[e-med] Des soins gratuits pour les femmes enceintes - est-ce suffisant?

Des soins gratuits pour les femmes enceintes - est-ce suffisant?

   DAKAR, 2 mars 2010 (IRIN) - Le gouvernement de la Sierra Leone a
   annoncé qu'à partir de l'anniversaire de l'indépendance (le 27 avril),
   il allait supprimer les frais d'utilisation pour les femmes enceintes,
   les mères qui allaitent et les enfants de moins de cinq ans. Mais cela
   suffira-t-il à améliorer leur sort ?

   IRIN s'intéresse à la Sierra Leone pour le troisième volet de sa
   [26]série d'articles sur la santé maternelle et infantile.
   La Sierra Leone enregistre le taux de mortalité maternelle le plus
   élevé du monde. Selon le Fonds des Nations Unies pour l'enfance
   (UNICEF), 1 800 femmes décèdent pour 100 000 naissances d'enfants
   vivants.

   C. T. H. Bell, gynécologue à l'hôpital privé New Life de la capitale
   sierra-léonaise, Freetown, a dit que la rapidité de la prise de
   décision au domicile, une bonne infrastructure de transports et un
   traitement rapide lors de l'arrivée au centre de santé étaient plus
   importants que la gratuité des soins.

   Il a suggéré que le développement de soins de santé gratuits
   nécessitait plus de préparation et ne devrait pas être consid
    nous mis de l'ordre dans la maison avant
   d'accueillir les invités ? Les femmes vont aller chercher des
   traitements gratuits, mais où ? Vous invitez les gens chez vous, mais
   avez-vous les médicaments nécessaires ? Disposez-vous des solutions
   intraveineuses dont vous avez besoin ? Disposez-vous de sang ? Votre
   personnel est-il motivé » ?

   Supprimer les frais d'utilisation ne va pas résoudre le problème de
   l'attente avant l'accès aux soins maternels, dont les délais mettent
   en danger la vie des patientes - même dans leur propre communauté,
   a-t-il dit.

   « Parfois, le mari - qui doit prendre la décision - n'est pas là. Ou
   peut-être que la mère va dire : "non, attendons". Ou peut-être qu'il y
   a une vieille femme dans la communauté qui va dire : "attendez,
   attendez, attendez" - jusqu'à ce qu'il soit trop tard », a dit M. Bell
   à IRIN.

   Monir Islam, responsable du programme « Pour une grossesse à moindre
   risque » de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), a dit à IRIN
   qu'à cause du mauvais état des routes et du manque d'ambulances il
   était difficile pour les habitants de zones rurales d'aller en ville
   pour des soins d'urgence. « La gratuité des soins ne veut pas dire
   grand-chose. Si les femmes ne peuvent pas atteindre les centres de
   santé, à quoi sert la gratuité des soins » ?

   Les embouteillages ralentissent encore plus ceux qui essayent de se
   rendre à l'unique hôpital de la Sierra Leone prenant en charge les
   urgences obstétricales et gynécologiques, à l'est de Freetown, a dit
   M. Bell. « Si quelqu'un a une urgence dans l'ouest, cette personne
   doit traverser la ville pour se rendre à l'est. Lorsque cette personne
   arrive à l'hôpital, [la femme ou le bébé] peuvent être morts ».

   Traitement rapide
   Selon M. Bell, il y a souvent des délais d'attente dans les cliniques.
   « La patiente [...] arrive à la clinique - pas de docteur, pas
   d'infirmière, pas de médicaments, pas de sang et la pa.
   Il a dit que les fonctionnaires mal payés - le salaire mensuel moyen
   d'un médecin est d'environ 100 dollars, alors qu'un sac de riz de 50
   kg coûte 34 dollars - sont épuisés, car ils multiplient les emplois
   pour survivre.

   Selon le ministère de la Santé, en juin 2008, plus de la moitié des
   établissements de santé du pays étaient gérés par des organisations
   non gouvernementales (ONG). Il y a presque autant de médecins
   étrangers employés par des ONG (50) que de médecins locaux (60).
   D'après le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA), les
   infirmiers diplômés ne trouvent que des emplois temporaires, lorsque
   quelqu'un démissionne ou décède. Nombre d'entre eux émigrent à
   l'étranger pour chercher de meilleurs emplois.

   Le manque de fonctionnaires de santé qualifiés constitue trop souvent
   une excuse mise en avant par les gouvernements pour retarder
   l'amélioration des soins de santé maternelle, a dit M. Islam, de
   l'OMS, à IRIN.

   Outre la formation de davantage de professionnels de la santé, les
   gouvernements devraient fournir au personnel déjà en place les
   équipements et l'énergie nécessaires pour qu'ils puissent faire leur
   travail, a-t-il dit. « Si une femme arrive à atteindre la clinique,
   est-ce qu'il y aura des sages-femmes qualifiées et un générateur
   d'électricité » ?

   « À moins d'une réforme et d'une amélioration globales des soins de
   santé maternelle, les personnes pauvres vont continuer à n'avoir que
   des options insuffisantes, qu'il y ait ou non des droits d'utilisation
   ».

   Selon l'OMS, la gratuité des soins ne va pas avoir beaucoup d'effets
   sur l'amélioration de la sécurité des grossesses à moins que les
   centres de soins ne soient mieux équipés pour prendre en charge les
   femmes enceintes.

   pt/np/cb/gd
   Thèmes: (IRIN) [27]Enfants, (IRIN) [28]Santé et nutrition
   [FIN]
   [Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]

Comme dans pratiquement tous les pays ou a été prise une telle décision, on
ne parle jamais du coût de la mesure.

Si je prends l'exemple du Burundi ou cette décision a été prise en Juin 2006
l'effet immédiat est positif. Mais rapidement se pose le problème d'un
surcroit de travail du manque de médicament et de matériel médical.

Une mesure de gratuité a un coût. Il faut déjà le calculer. Vient ensuite la
question de qui prend en charge ce coût ?

Sinon, très rapidement tout le système de santé s'appauvrit. C'est le même
phénomène que l'on retrouve avec les dons de médicament.

Serge Barbereau

Bonjour à tous

En partant de la réalité indéniable que sans gratuité des soins, sans doute
avec l'idée d'un tiers payant, on ne pourra pas améliorer conséquemment la
santé des populations en Afrique, et suite à l'intervention du Dr Barbereau,
je pense qu'il serait effectivement intéressant que nous essayons de
répondre à cette question: qui doit/peut prendre en charge le coût de la
gratuité des soins?

--
Simon KABORE
Coordonnateur du Réseau Accès aux Médicaments Essentiels (RAME)
04 BP: 8038 Ouagadougou 04 Burkina Faso
Tel: bur (226) 50 34 55 32
        Cel: (226) 70 24 44 55
E-mail alternatif: simonkabore@rame-bf.org

:

La prise en charge du coût de la césarienne gratuite reste un vrai problème. Parallèlement, nous devons penser à la motivation du personnel de santé souvent mal payé en Afrique. Dans la plupart des cas il s'agit de décision politique avec une prévision budgétaire (subvention) irréaliste.

Dans certains pays, c'est juste le Kit per opératoire qui est fourni et la patiente ou ses parents devront faire face aux autres aspects de la prise en charge. Quand il y a rupture de stock de kit césarienne et l'hôpital n'est pas en mesure de fournir, la gratuité devient plus chère.

Sidiki Diakité, MSHP Conakry, Guinée

Bonjour

L'augmentation des salaires du personnel de santé ne serait pas seulement
sous la seule responsabilité des autorités nationales, mais surtout de la
Banque Mondiale et du FMI qui parlent de l'équilibre entre les dépenses et
les recettes. Le niveau des dépenses de l'Etat sont plafonnés sous réserve
de refus de prêts et autres subventions.
Le problème est que dans ces dispositions macroéconomiques, c'est le
fonctionnaire qui en souffre et la population en meurt. Et la même Banque ne
se gêne pas de faire des études qui montre le poids des maladies sur
l'économie des États. Quel cynisme!!!!!!

--
Simon KABORE
Coordonnateur du Réseau Accès aux Médicaments Essentiels (RAME)
04 BP: 8038 Ouagadougou 04 Burkina Faso
Tel: bur (226) 50 34 55 32
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