s�duisante en tant que mesure d'urgence et � le conserver dans
les arsenaux des bureaucraties favorables � son usage.

Taxes sur la malaria

En d�cembre 2000, les n�gociateurs du trait� POP se r�unirent � Johannesburg
en Afrique du Sud. Cette r�union fut sujette � controverse, car l'Afrique du
Sud, suite � une malheureuse co�ncidence, avait enregistr� plus t�t dans
l'ann�e des retards potentiellement g�nants dans la mise en �uvre des ses
politiques en la mati�re. En 1966, dans le cadre de ses programmes de
contr�le des moustiques, l'Afrique du Sud avait pass� du DDT � un groupe de
pesticides moins persistants connus sous le nom de pyr�thro�des. La d�marche
semblait alors fond�e et viable d�s lors que des ann�es de recours au DDT
avaient consid�rablement r�duit les populations d'anoph�les et largement
�limin� l'un des vecteurs locaux les plus n�faste, le bien nomm� A. funestus
(l'"anoph�le mortel"). L'emploi du DDT semblait r�volu en Afrique du Sud :
le produit avait permis d'atteindre un objectif n�cessaire, il pouvait
d�sormais �tre �cart�. Ce plan fonctionna jusqu'� l'ann�e pr�c�dant le
sommet du POP, ann�e qui vit les infections dues � la malaria atteindre le
chiffre de 61'000, un niveau qui n'avait plus �t� enregistr� depuis des
d�cennies. A. funestus �tait r�apparu sous une forme r�sistant au
pyr�thro�des dans le Natal-KwaZulu. Au d�but de l'ann�e 2000, le DDT �tait
r�introduit dans le cadre d'un programme de pulv�risation des habitations
(une mani�re d�sormais courante d'utiliser le DDT qui consiste � appliquer
le pesticide contre les murs o� les moustiques ont l'habitude de se poser).
Six mois plus tard, le nombre d'infections avait chut� de moiti�.

Le programme de pulv�risation a d'abord �t� critiqu�, mais quelle
alternative raisonnable existait-il ? Cette situation difficile, celle de
l'Afrique du Sud, peut �tre consid�r�e peu ou prou comme repr�sentative de
la situation g�n�rale de l'Afrique sub-saharienne (voir la carte). La plus
mortif�re des quatre esp�ces parasites, la Plasmodium falciparum, est
r�pandue dans toute cette r�gion de m�me que l'un des vecteurs les plus
efficaces de la malaria, l'Anopheles gambiae. Presque la moiti� de la
population sub-saharienne court le risque d'une infection et dans la plus
grande partie de l'Afrique centrale et de l'Afrique de l'est ainsi que dans
des poches de l'Afrique de l'ouest, il serait difficile de trouver une seule
personne qui n'ait pas �t� expos�e aux parasites. Environ 90 % des
infections et des d�c�s dus � la malaria ont lieu en Afrique sub-saharienne
et cette maladie est actuellement responsable de 30 % de la mortalit�
infantile en Afrique. Il est vrai que la malaria est un probl�me important
dans d'autres parties du monde, mais l'Afrique s'y trouve confront�e de
mani�re autrement plus grave. Le Tanzanien moyen re�oit plus de piq�res
infectieuses chaque nuit que le Tha�landais ou le Vietnamien moyen n'en
re�oit au cours de l'ann�e.

En tant que fl�au social, la malaria co�terait � l'Afrique entre 3 et 12
milliards de dollars par ann�e. Selon une analyse �conomique, si la maladie
avait �t� �radiqu�e en 1965, le PIB serait sup�rieur de 35 % � ce qu'il est
aujourd'hui. L'Afrique a �galement �t� le point faible dans l'effort global
d'�radication : les responsables du PGE, s'estimant impuissants devant
l'ampleur du ph�nom�ne sur le continent, limit�rent leurs efforts �
l'Ethiopie, au Zimbabwe et � l'Afrique du Sud.

Cependant, si l'Afrique a en grande partie �chapp� � la campagne, elle n'a
pas �chapp� au DDT. De nombreux pays ont utilis� le DDT en pulv�risation
int�rieure, mais l'usage agricole du DDT en tant qu'insecticide demeure le
plus r�pandu. C'est pourquoi dans de grandes parties de l'Afrique de l'ouest
notamment, l'A. gambiae est largement r�sistant au DDT. Et m�me s'il ne
l'�tait pas, une campagne massive d'�radication obtiendrait peu de
r�sultats, �tant donn� l'efficacit� avec laquelle ce moustique transmet la
maladie. Par opposition � la majorit� des esp�ces d'anoph�les, A. gambiae
est sp�cialis� dans le sang humain, c'est pourquoi une population limit�e
suffirait � maintenir la maladie en circulation. Une mani�re d'�valuer le
probl�me est de consid�rer l' "index de transmission" (IT), c'est-�-dire le
nombre critique de piq�res de moustiques au-del� duquel la maladie se
perp�tue. En Afrique, l'index g�n�ral est de une piq�re par personne et par
mois. Cela suffit � maintenir la malaria en circulation. En Inde, � titre
de comparaison, l'IT est de 10 par personne et par mois.

Pour autant, l'Afrique n'est pas une cause perdue ; mais la cl� du progr�s
ne r�side pas simplement dans la suppression g�n�rale des populations de
moustiques. Pour remplacer la pulv�risation, les programmes africains les
plus prometteurs donnent aujourd'hui la priorit� aux moustiquaires de lit :
des filets anti-moustiques trait�s � l'insecticide, en g�n�ral un
pyr�thro�de, et suspendus au-dessus des lits. Les moustiquaires ne peuvent
�liminer la malaria, mais elles permettent de repousser la plupart des
attaques. Dans la mesure o� les esp�ces d'anoph�le se nourrissent
habituellement le soir et la nuit, une moustiquaire peut r�duire
radicalement le nombre de piq�res infectieuses re�ues par une personne.
Cette personne sera certainement infect�e de temps � autre, mais elle
pourra au moins mener une vie normale.

Les moustiquaires ont donc pour effet de limiter substantiellement les
ravages de la maladie. L'usage des moustiquaires pour les enfants a r�duit
de 25 � 40 % le taux de mortalit� d� � la malaria. Les niveaux d'infection
et les cons�quences des an�mies aggrav�es ont �galement r�gress�. Une �tude
r�cente a montr� qu'au Kenya, les m�res qui font usage de moustiquaires ont
tendance � donner naissance � des b�b�s plus sains. Dans certaines r�gions
du Tchad, du Mali, du Burkina Faso ou du S�n�gal, les moustiquaires
deviennent des ustensiles domestiques communs: en Gambie, la moustiquaire
est utilis�e par 50 � 80 % de la population.

Les moustiquaires ne sont pas pour autant une panac�e. Elles doivent �tre
utilis�es correctement et trait�es r�guli�rement � l'insecticide.
Reste le probl�me de la r�sistance � l'insecticide, m�me s'il est peu
probable que les moustiquaires soient � l'origine de cette r�sistance, les
pyr�thro�des �tant aussi abondamment utilis�s dans l'agriculture.
Cependant, les moustiquaires permettent de faire passer la malaria d'un
d�sastre chronique � un probl�me de sant� publique g�rable.

On en vient donc � regretter que dans la plus grande partie du centre et du
sud de l'Afrique, les moustiquaires demeurent une raret�. Il est plus
regrettable encore que dans 28 pays africains, elles soient sujettes � des
taxes ou vendues au tarif des marchandises d'importation. La plupart des
gens qui vivent dans ces pays ont de la peine � payer le prix d'une
moustiquaire quand bien m�me celle-ci ne ferait pas l'objet d'une taxe. Ce
probl�me a �t� trait� en mai 2000 dans la "D�claration d'Abuja", un accord
sur les maladies infectieuses ratifi� par 44 pays africains. La d�claration
comprenait une promesse de supprimer les "taxes sur la malaria".
Actuellement, il semble que 13 pays seulement aient agi dans ce sens, et
encore que dans certains cas, les taxes n'aient �t� que r�duites. Depuis la
signature de la D�claration, on estime entre 2 et 5 millions le nombre
d'Africains d�c�d�s des suites de la malaria.

Ces d�faillances dans la mise en oeuvre de la D�claration d'Abuja jettent
une lumi�re crue sur l'int�r�t encore port� au DDT. Parmi les 31 pays
signataires du trait� POP qui se sont r�serv� le droit d'utiliser le DDT en
cas d'urgence, 21 se trouvent en Afrique et parmi eux, 10 continuent de
taxer ou de contr�ler les prix des moustiquaires. (Parmi les pays africains
qui n'ont pas sign� le trait� POP, certains font certainement usage du DDT
tout en taxant les moustiquaires, mais leur nombre exact est difficile �
v�rifier, le statut du DDT utilis� n'�tant pas toujours clair.) Il est vrai
qu'il existe des arguments en faveur du DDT dans des situations telles que
celle que l'Afrique du Sud a connu en 1999 - un regain exceptionnel dans un
contexte de contr�le progressif.
Mais l'usage courant du DDT est une pratique inutilement toxique, surtout
lorsqu'elle a lieu au d�triment d'une technologie sup�rieure et autrement
moins nocive.

Apprendre � vivre avec les moustiques

Un groupe de chercheurs fran�ais a r�cemment publi� des r�sultats
encourageants relatifs � la d�couverte d'un nouveau traitement de la malaria
connu sous le nom de G25. Le m�dicament a �t� administr� � des singes aotus
et il semble qu'il ait �limin� les parasites qui infectaient leur syst�me.
Bien qu'il faille proc�der � des exp�riences compl�tes avant de savoir si le
m�dicament peut �tre administr� � l'homme, ces premiers r�sultats ont fait
na�tre l'espoir d'un rem�de � la maladie.

Il serait �videmment formidable que le G25 ou tout autre nouveau m�dicament
tienne ses promesses. Mais m�me en l'absence d'un rem�de, il existe des
possibilit�s de progr�s qui pourraient un jour faireappara�tre la malaria
dans sa forme actuelle comme appartenant � un �ge obscur et r�volu. Nombre
de ces possibilit�s ont �t� int�gr�es dans une initiative lanc�e en 1998 et
nomm�e campagne de Repli de la Malaria (RM), fruit de la collaboration entre
l'OMS, la Banque Mondiale,l'UNICEF et l'UNDP. Par opposition au programme de
l'OMS d'autrefois, la campagne RM r�sulte des efforts conjoints de l'OMS et
des diff�rents gouvernements africains et traite sp�cifiquement de la
malaria africaine. RM concentre son intervention au niveau des m�nages et de
la communaut�, travaillant � des changements modestes qui pourraient
produire � terme des progr�s majeurs. RM repose sur quatre "principes
op�ratoires" implicites destin�s � garantir l'efficacit� de l'approche.

1. La suppression de tous les tarifs et taxes et impos�s sur les
moustiquaires, les pesticides destin�s au traitement des moustiquaires et
les m�dicaments anti-malaria. L'absence d'action dans ce sens de la part des
gouvernements r�duirait d'autant leur cr�dibilit� lors de revendications
portant sur l'utilisation indispensable du DDT, et pourrait, le cas �ch�ant,
d�cr�dibiliser leurs demandes d'aide �trang�re destin�e � la lutte contre la
malaria.

2. La recherche de technologies appropri�es � une situation pr�cise. L� o�,
par exemple, l'usage de boue dans le repl�trage des murs cr�e � proximit�
des habitations des cavit�s qui se remplissent d'eau puis de larves
d'insectes, il est plus logique d'aider les gens � am�liorer la maintenance
de leurs habitations plut�t que de mettre en �uvre un programme qui
traiterait chacune des cavit�s � l'insecticide. Une technologie "convenable"
doit �tre � la fois financi�rement abordable et culturellement acceptable.
L'am�lioration de l'habitat devrait satisfaire � ces conditions, de m�me que
les moustiquaires. Mais il existe encore bien d'autres possibilit�s. Au
Kenya par exemple, une institution de recherche, le Centre International
pour la Physiologie et l'Ecologie de l'Insecte a identifi� au moins une
douzaine de plantes originaires d'Afrique de l'est qui, lors des tests en
laboratoire, repoussent l'Anoph�le gambiae. Certaines de ces plantes
pourraient �tre avantageusement acclimat�es dans les jardins priv�s.

3. L'utilisation de r�seaux existants quand c'est possible plut�t que la
cr�ation de nouveaux. En Tanzanie par exemple, un programme de sant� bien
implant� (Le Programme de Management Int�gr� des Maladies de l'Enfance de
l'UNICEF) distribue d�sormais des m�dicaments contre la malaria et explique
comment les administrer. Le programme de l'UNICEF �tait d�j� op�rationnel,
il �tait donc simple et bon march� de s'en servir pour relayer le traitement
anti-malaria. L'un des r�sultats apparents est la diminution des cas de
malaria aigu� et d'an�mie chez les enfants. En Zambie, le gouvernement
pr�voit de se servir des cliniques de sant� et des cliniques pr�-natales
afin de mettre sur pied un r�seau de distribution de coupons subventionn�s
permettant aux pauvres de se procurer des moustiquaires. Les patients
reconnus pourraient ainsi retirer ces coupons dans les cliniques et se
procurer en contrepartie des moustiquaires chez les marchands.

4. La reconnaissance qu'une politique sens�e implique une action sur
plusieurs fronts. La malaria n'est pas qu'un probl�me de sant� ; c'est un
probl�me social, �conomique, environnemental, agricole et de planning
urbain. Les responsables de la sant� ne peuvent pas s'attaquer au probl�me �
eux tout seuls. Lorsque la maladie survient, la tentation est forte (qui ne
l'a pas eue?) de recourir au spray et de pulv�riser les moustiques. Or si
cette solution suffisait, nous ne serions pas confront�s � la situation
actuelle. De fait, les perspectives de progr�s les plus s�duisantes ne
reposent pas sur notre capacit� d'innovation chimique mais sur notre
capacit� d'innovation organisationnelle, c'est-�-dire notre capacit� �
prendre conscience de la menace en y r�pondant par la mise en place d'un
large �ventail de politiques. Ainsi, quand les responsables gouvernementaux
discutent de l'octroi de subsides � des projets d'irrigation, ils devraient
se demander : la question de la malaria a-t-elle �t� prise en compte ?
Lorsque des donateurs �trangers �laborent des programmes de lutte contre la
pauvret�, ils devraient se demander : les gens ont-ils besoin de
moustiquaires ? Des enqu�tes de ce type, men�es r�guli�rement, pourraient
�tre d'une grande utilit� pour r�duire la maladie.

Et le DDT dans tout cela ? On n'aura plus besoin de lui, et c'est l�
l'essentiel. Nous avons maintenant un demi si�cle d'exp�rience qui prouve
que l'usage r�gulier du DDT ne l'emportera pas sur les moustiques. La
plupart des pays ont appris cette le�on et ont soit interdit ce produit,
soit r�serv� son utilisation � des situations d'urgence.
La campagne RM et les efforts qui lui sont associ�s montrent que la
fr�quence et l'intensit� de ces situations peuvent �tre r�duites, �
condition d'accorder une attention syst�matique aux aspects chroniques de la
maladie. L'usage du DDT se justifie de moins en moins souvent et l'inutilit�
d'y avoir recours r�guli�rement se fait de plus en plus apparente :
pourquoi, dans le but de contr�ler une maladie, devrions-nous empoisonner
nos sols, nos eaux et nous-m�mes ?