(j'en reçois et pour l'instant, je ne suis pas tombée dans le piège d'en poster sur e-med! Méfiance !
Attention aussi aux fausses conférences... CB)
Les journaux « prédateurs » à la manÅuvre
LE MONDE SCIENCE ET TECHNO | 06.10.2015 Ã 13h00 | Par Pascale Santi
Imaginez. Un chercheur est sollicité par une revue appelée Journal of Pharmacology and Pharmacovigilance, ou encore Oncotarget, Jupiter ou Cresco, pour faire partie du comité éditorial ou pour soumettre un travail, etc. La proposition mérite dâêtre étudiée. Mais pourtant, derrière ces titres parfois ronflants se cachent des adresses «âbidonsâ», aux Etats-Unis ou au Canada⦠Ce sont des revues dites «âprédatricesâ».
Ce phénomène prend de lâampleur, comme en témoigne lâétude parue jeudi 1er octobre dans la revue BMC Medicine. Pas moins de 420 â000 articles ont été publiés sur la Toile par ces « journaux prédateursâ» en 2014, soit huit fois plus quâen 2010 (53 â000), dans environ 8â 000 titres actifs (11â873 avaient en réalité été repérés, mais 33 % nâétaient pas actifs), alors quâon nâen comptait que 1â800 en 2010. La majorité (38â%) étaient des articles généraux, suivis par des études en technologie (23â%) et en biomédecine (16â%).
Un chiffre à comparer au 1,5 million Âdâarticles répertoriés sur le site de données bibliographiques PubMed. Et aux 10 â600 journaux que comptait, au premier semestre 2015, lâAnnuaire des revues à accès ouvert (DOAJ, ou Directory of Open Access Journals), créé en 2003 par lâuniversité de Lund (Suède). Cet annuaire, qui référence toutes les revues scientifiques acceptant de laisser leur Âcontenu en accès libre, a dâailleurs dû récemment rétracter des contenus.
«âPublier ou périrâ»
Apparus il y a environ cinq, six ans, des «âéditeursâ» désireux de gagner de lâargent ont créé des maisons dâédition fictives et des comités de rédaction fictifs également, en Âcopiant des revues sérieuses existantes, ou non, et en attirant des chercheurs en leur promettant de les publier rapidement. Le Âsystème classique dâexamen par les pairs (peer review) nâexiste pas dans ces revues Âprédatrices, qui sont peu regardantes sur la qualité scientifique des travaux soumis. Ces éditeurs peu scrupuleux ont profité de lâessor de lâopen access en science et de cette injonction permanente faite aux chercheurs, le Âfameux adage «âpublier ou périrâ».
Surtout, les auteurs paient pour publier. En moyenne 178 dollars (158 euros) par article, pour un délai de publication de deux à trois mois, selon lâétude menée par Cenyu Shen, de lâécole dâéconomie Hanken, à Helsinki, avec son collègue Bo-Christer Björk. Pour estimer le nombre de journaux en question, ils sont partis du travail de Jeffrey Beall, documentaliste à lâuniversité de Denver (Colorado), qui répertorie ces revues prédatrices à lâaide de 48 critères, sur son blog Scholary Open ÂAccess. Ils évaluent ce «âmarché parallèleâ» à 74 millions de dollars et ont identifié que 27 % des auteurs étaient basés en Inde. «âCe marché est fortement concentré sur des pays en Âdéveloppementâ», commente Cenyu Shen.
Quel recours en cas de problèmeâ? Pas Âsimple. Cenyu Shen parle de «âzone griseâ». En Âeffet, bien souvent, le journal en cause nâa pas dâadresse physique, possède un compte dans les îles Caïmans, etc. Seul recours, selon Shen, mettre les mails à la poubelle et ne pas référencer les revues. «âLe risque est de voir ces revues indexées par la bibliothèque Google Scholarâ», sâinquiète Jeffrey Beall, qui voit dans ce Âphénomène «âun grave problème pour la scienceâ». Et dâajouterâ: «âNous entrons dans lâère de la pseudoscience.â»
Autre cas, la revue Fourrages, publiée par lâAssociation française pour la production fourragère, a été piratée et copiée par un site en anglais qui ressemblait à sây méprendre au site de la revue en français. Elle a contacté les auteurs habituels de la revue. «âLes âpiratesâ utilisent souvent la même maquette, parfois la même police de caractère, recrutent des secrétaires de rédaction qui vont chercher les e-mails des chercheurs, à tel point quâil est parfois difficile de sây retrouverâ», décrit Hervé Maisonneuve, professeur associé de santé publique à Lyon, qui a relaté en juin ce cas sur son blog Rédaction médicale et scientifique. «âJe suis sollicité chaque semaine pour ce type de questionsâ», dit Hervé Maisonneuve, qui voit là «âun vrai danger pour la scienceâ». Récemment, on a même vu apparaître des congrès prédateurs.