Conseil économique et social
ECOSOC/6385
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Conseil économique et social
Table ronde - après-midi
ECOSOC: LA MÉDECINE TRADITIONNELLE PEUT CONTRIBUER À L’AMÉLIORATION DE
LA SANTÉ DANS LES PAYS INDUSTRIALISÉS AINSI QU’À LA RECONNAISSANCE DES
COMMUNAUTÉS AUTOCHTONES, SELON DES PANÉLISTES
Le Conseil économique et social (ECOSOC) a tenu, cet après-midi une
table ronde, la première du genre, sur l’apport de la médecine
traditionnelle à la réalisation des objectifs internationaux de
développement liés à la santé publique mondiale.
Comme l’a indiqué la Présidente de l’ECOSOC, Mme Sylvie Lucas
(Luxembourg), ce thème de l’Examen ministériel annuel (EMA) de 2009 devrait
être repris lors du débat de haut niveau que le Conseil tiendra, en juillet
prochain, dans le cadre de sa session de fond à Genève, sur les tendances
d’évolution actuelles aux niveaux mondial et national et leurs conséquences
pour le développement social, y compris la santé publique.
Comme l’ont noté les participants à la table ronde, et comme l’a
souligné la Présidente de l’ECOSOC dans ses remarques liminaires, la
médecine traditionnelle est un domaine dans lequel les pays en développement
ont des connaissances et un savoir considérables. La médecine
traditionnelle, ont-ils dit, constitue une source d’espoir pour les efforts
visant à améliorer la situation sanitaire dans le monde. Elle est pratiquée
par tous les pays de la planète, 80% de la population des pays d’Asie et
d’Afrique y recourant régulièrement, ont fait observer les intervenants.
Les participants ont insisté sur le fait que les pays industrialisés
pouvaient tirer parti de l’expérience des pays en développement. Ils ont
plaidé, à cette fin, pour une orientation de la vogue des médecines douces
dans le sens d’une revalorisation des relations entre le monde occidental et
les communautés autochtones, principales détentrices des savoirs médicaux
traditionnels. En outre, pour les panélistes et les États membres, il ne
faut pas oublier que la plupart des plantes utilisées à des fins
thérapeutiques se trouvent dans des territoires autochtones. C’est
pourquoi, ils ont demandé que le rôle que jouent les peuples autochtones
pour protéger ces ressources soit renforcé par des mesures politiques prises
au niveau international.
Mme Xiaorui Zhang, Coordonnatrice pour la médecine traditionnelle, au
Département médicaments essentiels et politiques pharmaceutiques de
l’Organisation mondiale de la santé (OMS), a expliqué que l’objectif de
l’OMS était de promouvoir l’intégration de la médecine traditionnelle dans
le contexte du renouvellement des politiques de santé publique des États
Membres. Ce faisant, les pays reconnaissent l’importance du lien entre
l’histoire et la pratique médicale des communautés autochtones, a-t-elle
dit.
La médecine traditionnelle, aussi variée soit-elle dans ses
manifestations techniques, est toujours basée sur les croyances et les
expériences autochtones, a encore dit Mme Zhang. Prenant l’exemple de
l’acupuncture, « thérapie traditionnelle chinoise de soins primaires », elle
a noté qu’elle était désormais largement utilisée dans les pays occidentaux,
en tant que médecine alternative ou complémentaire. « La circulation entre
les cultures existe », a-t-elle affirmé, soulignant qu’en 2003, les ventes
en Europe de plantes médicinales avaient généré plus de 3 milliards d’euros
de bénéfices.
Mme Zhang a ajouté qu’en vue d’intégrer la médecine traditionnelle dans
les systèmes de santé conventionnelle, il faudrait d’abord que le savoir et
les praticiens dans ce domaine soient reconnus. Elle a estimé que l’accent
devrait être mis sur l’élaboration de lois et réglementations pour contrôler
le commerce des produits et pallier le manque de ressources dans le secteur
de la recherche et de la formation. « En 2007, 48 États Membres indiquaient
qu’ils avaient adopté une stratégie d’intégration », a précisé Mme Zhang,
alors qu’ils n’étaient que cinq en 1990. Elle a conclu en disant que la
présence d’instituts nationaux de recherche sur la médecine traditionnelle
était un excellent moyen d’avancer sur la voie de la cohabitation, dans un
système unique, des deux types de médecine, traditionnelle et
conventionnelle. « De l’avis de tous, cette cohabitation contribuerait à
l’amélioration du bien-être du public », a-t-elle dit.
M. Anthony Taubman, Directeur de la Division des questions mondiales de
propriété industrielle et du Programme des sciences de la vie de
l’Organisation mondiale de la propriété (OMPI), a estimé qu’au-delà de ses
aspects juridiques, la question de la protection des savoirs médicaux
traditionnels était d’abord une question de respect. « C’est un respect
envers des connaissances et même des systèmes de pensée vastes, et envers un
patrimoine vivant et d’authentiques gardiens de types de médecine qui ont
beaucoup à nous apprendre », a-t-il dit. M. Taubman a indiqué que la forte
demande de médecine traditionnelle dans les pays occidentaux était une
occasion à saisir pour revaloriser la relation entre pays industrialisés et
communautés autochtones. « Pour cela, il faut que les retombées de l’essor
des médecines dites douces soient partagées entre les compagnies
occidentales et les détenteurs du savoir traditionnel, trop souvent laissés
à l’écart », a ajouté M. Taubman.
Le représentant de l’OMPI a en outre souligné que la mise au point de
nouveaux médicaments, dérivé des plantes médicinales, à l’instar par exemple
de l’aspirine, ne pouvait être possible que si les communautés reçoivent la
garantie qu’elles toucheront les dividendes de tels processus de
transformation. Il a appelé à la protection des droits des autochtones, à
la mise en œuvre de mesures de sauvegarde contre le mésusage commercial des
plantes et de mécanismes légaux réglementant la diffusion de ces dernières.
« Il faut également éviter la surexploitation et renforcer les modalités
d’authentification des produits par le biais de licences », a poursuivi le
représentant de l’OMPI. Enfin, M. Taubman a indiqué que l’OMPI se référait
à l’article 31 de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des
peuples autochtones, dans le cadre de sa réflexion sur les principes devant
guider, au plan international, la protection des savoirs médicaux
traditionnels. Il a évoqué la possibilité qu’un document international
juridiquement contraignant soit adopté dans les années à venir.
Mme Myriam Conejo, Coordonnatrice du Centre de santé « Jambi Huasi » et
représentante autochtone équatorienne, a déclaré que les plantes, selon les
croyances de sa communauté, étaient dotées de plusieurs pouvoirs. « Les
plantes parlent et ont un sexe, elles révèlent des destinées et ont le
pouvoir supérieur de soigner », a-t-elle dit. Mme Conejo a signalé que la
visée du centre était de promouvoir une approche interculturelle de la
santé, par laquelle sont dispensés des soins appropriés à la vision du
cosmos des peuples autochtones de la région. Pour pouvoir revaloriser la
pratique de la médecine traditionnelle aux côtés des soins de santé plus
conventionnels, il faut poursuivre la lutte contre les préjugés, a-t-elle
dit, ajoutant que son propre peuple considérait la personne malade dans son
entièreté. « Une personne qui souffre physiquement n’est jamais réductible
à une pathologie, car si une personne souffre d’une gastrite, le sage doit
envisager cela dans le contexte plus général de sa vie personnelle et
sociale », a indiqué Mme Conejo. Elle a indiqué que son centre, après des
années de lutte, fonctionnait à présent grâce à l’action conjointe des
médecins conventionnels et des sages autochtones, « en particulier dans le
domaine des soins obstétriques ».
La représentante de la Chine est intervenue pour demander que la
communauté internationale, par le biais des Nations Unies, accorde une
meilleure attention à la médecine traditionnelle, objet de rejets et
suspicion. La Bolivie a mis en avant la protection des savoirs et modes de
vie des communautés andines, respectées dans le monde entier pour l’ampleur
de leurs connaissances des effets thérapeutiques des plantes médicinales.
La vision cosmique andine se perd dans une histoire millénaire, au cours de
laquelle elle a contribué au développement des traitements de la paralysie,
de la cécité et des troubles mentaux. Ce sont ces communautés, a dit le
représentant bolivien, qui ont inventé la quinine, une substance qui a
permis de sauver des milliers de vies lors de la construction du canal de
Panama, une entreprise menacée par une épidémie de paludisme. Le
représentant a souhaité que la feuille de coca, élément de base de la
médecine traditionnelle bolivienne, ne soit plus assimilée à un stupéfiant.
En l’état, cela revient à nier la portée des usages naturels de la feuille
de coca, a-t-il estimé. De son côté, le délégué du Brésil a préconisé de
faire en sorte que la médecine traditionnelle, « un bien commun potentiel »,
ne devienne pas, par le jeu des brevets, la seule propriété de la médecine
occidentale. Un débat sur cette question doit être intégré et soutenu
politiquement, a-t-il dit, appelant à une coordination accrue entre l’OMS et
l’OMPI. La représentante de la République du Congo, a appelé, quant à elle,
au renforcement des initiatives de préservation des écosystèmes, sachant
que les effets des changements climatiques menacent de plus en plus la
flore, « dont est tiré l’essentiel des plantes médicinales ».
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