[e-med] (8)Michel Sidibé exorte les Africains à produire leurs médicaments

Bonjour à tous(tes),

Tout à fait d'accord avec la citation de Mao (générique d'une citation
de Lao Tseu?): il faut mieux apprendre à pêcher qu'apporter le poisson...

Si on veux des professionnels locaux qui puissent faire face ne serait
ce qu'aux ruptures d'approvisionnement (et elles sont fréquentes), il
faut des qualifications et des débouchés: c'est à dire une production
locale.
La production pharmaceutique est de?termine?e par une grande importance du capital de technologie et de connaissances. L'expertise technique, en nombre et en compétence suffisante, est absolument critique. Le PED(pays
en voie de développement) impliqué dans la production pharmaceutique locale devrai nvestir dans la formation de pharmaciens, d'ingénieur, de techniciens, etc...).

Pour répondre à quelques interrogations:

1) Oui c'est rentable pour peu que l'unité de production sorte au moins
1 Md de doses à l'année (une presse à cp "sort" facilement 300 000
cp/heure).

2) Oui il faut s'appuyer sur toutes les organisations impliquées dans
l'accès aux MEG (médicaments essentiel génériques) notamment les BPF et
la pharmacopée de l'OMS et les ICH, car la qualité passe par les normes:
celles-ci ne sont pas un frein au développement mais un accélérateur
(C'est l'OMS qui doit pré-qualifier le site).

3) Oui, très peu d'API (active pharmaceutique ingredient) sont
produites en Afrique, cependant, c'est un comble que les dérivés de
l'Artémisine y soient produits puis ré-importés transformés en cp avec
l'amodiaquine; on peut remarquer un exemple de disponibilité d'API
disponible en local à Madagascar, celle de de l'artémisine : Bionexx est
une jeune socie?te? malgache cre?e?e en 2005. Elle a de?marre? une
activite? de culture et de purification de l'Arte?misia Annua, plante de
laquelle est extrait un principe actif permettant de lutter contre le
paludisme. Elle entre ainsi dans la composition d'une nouvelle
ge?ne?ration de me?dicaments contre le paludisme, qui pre?sente, pour le
moment, une alternative efficace aux monothe?rapies traditionnelles qui
ne parviennent plus a? venir a? bout du parasite. Ce projet s'accompagne
d'un vaste projet de petit paysannat, puisque l'entreprise ache?te l'AA
a? 6000 paysans (Antananarivo, Antsirabe, Fianarantsoa et à Toliara),qui
la cultivent pour la socie?te?.

C'est pour les retombe?es sociales et
environnementales e?videntes de ce projet, que l'AFD a choisi de
soutenir le de?veloppement de cette entreprise, en apportant une
garantie bancaire par l'interme?diaire du fonds ARIZ. Un partenariat
entre Bionexx et INDENA (leader mondial de l'extraction des principes
actifs a? partir de ve?ge?taux) a e?te? signe?; Cette entreprise
malgache dispose donc d'un acce?s privile?gie? a? SANOFI , NOVARTIS et
CIPLA qui recherchent des producteurs d'arte?misinine et qui ont mis une
option sur 4 ans de production. Les feuilles sèches sont achetés 750
Ariary/kg (1 kg donne 5 à 10g d'artémisinine).

La Fondation Clinton donne dans une publication « liste des prix des thérapies associées à base d'artémisinine (ACT ou artémesinine combinaison therapy): pour un pack de de 2x12 comprimés(enco-blister) avec 50m g d'artésunate + 153,1mg d'amodiaquine (combinaison recommandée parl'OMS) par comprimé on trouve un prix de 0,78$.

En reprenant les prix des API surle marché mondial on trouve 0,25$ pour le coût des API du pack, c'est à dire un facteur 3 pour amortir le façonnage (excipients, machine, personnel et marge); un achat local d'artésunate réduirait encore les coûts :on voit tout l'intérêt de maitriser au mieux l'accès aux API.
Là aussi l'OMS pourrait jouer un rôle dans la pré-qualification des
sources d' API.

4) Oui, c'est vrai que la Chine et l Inde sont incontournables mais pour
tout le monde, pas seulement les PED: juste un petit exemple: 90% du
paracétamol mondial est produit en Chine; la différence de qualité se
fait sur tous les contrôles qualité de la chaine de production de l'API
au cp final: c'est cela qui demande de la qualification que seule une
production locale peut apporter.

5) Oui l'Inde a "bénéficié" pour le développement de son industrie
pharmaceutique de conditions particulières qu'elle ne retrouvera plus,
elle se retrouve avec des problèmes de pollution que ne souhaite pour
personne (en pêchant le poisson local, pas la peine d' acheter de la
ciprofloxacine - comme quoi la citation de Mao...- mais, lorgnant sur
l'accès au marché des pays riches, elle risque d'appliquer plus
strictement les brevets qu'elle contournait allègrement pour
approvisionner son marché et celui des PED.

Jean Jacquemart