[e-med] Un vaccin prometteur contre la grippe aviaire

Un vaccin prometteur contre la grippe aviaire
Épidémie Une protection vaccinale contre le H5N1 a été testée avec succès
sur des souris. En cas de pandémie, elle pourrait être produite six fois
plus vite que les produits existants.
Jean-Michel Bader
[02 février 2006]
http://www.lefigaro.fr/sciences/20060202.FIG0110.html?084146

LA MISE AU POINT d'un vaccin efficace contre le H5N1, avec le stockage de
médicaments antiviraux, est une des avancées qu'appellent de leurs voeux
tous les gouvernements dans leur lutte contre la future pandémie de grippe
aviaire promise par les experts. Cela tombe bien : The Lancet publie
aujourd'hui un essai prometteur d'un prototype de vaccin contre le H5N1
réapparu en 1997 à Hongkong et responsable de l'épizootie actuelle en Asie
du Sud-Est et en Turquie. Suryaprakash Sambhara, chercheur aux centres de
contrôle et de prévention des maladies (CDC) d'Atlanta et Suresh Mittal de
la Purdue University (Indiana) annoncent avoir réussi à développer un vaccin
pandémique, par génie génétique, contre plusieurs souches distinctes de H5N1
chez la souris. Ce virus influenza aviaire hautement pathogène a déjà été
responsable d'au moins 152 cas humains confirmés par des laboratoires de
référence, avec une mortalité supérieure à 50% depuis janvier 2004.

Un réassortiment génétique entre un virus aviaire et un virus humain, ou des
mutations ponctuelles du virus H5N1 aviaire épizootique actuel pourraient
produire une nouvelle souche virale. Un tel virus capable de transmission
interhumaine pourrait provoquer une pandémie, dans une population naïve sur
le plan immunologique (qui n'aurait jamais été en contact avec lui).

Doses répétées et concentrées

Pour lutter contre le virus H5N1, les vaccins développés et évalués jusqu'à
présent, n'ont malheureusement pas été très protecteurs chez les sujets sur
lesquels ils ont été testés : non seulement ils n'induisent que des
concentrations faibles d'anticorps, mais ces modestes résultats ne sont
obtenus qu'avec des doses répétées et concentrées. Par ailleurs, il ne
s'agit au mieux que de vaccins prépandémiques, inefficaces contre le futur
virus humanisé.

Autre obstacle souvent opposé à cette stratégie : pour faire des vaccins
conventionnels fabriqués à partir de virus inactivés, il faut des oeufs
embryonnés de poule, sur lesquels on peut faire pousser les virus. Mais
contre une pandémie aviaire, il faudrait pouvoir protéger rapidement 1,2
milliard d'êtres humains. «Les chercheurs estiment qu'environ 4 milliards
d'oeufs fertilisés seraient nécessaires», précise un éditorial du Lancet.
«Cela prend environ 6 mois pour faire un vaccin classique à partir d'oeufs»,
rappelle d'autre part Suryaprakash Sambhara. Ce délai serait réduit «à moins
d'un mois» par la nouvelle technologie mise en oeuvre pour ce prototype
vaccinal, a expliqué le professeur Mittal au Figaro.

Virus de rhume banal

Les chercheurs américains ont imaginé, créé et développé par génie génétique
un virus de rhume banal rendu inoffensif et comportant le gène de
l'hémagglutinine H5 du virus H5N1 Hongkong. Vérification faite, ce virus
vecteur produit bien la protéine H5 dans des cellules de rein embryonnaire
humain. Des souris de 10 semaines ont reçu deux injections à 4 semaines
d'intervalle, soit de la préparation vaccinale expérimentale, soit d'un
autre vaccin déjà testé précédemment dans un autre essai clinique humain (il
s'agit d'un vaccin H5 recombinant exprimé dans un virus d'insecte, qui s'est
révélé modestement actif). Pour tester l'efficacité du nouveau produit, les
groupes de souris ont reçu 100 fois la dose léthale du virus sauvage
Hongkong 4 semaines après la vaccination. Résultat : les souris protégées
par le nouveau vaccin ont fait comparativement plus d'anticorps et jusqu'à
huit fois plus de cellules immunitaires. Les souris ont toutes été protégées
de la mort par la réinfection virale, même contre des souches virales
différentes. «Cette approche est une stratégie vaccinale efficace contre les
virus hautement pathogènes existants et des variants nouveaux, dans le cadre
d'une préparation à la pandémie», estime le docteur Sambhara.