Cameroun: Controverse autour de la pilule du lendemain
Jacques Kaldaoussa
19 Avril 2011
http://fr.allafrica.com/stories/201104190970.html
La vente conditionnée de ce contraceptif suscite la polémique, aussi bien
chez les médecins que les usagers. Ces derniers temps, la demande en
contraceptifs d'urgence, communément appelés pilule du lendemain, a
fortement augmenté dans la région de l'Extrême-Nord. Le constat est fait par
l'Ordre régional des pharmaciens qui, au cours d'une assemblée générale
houleuse, a simplement conditionné son achat par la présentation en bonne et
due forme d'une ordonnance délivrée par un médecin.
De l'avis du Dr Isaac Noumbissi, président de l'Ordre régional, «la vente a
vraiment explosé ces derniers temps et, comme la prise abusive et souvent
désordonnée de ce contraceptif présente des dangers pour la santé de ceux
qui en font usage, nous avons simplement jugé utile que son achat soit
conseillé par un médecin, après consultation».
Il précise toutefois : «Nous ne pouvons interdire à un pharmacien de vendre
un médicament, mais parce que notre rôle est la bonne santé des patients,
nous voulons seulement réglementer sa prise et les mettre à l'abri du
danger. C'est comme tous les médicaments, dont la prise est conseillée par
un médecin».
Une mesure qui n'est cependant pas du goût de certains pharmaciens. Une
source ayant requis l'anonymat pense ainsi qu'«on ne doit pas oublier que
c'est un médicament en vente libre, et qui ne devrait pas faire l'objet
d'une restriction quelconque.
Seulement, le président de l'Ordre a pesé de tout son poids, après des
discussions houleuses, pour qu'on parvienne à cette décision. A mon avis, il
ne devrait pas en être ainsi».
La plupart des 13 pharmaciens exerçant dans la région, interrogés sur la
question, avouent être du même avis. Ils continuent de servir
clandestinement les demandeurs, sans ordonnance médicale.
«La délivrance de la pilule du lendemain, dont une des spécialités est
Norlevo, ne devrait pas faire débat. La délivrance est libre. Si des
pharmaciens conditionnent la délivrance de la pilule du lendemain - qui est
un contraceptif d'extrême urgence - à la présentation d'une ordonnance, ce
serait un comportement isolé dans un système qui se veut scientifique et
organisé», affirme le Dr Vandi Deli, pharmacien.
Selon lui, le fait que «la délivrance de la pilule du lendemain soit
conditionnée par la présentation d'une ordonnance médicale est étonnant,
d'autant plus que c'est une décision qui devrait émaner des autorités
sanitaires».
L'inquiétude gagne aussi les usagers. «On dit bien qu'il s'agit d'une pilule
d'urgence, qui ne protège plus après 72 heures. Mais il faut qu'on se fasse
consulter par un médecin avant d'aller en acheter :
on ne voit plus d'urgence à cela, avec toutes les tracasseries que cela
comporte de voir un médecin qui n'existe même pas dans le coin. Dans le
vaste arrondissement de Mindif, par exemple, on n'a que 2 médecins qui ne
sont pas tout le temps sur place.
S'il faut faire recours au médecin et voyager après pour aller acheter un
contraceptif à Maroua, je ne pense pas qu'on parlerait encore de pilule du
lendemain», se plaint Hanatou Ibrahim, une jeune fille. Sa copine, Arlette,
ne comprend pas pourquoi cette mesure ne s'applique qu'à la région de
l'Extrême-Nord.
«Est-ce à dire que, dans notre région, on est sexuellement plus désordonnés
qu'ailleurs ? Cela ne me coûte rien, d'aller me ravitailler à Garoua et d'en
garder pour d'éventuels besoins», avance-t-elle.