Des parabènes présents dans 400 médicaments
23.05.11 | 11h39
Environ 400 spécialités pharmaceutiques certaines utilisées de façon très
courante contiennent des parabènes.AFP/JOËL
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Environ 400 spécialités pharmaceutiques certaines utilisées de façon très
courante contiennent des parabènes, ces conservateurs dont la toxicité et
les effets cancérigènes font l'objet de débats scientifiques et dont
l'Assemblée nationale a voté l'interdiction le 3 mai. La liste, établie par
Le Monde,
(http://s1.lemde.fr//mmpub/edt/doc/20110523/1525968_fb80_parabenes_1_.pdf)
comprend aussi bien des dentifrices que des médicaments utilisés en
chimiothérapie anticancéreuse.
Parmi les produits les plus courants listés : de nombreux cosmétiques pour
bébé ; des crèmes comme la Biafine ; de nombreux sirops contre la toux
(Clarix, Codotussyl, Drill, Hexapneumine, Humex, Pectosan, Rhinathiol) ; des
pansements gastriques (Maalox, Gaviscon) ; des traitements des troubles du
transit intestinal (Motilium) ou des nausées et vomissements (Primpéran) ;
les formes en suspension buvable de médicaments cardiovasculaires (Cozaar,
Vastarel) ou antibiotiques (Josacine, Zinnat) ; des médicaments contre la
douleur et la fièvre (formes génériques d'ibuprofène et de paracétamol) ;
les traitements de l'asthénie (Sargenor) ; sans oublier les formes
génériques de ces médicaments.
Les parabènes sont présents dans des milliers de produits cosmétiques,
alimentaires et dans des médicaments afin d'éviter le développement de
champignons et de micro-organismes qui pourraient être nocifs pour l'homme.
Les conservateurs ont également pour objectif d'empêcher la dégradation du
médicament et la baisse de son efficacité, voire d'éviter sa nocivité.
Le 3 mai, les députés avaient créé la surprise en adoptant, contre l'avis du
gouvernement, la proposition de loi de Yann Lachaud (Nouveau Centre, Gard)
visant à interdire l'utilisation des phtalates, des parabènes et
d'alkylphénols, trois catégories de perturbateurs endocriniens.
Le texte doit encore être voté par le Sénat, mais l'inquiétude règne dans
les secteurs industriels concernés, qui se verraient obligés, en cas
d'adoption définitive, de trouver des substances de remplacement.
Une étude de toxicologie, menée par l'Agence française de sécurité sanitaire
des produits de santé (Afssaps) avec le concours de plusieurs laboratoires
pharmaceutiques, est en cours. "Les 400 spécialités pharmaceutiques
contenant des parabènes, sous forme méthyle ou propyle, concernent environ
80 firmes titulaires d'autorisations de mise sur le marché", estime Vincent
Gazin, responsable de l'unité de toxicologie clinique de l'Afssaps et pilote
de l'étude en cours, dont les résultats sont attendus pour novembre.
EFFETS TOXIQUES
L'Afssaps s'est penchée sur la question des parabènes dès 2004, notamment à
la suite de la publication d'une étude britannique. Une chercheuse de
l'université de Reading, Philippa Darbre, et ses collègues avaient retrouvé
des parabènes intacts dans des tumeurs du sein, en particulier du parabène
de méthyle. "Cela démontre qu'au moins une partie des parabènes présents
dans les cosmétiques, l'alimentation et les produits pharmaceutiques peut
être absorbée et retenue dans les tissus du corps humains" sans être
transformée, estimaient les auteurs.
Ils précisaient cependant que les études menées jusque-là n'avaient pu
déterminer la source et le chemin emprunté par les parabènes retrouvés dans
des tissus humains. En revanche, ils évoquaient l'hypothèse d'un effet
favorisant le développement de cancers par le biais de l'action proche des
oestrogènes qu'exercent les parabènes, décrite depuis 1998.
L'étude de Mme Darbre a fait l'objet de critiques, mais l'Afssaps a préféré
engager une évaluation de la sécurité d'emploi des parabènes en constituant
un groupe d'experts ad hoc dès juin 2004. Le Bulletin des vigilances de
l'Afssaps, daté de juin 2005, indiquait que les experts avaient conclu que
les parabènes "sont peu toxiques et bien tolérés, bien que des réactions
allergiques puissent survenir chez certaines personnes".
Néanmoins, le groupe de scientifiques avait relevé que des études avaient
"établi que ces conservateurs pourraient être à l'origine d'une faible
perturbation du système endocrinien". Ils précisaient que les données
disponibles ne permettaient pas de "caractériser ni de quantifier le risque,
notamment cancérigène, qui pourrait être associé à la perturbation
endocrinienne".
Les experts soulignaient cependant la mise en évidence d'effets toxiques sur
la reproduction chez le jeune rat, par une équipe japonaise, ajoutant que
ces études "suggèrent un risque potentiel pour la fertilité masculine",
observé avec le parabène de propyle mais pas avec la forme méthyle.
"L'évaluation de 2004 avait laissé des zones d'ombre et l'étude japonaise
montrant une altération de la fertilité chez le jeune rat présentait des
insuffisances. Nous avons donc décidé de refaire une étude chez le jeune rat
avec le parabène de propyle", explique M. Gazin. Six laboratoires
pharmaceutiques sont parties prenantes de cette investigation, dont le coup
d'envoi a été donné en avril 2010.
Reste que si, à eux seuls, les parabènes n'étaient pas à même de perturber
significativement le système hormonal, la question resterait posée d'un
effet cumulatif avec des expositions à d'autres perturbateurs endocriniens.
Paul Benkimoun Article paru dans l'édition du 24.05.11