[e-med] Paludisme : les moustiques font de la résistance - 18 Août 2011 - IRD

Paludisme : les moustiques font de la résistance - 18 Août 2011 - IRD
http://www.ird.fr/toute-l-actualite/actualites/parutions-des-fas/paludisme-les-moustiques-font-de-la-resistance

Après une nette baisse du paludisme en Afrique ces dernières années, la
maladie connaît une recrudescence inquiétante. La mise en place de
nouveaux traitements très efficaces et la distribution de millions de
moustiquaires imprégnées d’insecticides ( 1) ont permis d’enrayer le
fléau. Mais des chercheurs de l’IRD et leurs partenaires ( 2) ont observé
un rebond du nombre de cas depuis fin 2010 dans le village de Dielmo, au
Sénégal. Deux effets parallèles se conjuguent : une baisse de la
prémunition ( 3) de la population et l’apparition de résistances chez le
moustique vecteur, Anopheles gambiae . Ces travaux, publiés dans la revue
The Lancet Infectious Diseases , montrent en effet qu’en 2010, près de 40
% des moustiques sont devenus résistants à la deltaméthrine ( 4),
l’insecticide utilisé pour l’imprégnation des protections.

Si les récents succès laissaient entrevoir la possibilité d’éliminer la
pandémie en Afrique, l’émergence de la résistance des anophèles repousse
probablement pour longtemps tout espoir d’une éradication. Cette étude
pointe à nouveau du doigt l’urgence de mettre au point un vaccin contre
l’infection, qui tue encore environ un million de personnes chaque année,
principalement en Afrique.

Les moustiquaires imprégnées constituent un excellent outil de prévention
contre le paludisme mais leur efficacité est désormais menacée.
Le paludisme est la maladie parasitaire la plus répandue au monde : entre
300 et 500 millions de personnes sont touchées par an, dont 90% sur le
seul continent africain où l’infection est la première cause de mortalité
des enfants de moins de cinq ans. Celle-ci est due au parasite Plasmodium
falciparum , transmis à l’homme par des moustiques appelés Anopheles
gambiae . Pour se préserver de ces derniers, les moustiquaires imprégnées
d’insecticide ( 1) demeurent à ce jour le meilleur moyen de lutte.
Distribuées à grande échelle en Afrique ces dernières années, ces
protections, conjuguées aux combinaisons thérapeutiques à base
d’artémisinine (CTA) administrées à partir de 2006 dans tous les pays
africains, ont permis de réduire considérablement la fréquence des
infections et le nombre de décès.

La maladie regagne du terrain
Une nouvelle étude menée par des chercheurs de l’IRD et leurs partenaires
( 2) dans le village de Dielmo, au Sénégal, publiée dans The Lancet
Infectious Diseases , assombrit les premiers résultats. Elle révèle en
effet une résurgence des cas depuis septembre 2010, soit un peu plus de
deux ans après l’arrivée dans le village en août 2008 des moustiquaires
imprégnées à la deltaméthrine ( 4). Du fait d’une moindre exposition à la
maladie grâce à ces protections, la prémunition ( 3) de la population a
diminué. La persistance de l’immunité acquise pendant la petite enfance
dépend de fait du maintien de l’exposition au paludisme par la suite.
Cette prémunition décroît quand l’exposition est réduite, entraînant une
augmentation des cas quelques années plus tard chez les enfants plus âgés
et les adultes.

Le moustique vecteur Anopheles gambiae développe des résistances aux
insecticides utilisés pour imprégner les moustiquaires. En parallèle, au
cours des deux premières années d’utilisation, les anophèles ont développé
des résistances au produit insecticide employé pour l’imprégnation des
moustiquaires. Les chercheurs montrent qu‘en 2010, 37 % sont devenus
résistants à la deltaméthrine. Ils notent également que la mutation
génétique appelée kdr , qui confère cette résistance, a augmenté de 8 % en
2007 à 48 % en 2010 dans la population de moustiques.

Depuis les années 1990, l’équipe de recherche étudie dans le village de
Dielmo la relation sur le long terme entre l’hôte – l’homme – et le
vecteur du paludisme. Ils effectuent une surveillance médicale quotidienne
des fièvres et chaque mois des captures de moustiques. Ils ont ainsi
constitué une base de données unique qui leur a permis d’effectuer cette
analyse historique de l’impact des différentes politiques sanitaires de
lutte contre la maladie.

Une résistance sur tous les fronts
Lavage d'une moustiquaire imprégnée De récents rapports dans d’autres pays
d’Afrique indiquent également que la résistance des anophèles aux
insecticides pyréthroïdes tels que la deltaméthrine est en forte hausse
sur le continent. Or il n’existe à ce jour que peu d’insecticides
alternatifs à la fois efficaces, peu coûteux et sans danger pour l’homme.

L’émergence de résistances aux insecticides chez les vecteurs mais aussi
aux traitements chez les parasites constitue un obstacle majeur au recul
de la maladie dans le monde et en particulier en Afrique. Après avoir été
endiguée dans de nombreux pays grâce à la chloroquine, l’apparition au
cours des années 1990 de parasites Plasmodium falciparum résistants à cet
antipaludique a multiplié par deux à six la mortalité selon les régions du
continent. Pour enrayer le phénomène, des combinaisons de molécules telles
que les CTA ont rapidement été déployées depuis 2006. Elles constituent
aujourd’hui le premier traitement dans tous les pays endémiques. Ainsi,
une autre étude de l’IRD en cours de publication montre que la mortalité
due au paludisme au Sénégal a été divisée par quatre depuis le
remplacement de la chloroquine par les CTA. Des résistances à
l’artémisinine ont été récemment rapportées en Amérique du Sud et en Asie
du Sud-Est*, mais pas encore en Afrique.

Si les CTA et les moustiquaires imprégnées restent à ce jour les meilleurs
outils de lutte contre le fléau, ces nouveaux travaux montrent que face à
l’émergence de résistances, les associer à un vaccin est indispensable
pour espérer éradiquer le paludisme.

* voir fiche d’actualité scientifique n° 378

1.Le procédé des moustiquaires imprégnées a été mis au point par des
chercheurs de l’IRD et du Centre Muraz au Burkina Faso. Ces protections
sont promues par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
2.Ces travaux ont été réalisés en partenariat avec l’Institut Pasteur de
Dakar au Sénégal, l’Institut Pasteur de Paris, l’Institut Pasteur de
Madagascar et le ministère de la Santé sénégalais.
3.La prémunition est le maintien de l'immunité grâce à la présence de
l'agent infectieux dans l'organisme.
4.La deltaméthrine est un des principaux insecticides utilisés pour la
lutte contre le paludisme en Afrique et est recommandé par l’Organisation
mondiale de la santé (OMS) pour l’imprégnation des moustiquaires.

Voir la fiche d'actualité No 381 dans son intégralité (fichier PDF)