(Pour en savoir plus :
Who's Afraid of Peer Review?
Science 4 October 2013:, Vol. 342 no. 6154 pp. 60-65, DOI:
10.1126/science.342.6154.60
John Bohannon
<http://www.sciencemag.org/search?author1=John+Bohannon&sortspec=date&submi
t=Submit>
http://www.sciencemag.org/content/342/6154/60.full
Liste des éditeurs prédateurs : List of publishers - Scholarly Open Access 2023
et le blog de l'auteur sur Libération :
http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2013/10/open-access-du-rêve\-au\-cau
chemar-.html
Extrait : "regardons le comité éditorial et l'advisory board du Journal of
Natural Pharmaceuticals <jnatpharm.org; (du groupe Medknow
company, basé à Bombay en Inde et qui possède déjà 270 revues, acheté par
le groupe géant néerlandais Wolters Kluwer
<http://www.wolterskluwer.com/Pages/Home.aspx> en 2011, ce qui montre que
le modèle prédateur peut s'intégrer aux géants de l'édition scientifique,
brouillant les cartes et mêlant sérieux et pas sérieux). Ce journal qui a
accepté l'article bidon d'Ocorrafoo Cobange affiche à son comité éditorial
une étrange liste composé de noms turcs pour l'essentiel, mais aussi dans
son advisory board Marie-Aleth Lacaille-Dubois, de l'Université de
Bourgogne, bardée de titres et experte à l'AERES
<Bienvenue sur AERES - AERES-Evaluation; (ici
<http://sciences.blogs.liberation.fr/files/lacaille--dubois-cv-2aeres-1.pdf
son CV), l'Agence chargée d'évaluer la qualité scientifique des
laboratoires français."
Inquiétant...
CB)
Bévues scientifiques en libre accès
Par Sylvestre Huet 4 octobre 2013 à 20:46
http://www.liberation.fr/sciences/2013/10/04/bevues-scientifiques-en-libre-
acces_937158
Pour dénoncer le fonctionnement de revues gratuites, «Science» a tenté de
les piéger en soumettant à 304 d¹entre elles des articles pleins
d¹erreurs. Elles sont plus de la moitié à avoir accepté.
Il n¹y a pas d¹Institut Wassee de médecine à Asmara, capitale de
l¹Erythrée. Un certain Ocorrafoo Cobange, chercheur en pharmacie, ne peut
donc pas y conduire des recherches. Surtout qu¹il n¹existe pas lui non
plus. Pourtant, son article sur les propriétés anticancéreuses d¹une
molécule extraite d¹un lichen a été accepté par le Journal of Natural
Pharmaceuticals, une revue scientifique en open access (d¹accès gratuit à
la lecture sur Internet). Et où l¹auteur paye pour être publié. Plus
grave, 157 revues scientifiques de ce type, sur 304 sollicitées, ont
accepté des articles similaires, lardés de chiffons rouges, avec des
contradictions entre graphiques et chiffres, erreurs de méthodes
flagrantes, et signés par de faux noms de chercheurs et de laboratoires.
Cette histoire abracadabrante était racontée hier par John Bohannon, dans
la revue Science, éditée par l¹American Association for the Advancement of
Science et l¹une des plus respectées dans les laboratoires. Elle sert de
tremplin à un article sur les dérives des revues en open access qui va
faire l¹effet d¹une bombe parmi les chercheurs.
Confiance. L¹auteur y relate cette curieuse expérience - envoyer un faux
article à plus de 350 journaux scientifiques en open access pour tester le
sérieux de «la revue par les pairs», puisque l¹article est censé être
soumis pour avis à des spécialistes avant publication. Or, ils sont
massivement tombés dans le piège, montrant qu¹ils pouvaient publier de la
science médiocre ou frauduleuse et fausse.
Le cauchemar raconté par Bohannon n¹a rien d¹un épisode de vie de labo
réservé aux chercheurs. Il concerne les gouvernements et les citoyens
souhaitant prendre des décisions fondées sur la science. Il touche la
confiance que l¹on trouve dans l¹exercice du Giec - Groupe d¹experts
intergouvernemental sur l¹évolution du climat - dont le dernier rapport se
flatte d¹être fondé sur des publications scientifiques. Les agences de
sécurité sanitaire jugent aussi de la dangerosité d¹un médicament ou d¹un
produit chimique sur la base de ces revues. Si ces dernières ne sont plus
dignes de confiance, que reste-t-il pour prendre des décisions ? La foi,
les augures ?
L¹histoire racontée par Science concerne le tournant pris il y a une
décennie par le monde scientifique : publier de plus en plus ses
recherches en open access afin qu¹elles soient en accès gratuit, sur
Internet, pour la critique des pairs et l¹information de tous. Un tournant
soutenu par la Commission européenne.
Pour les scientifiques, il s¹agit de desserrer l¹étau des revues privées
qui ont dévoré la plupart de celles éditées par les sociétés savantes.
Ainsi, regrette le professeur au Collège de France Edouard Bard,
l¹American Geophysical Union a livré toutes ses revues à l¹éditeur Wiley.
Cette privatisation massive a créé des mastodontes comme Elsevier, qui ont
fait exploser les prix, étranglé les bibliothèques universitaires et
réalisé d¹importants profits.
En réaction, les chercheurs ont fait un «rêve», explique Jean-Claude
Guédon, historien des sciences à l¹université de Montréal. Ce rêve d¹une
diffusion sans contrainte emprunte deux voies : «la verte et la dorée»,
précise-t-il. La première consiste à déposer les articles sur des sites
gratuits et institutionnels (HAL en France), pour la critique par les
pairs, avant et après publication. La seconde prévoyait un financement qui
pouvait être le paiement par l¹auteur de l¹article ou son laboratoire. Au
début, personne n¹y a vu malice. Mais, explique Guédon, des «éditeurs
prédateurs, parfois dotés d¹adresses bidon aux Etats-Unis, ont pollué le
système mondial de l¹édition scientifique en profitant de l¹open access
pour faire la publicité de pseudo-revues scientifiques».
À la va-vite. Ces prédateurs ont pris une ampleur considérable, montre une
liste noire tenue par Jeffrey Beall (université du Colorado, Denver).
Parmi ces groupes, Hindawi (Egypte), ou Scientific Research (Chine). Ils
ont monté à la va-vite des milliers de revues en inondant les
scientifiques de pourriels leur demandant d¹intégrer un comité éditorial,
de proposer ou de relire un article. Des scientifiques réagissent«en
mettant en place des filtres pour les rejeter», raconte Bernard Legras
(laboratoire de météorologie dynamique, CNRS). Mais des milliers de
chercheurs, «paniqués», explique Guédon, à l¹idée de ne pouvoir publier et
donc d¹être mal évalués pour leur carrière, ou espérant redorer leur CV,
participent à ce système pourri, sans toujours prendre conscience du
Danger.
La bombe lancée par Science contre un type de revue en libre accès ne doit
pas faire oublier que l¹accès libre aux résultats de la recherche et la
possibilité de publier alors que le nombre de chercheurs explose dans les
pays émergents demeurent des objectifs majeurs de l¹organisation de la
science mondiale. Le financement et la qualité des revues en sont l¹un des
défis qui restent à relever.
Par Sylvestre Huet