Des moustiques programmés pour vacciner
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Par Pauline Fréour
23/03/2010 | Mise à jour : 16:55
Une équipe de chercheurs japonais est parvenue à modifier génétiquement un
moustique pour qu'il diffuse un vaccin lorsqu'il pique une souris. Une
expérience qui soulève de nombreuses questions pratiques et éthiques.
L'idée aurait de quoi faire rêver : au lieu de véhiculer des maladies graves
(paludisme, dengue, fièvre jaune), les moustiques, modifiés génétiquement
par l'homme, transmettraient aux individus qu'ils piquent le vaccin contre
cette même maladie. Et chaque nouvelle piqûre, loin de s'avérer dangereuse,
viendrait renforcer la défense immunitaire de la personne «piquée». Une
méthode «peu coûteuse et non douloureuse», résume le Dr Yoshida, qui a mené
l'étude scientifique publiée dans la revue Insect Molecular Biology.
Ce scientifique japonais de la Jichi medical university est parvenu à
concrétiser dans son laboratoire une théorie caressée, selon lui, depuis une
dizaine d'années par les chercheurs. Pour cela, il a introduit un gène chez
un moustique pour qu'il produise dans sa salive la molécule SP15 permettant
d'immuniser contre une maladie tropicale grave, la leishmaniose.
Particulièrement virulente en Afrique du Nord, au Moyen-Orient et dans le
Sahel, la leishmaniose, également présente à moindre échelle dans le sud de
la France, concernerait 12 millions de personnes dans le monde et peut
s'avérer mortelle ou causer de graves lésions cutanées.
Les chercheurs ont ensuite mis ces moustiques génétiquement modifiés en
contact avec des souris. Piquées à de nombreuses reprises par l'insecte qui
se nourrissait de leur sang, celles-ci ont développé des anticorps contre la
leishmaniose, sur le modèle d'un vaccin classique, qui, en introduisant à
très faible dose l'agent infectieux dans le corps, lui apprend à organiser
sa défense immunitaire. Le moustique, par le biais de sa salive, avait bel
et bien joué son rôle de «vaccinateur volant».
Dans le labo seulement
«C'est une idée originale, remarque le Dr Jean Beytout, chef de service des
maladies infectieuses au CHU de Clermont-Ferrand. Jusqu'à présent, on avait
plutôt tenté de faire de la sélection génétique sur les moustiques vecteurs
de maladie, afin de réduire leur nombre ou leur dangerosité».
La prouesse de l'équipe japonaise reste néanmoins expérimentale et ne vise
pas à être étendue à plus grande échelle. L'équipe du Dr Yoshida reconnaît
elle-même plusieurs obstacles à cela. Non seulement il semble impossible de
doser la molécule inoculée aux individus par les insectes, mais rien ne
permet en outre d'assurer que le même insecte ne transmettrait pas, dans le
même temps, une autre maladie, comme le paludisme ou la fièvre jaune. A cela
s'ajoutent des considérations éthiques, puisqu'on se trouverait dans
l'incapacité de s'assurer que la personne est d'accord pour se faire
vacciner.
«Au final, cette étude trouve surtout son intérêt dans les pistes qu'elle
ouvre pour les recherches sur le paludisme, résume le Dr Beytout. Elle
souligne en effet le rôle essentiel de la salive de moustique du moins, de
certains de ses composants pour favoriser la pénétration de la molécule
immunisante dans le sang».