Approvisionnement des médicaments Sida au Bénin: le panier commun, loin d’être une réalité
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Dans le processus de mise en œuvre de la feuille de route proposée par
l’Organisation mondiale de la santé (Oms) depuis 2009 pour une meilleure prise en
charge de Personnes vivant avec le Vih/Sida au Bénin, il est prévu la mise en
place d’un panier commun des ressources. L’objectif de ce panier est de régler
progressivement la question des ruptures de stocks de médicaments, notamment des
Antirétroviraux (Arv) et autres réactifs. Malheureusement, on en est encore très
loin.
L’un des dix points de la feuille de route propose en effet, la mise en place
d’un panier commun des ressources des partenaires et structures qui financent
l’achat des médicaments. En d’autres termes, le panier commun est une cagnotte
qui devrait être centralisée au niveau de la Centrale d’achat des médicaments
essentiels et consommables médicaux (Came). L’objectif à terme, est de permettre
au ministère de la Santé de maîtriser le processus d’acquisition des
médicaments, mais surtout, par l’entremise de la Came, d’être plus efficace.
Que ce soit le Fonds mondial, la Banque mondiale, la Fondation Clinton ou le
Programme national de lutte contre le Sida (Pnls), chacune de ces structures y
participerait selon la disponibilité de ses prévisions, plutôt que de continuer
à poursuivre les acquisitions individuellement. Ainsi, ils agiraient ensemble dans
la chaîne d’approvisionnement par la mise en commun de leurs ressources
financières, et dans la validation des procédures d’acquisition et de suivi. Ce
qui permettra par ailleurs d’associer et de rassembler les ressources
financières, en vue d’une plus grande célérité dans les processus
d’acquisition.
L’existence d’un tel panier commun aiderait également à contourner les
contraintes de délais de fabrication par le regroupement des commandes d’une
part, et à régler l’épineux problème des lourdeurs administratives
(procédures lourdes et longues de passation des marchés), d’autre part.
Cependant, force est de constater qu’on est encore loin de la mise en place d’un
tel mécanisme. La mission de l’Oms qui a appuyé le ministère de la Santé dans
l’élaboration de la feuille de route, a recommandé entre autres, la mise en
place d’un « mécanisme de suivi des engagements sur ce panier commun », un
système d’audit/évaluation et la validation des procédures de la Came pour les
achats par tous les partenaires.
Selon l’échéancier prévu, depuis janvier 2010, le mécanisme du panier commun
devrait déjà être validé par le Cabinet du ministère de la Santé. De nos
investigations, il ressort qu’aucune avancée notable ne peut être signalée,
dans le sens de la mise en œuvre du panier commun de ressources pour
l’acquisition des médicaments. Toutes les démarches auprès des structures
concernées pour en savoir plus, sont restées sans suites. Au niveau de la Centrale
d’achat des médicaments essentiels (Came), structure au cœur du mécanisme,
personne ne veut se prononcer. On se ferme à toute demande d’entretien ou
d’informations sur la question.
Des conséquences notables
Les conséquences du non-respect des recommandations de la mission de l’Oms,
notamment de la non-mise en place du panier commun des ressources, ce sont les
ruptures d’Arv et de réactifs que le Bénin a connues en 2010 et 2011. Ces
ruptures dues à l’absence de coordination des ressources financières dévolues
à l’acquisition de ces Arv et réactifs peuvent être évitées. La
disponibilité des Arv étant plus sensible que pour tous les autres produits
concernés par la feuille de route, l’impact de la non mise en œuvre de cette
feuille de route sur la qualité de la prise en charge, et la situation
épidémiologique du Vih/Sida au Bénin est direct et évident. Selon les dernières
études sur le Vih/Sida au Bénin, on est en situation d’épidémie mixte sur le
plan de l’évolution épidémiologique, et il y a persistance de comportements à
risques chez des sous-populations sous surveillance qui alimentent l’épidémie.
Si des dispositions idoines au plan politique et sanitaire ne sont pas prises à
temps, les nouvelles infections deviendront plus importantes, et la prévalence plus
élevée d’année en année. Et ce, par le simple fait que la mauvaise qualité de
la prise en charge découragerait les dépistages et désespèrerait les personnes
vivant avec le Vih/Sida. En outre, le budget national ne consacre que 142 millions
de francs Cfa, jusqu’là pour la lutte contre le Vih/Sida, et la prise en charge
des Pvvih. Or, près de 21 000 personnes au Bénin sont sous Arv, dont les 60% sont
en première ligne. La prise en charge des premières lignes coûte près de 1,5
milliards de francs Cfa par an. L’Onusida tire donc la sonnette d’alarme et
demande à l’Etat de prendre enfin en charge les premières lignes. Il faut une
volonté politique pour que les choses changent réellement, et en cela le rôle du
Comité national de lutte contre le Sida est important. Il urge de prendre le
taureau par les cornes.
Wilfrid Noubadan
(Enquête réalisée avec l’appui de Ceradis -Ong)
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Réseau Accès aux Médicaments Essentiels (RAME)